Lancée du 6 au 9 octobre sur France 2, l'émission "Rendez-vous chez le psy" ambitionnait de lever les tabous autour de la santé mentale, en filmant de véritables séances entre six patients et quatre psychologues expérimentés. Le tout dans un décor chic inspiré de la série "En thérapie", capté par des caméras dissimulées. Mais la promesse d'un dispositif "authentique" a rapidement laissé place au doute, puis à la controverse.
"C'est un pari risqué d'aller sur le terrain de la santé mentale et de traiter ce sujet si difficile à mettre en musique", concède aujourd'hui Florent Dumont, directeur des magazines de France Télévisions depuis un an, dans une interview accordée à "Satellifacts". "Nous avons en effet été déçus par les audiences et reçu quelques critiques. Après coup, je pense que nous sommes peut-être allés un peu loin dans les codes de la fiction et la mise en scène formelle du concept. Cela a pu semer la confusion sur la véracité et la justesse des propos", ajoute-t-il.
L'idée avait pourtant de quoi séduire : normaliser la consultation, dans le cadre de "grande cause nationale 2025" consacrée à la santé mentale, et montrer ce qui se déroule derrière les portes d'un cabinet. Mais pour les professionnels du métier, le format a suscité un malaise. "Ce n'est ni un magazine, ni un documentaire, on a plutôt l'impression de regarder une émission de type 'Top Chef'", a déploré Gladys Mondière, présidente de la Fédération française des psychologues et de psychologie (FFPP) auprès du "Parisien". "Ce qui nous interpelle c'est la mise en scène, on est vraiment dans de la téléréalité", a dénoncé Cyrille Le Jamtel, dirigeant du mouvement des psychologues cliniciens et psychologues psychothérapeutes. "Le programme est tourné dans un studio et il y a un montage."
L'éthique même du dispositif a été remise en question : absence d'anonymisation, exposition d'intimités profondes — deuil, fausse couche, rejet familial — et risque de conséquences psychologiques à long terme. "Consulter un psychologue, c'est accéder à un espace préservé. Ici, on fragilise ce cadre", s'inquiète le clinicien Florent Langlois. Le décor très haut de gamme a lui aussi fait débat : "Nous n'exerçons pas tous dans un bel immeuble haussmannien", rappelle Gladys Mondière. "Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée si l'objectif est d'inciter tous les Français à consulter."
Pourtant, pas question pour France Télévisions d'abandonner totalement l'idée : "La santé mentale est un sujet qui continue de nous intéresser, notamment pour les publics jeunes, et nous continuons à chercher le bon concept", assure Florent Dumont. Pour lui, la mission du service public réside au cœur des thématiques parfois taboues : "Le monde complexe dans lequel nous vivons nécessite du décryptage et de l'accompagnement au quotidien, et, en même temps, le public est en demande de divertissement et de légèreté, notamment en access et en prime time. Pour autant, notre spécificité de service public est d'aborder, y compris en première partie de soirée, des sujets parfois difficiles (...)."

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