Thibaut Bruttin, directeur général de Reporters sans frontières© BestImage
Le 21 octobre prochain, l'agence de communication Progressif Media, dont Vivendi est actionnaire à 14%, sera jugée à Paris pour usurpation de l'identité de Reporters sans frontières (RSF), qui l'accuse d'avoir mené "une campagne hostile" en 2024, a appris lundi 12 octobre l'AFP de sources proches du dossier. L'organisation avait porté plainte devant le parquet de Paris en accusant cette agence d'avoir mené cette campagne via un faux site dont l'adresse URL usurpait son nom, reprenait sa charte graphique, tout en rebaptisant l'ONG "Sectaires sans frontières".
RSF avait découvert d'autres noms de domaine similaires et l'existence de comptes sur X liés, selon elle, à Progressif Media et se présentant comme des collectifs citoyens, tels que "Fan de CNews" ou "Les Corsaires", qui participaient à l'action. La société et son dirigeant, Émile Duport, comparaîtront pour "usurpation de l'identité d'un tiers ou usage de données permettant de l'identifier en vue de troubler sa tranquillité ou de porter atteinte à son honneur ou sa considération", entre le 21 février et le 10 juillet 2024 à Paris, d'après l'une des sources proches. Le procès est prévu à la 17e chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris. Contacté par l'AFP, Émile Duport n'a pas répondu.
En 2022, Vivendi, dont l'actionnaire principal est le groupe Bolloré, avait pris une participation dans Progressif Media à hauteur de 8,5%, portée depuis à 14%. Vivendi n'a pas souhaité faire de commentaire.
RSF s'était dite victime de représailles après une procédure qu'elle avait menée devant le Conseil d'État pour que l'Arcom, le régulateur de l'audiovisuel, soit plus ferme à l'égard de CNews, la chaîne dans le giron du milliardaire conservateur et catholique Vincent Bolloré, régulièrement accusée par ses détracteurs de promouvoir des opinions d'extrême droite. CNews et d'autres médias de la galaxie Bolloré (JDD, Europe 1) avaient largement critiqué cette action.
"Nous avons été victimes d'une campagne hostile et organisée, notamment par ces faux collectifs de citoyens, qui permettent d'avancer masqués dans le débat", estime le directeur général de RSF, Thibaut Bruttin. Vivendi avait indiqué en 2024 "(ne) pas (avoir) connaissance" de "pratiques illégales" de Progressif Media. Selon elle, c'était sa filiale à l'époque, Canal+, qui "(s'était) adressée" à l'agence face "aux attaques répétées dont (faisait) l'objet" CNews.
RSF avait aussi porté plainte pour "pratiques commerciales trompeuses", en visant les comptes "Fan de CNews" ou "Les Corsaires", un délit non retenu par le parquet. "Nous regrettons que les investigations (n'aient) pas été étendues à une éventuelle complicité de Vivendi", a conclu Thibaut Bruttin.
