Un nouveau titre dans le catalogue Vincent Bolloré. Selon les informations de "La Lettre", le milliardaire breton vient de prendre le contrôle de "Front populaire", la revue fondée en 2020 par Michel Onfray. L'opération a été réalisée par l'intermédiaire de Lagardère Media News (LMN), maison mère du "Journal du dimanche" et de "JDNews", qui a acquis 90% du capital des Éditions du Plénïtre, société éditrice du titre.
Le rachat a été piloté par Grégoire Castaing, directeur général adjoint du groupe Lagardère. Jusqu'ici, le capital était partagé entre le producteur Stéphane Simon, qui détenait 45%, Michel Onfray (35%) et Stéphane Germain (10%), tandis que les 10% restants demeurent désormais entre les mains du philosophe. Stéphane Simon et Stéphane Germain ont donc intégralement vendu leurs participations, tandis que Michel Onfray empoche, selon "La Lettre", "un généreux chèque" pour la cession de ses 35%.
Le fondateur de "Front populaire" ne quitte toutefois pas le navire. Michel Onfray conserve ses fonctions de directeur général et de directeur de la publication. La présidence reviendra en revanche à Lagardère Media News, dirigée par Constance Benqué. L'opération intervient alors que les relations entre le philosophe et ses deux anciens associés étaient devenues "fraîches" ces dernières années, explique "La Lettre". Stéphane Simon et Stéphane Germain souhaitaient sortir du capital et des discussions avec les représentants de Vincent Bolloré avaient débuté avant l'été.
Ce rapprochement capitalistique parachève surtout une proximité déjà largement visible à l'antenne. Michel Onfray est devenu un visage régulier de CNews, où il dispose depuis 2024 de sa propre émission, "Face à Onfray". Cet été, "JDNews" lui a également consacré deux Unes, les 19 juillet et 12 août, tandis que le "JDD" l'interrogeait encore dimanche 23 août dans un dossier consacré aux ingérences russes en France.
Le philosophe avait notamment pris à plusieurs reprises la défense de Xenia Fedorova, ancienne directrice de l'information de RT France et chroniqueuse des médias du groupe Bolloré, visée fin juillet par un ordre d'expulsion du territoire français. Michel Onfray avait dénoncé dans "Front populaire" une "décision liberticide venue du sommet de l'État", puis une "criminalisation de toute pensée qui ne se trouve pas dans la ligne national-européiste".
Lancée en juin 2020, "Front populaire" revendiquait à sa création l'ambition de "fédérer les souverainistes de droite, de gauche et, surtout, d'ailleurs" avait assuré Michel Onfray au "Monde". Il disait alors vouloir faire entendre "une voix alternative". Six ans plus tard, la revue rejoint donc directement l'empire médiatique placé dans l'orbite de Vincent Bolloré, déjà présent dans la télévision avec CNews, la radio avec Europe 1, la presse avec le "JDD" et "JDNews", mais aussi l'édition via Hachette.
Plus récemment, le monde de l’édition a été secoué par la crise chez Grasset, propriété d’Hachette Livre : l’éviction de son PDG historique Olivier Nora a provoqué une fronde de nombreux auteurs, dont plusieurs ont choisi de quitter la maison. Autant d’épisodes qui nourrissent les accusations de "bollorisation" des médias et de l’édition, terme employé par les détracteurs du milliardaire pour dénoncer une reprise en main éditoriale et idéologique, ce que l'homme d'affaires a toujours contesté.
"Front populaire" arrive en tout cas dans le groupe avec des comptes dans le vert : selon "La Lettre", sur son dernier exercice comptable disponible, de juillet 2024 à juin 2025, les Éditions du Plénïtre ont réalisé 2,46 millions d'euros de chiffre d'affaires pour un résultat net positif de 211.000 euros.