Gérard Davet et Fabrice Lhomme (Capture)
C'est devenu un rituel : six mois avant la présidentielle, le duo de journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme sort un livre-enquête, qui raconte cette année la "montée de l'extrême droite", surtout dans les médias, une progression qui va de pair avec "l'écroulement du macronisme", selon eux. "Le complot contre la France", publié mercredi par Flammarion, deviendra-t-il un best-seller comme l'ont été "Sarko m'a tué" en 2011, "Un président ne devrait pas dire ça" en 2016 et "Le traître et le néant" en 2021 ?
"Nos livres semblent répondre à une attente dans un pays qui ne vit qu'en fonction de l'élection présidentielle. Les électeurs sont donc à la recherche de clés de compréhension à ce moment-là", avance auprès de l'AFP Gérard Davet. La méthode Davet-Lhomme est désormais éprouvée. "Nous travaillons ensemble depuis 1990, soit 36 ans. C'est notre onzième livre en commun", indique Fabrice Lhomme, âgé de 60 ans comme son alter ego. Il y a dix ans, leur enquête sur le quinquennat Hollande, "Un président ne devrait pas dire ça", a eu un tel impact qu'elle est considérée comme l'un des facteurs ayant poussé le président socialiste à renoncer à se représenter à l'élection présidentielle de 2017.
Gérard Davet et Fabrice Lhomme ne se qualifient cependant pas de "journalistes politiques". "Il y a de nombreux collègues qui rendent compte très bien de la vie politique. Nous sommes plutôt des enquêteurs, qui travaillons sur le temps long", explique Gérard Davet. En se félicitant que le quotidien "Le Monde", leur employeur, leur offre ce "confort de travail". Fabrice Lhomme ne voit "que des avantages à travailler" en duo. "On est meilleurs à deux. Surtout dans le domaine de l'enquête, où on est toujours sur le fil car on peut se tromper, être embarqués sur de mauvaises pistes. Il faut tout vérifier et on le fait mieux à deux."
Pour écrire "Le complot contre la France", les auteurs précisent avoir rencontré 300 personnalités afin de tenter d'expliquer "les dessous de la montée de l'extrême droite, qui va de pair avec l'écroulement du macronisme et des partis de gouvernement". Le livre évoque très peu le Rassemblement national et sa candidate Marine Le Pen, se concentrant sur l'homme d'affaires Vincent Bolloré, un nom qui est revenu fréquemment dans les entretiens.
"Il est devenu le fil rouge du récit parce qu'il nous paraît illustrer à merveille la façon dont les idées d'extrême droite progressent à bas bruit" par l'intermédiaire des sociétés qu'il contrôle, résume Fabrice Lhomme. "Nous n'avons pas trouvé d'équivalent dans le monde d'un patron aussi puissant dans les médias et la culture avec Canal+, CNews, Europe 1, Le JDD ou Capital, l'enseigne Relay, Hachette, des salles de cinéma, l'Olympia, l'institut de sondage CSA, une école de journalisme...", ajoute-t-il. Or, avance l'essayiste Alain Minc, cité dans le livre, "les seuls patrons qui pèsent en politique sont les patrons qui contrôlent les médias".
Les auteurs n'ont pas obtenu d'entretien avec Vincent Bolloré qui, lors d'une de ses rares apparitions publiques, s'est qualifié de "démocrate chrétien". Mais ils relatent leur franche discussion avec le gardien de sa propriété d'Ergué-Gabéric (Finistère), dans "ce coin de Bretagne catholique, prude et fier de ses traditions". Ils n'ont pas non plus pu interroger Emmanuel Macron, qui "n'apprécie pas du tout Bolloré", affirment-ils. Les deux journalistes estiment que, depuis une quinzaine d'années, le pouvoir "a laissé le champ libre à Bolloré, faute notamment de moyens de s'y opposer".
Au-delà, "nous avons été frappés par le désarroi des gens qui sont choqués par ce qui se passe mais qui se sentent impuissants", soulignent-ils. Ces derniers mois ont été cependant marqués par une fronde sans précédent d'écrivains protestant contre l'éviction d'Olivier Nora, PDG de la maison d'édition Grasset, propriété d'Hachette. Elle a été suivie par une pétition de professionnels du cinéma dénonçant "l'emprise" d'un "patron d'extrême droite" sur leur secteur.
Gérard Davet et Fabrice Lhomme seront les invités de "Puremedias : L'Hebdo" ce dimanche 18 octobre à 11h30 sur T18.
