La polémique enfle au sein de France Télévisions. Quelques jours après la révélation du casting de la future émission politique "L'Heure de vérité" dans les colonnes du "Parisien", les journalistes de France 2 ont exprimé leur opposition à l'arrivée d'Eugénie Bastié. Dans un communiqué publié mardi 5 mai, la Société des journalistes (SDJ) de la chaîne conteste fermement ce recrutement. "La SDJ et l'ensemble de la rédaction de France Télévisions ont découvert dans la presse et sur les réseaux sociaux le nom des chroniqueurs pressentis pour la prochaine émission politique de France 2. Nous contestons ces choix s'ils étaient confirmés", écrivent-ils. Dans un contexte qu'ils jugent "particulièrement fracturé et polarisé", ils rappellent le slogan récent du groupe : "l'information n'est pas une opinion".
Les journalistes insistent sur le rôle attendu des intervenants dans une émission de service public, a fortiori à l'approche de l'élection présidentielle de 2027. "La mission d'un journaliste au sein d'une émission de service public n'est pas de porter un positionnement politique. Encore moins lors d'un programme censé éclairer les choix des électeurs", soulignent-ils, appelant à un débat fondé sur "des informations vérifiées" et "des sources légitimes et crédibles".
Dans leur viseur : le profil d'Eugénie Bastié. Âgée de 34 ans, elle s'est imposée ces dernières années comme une éditorialiste identifiée à une ligne ultra conservatrice. Essayiste et chroniqueuse, elle a suscité plusieurs controverses, notamment autour de ses prises de position critiques vis-à-vis du mouvement #MeToo. "Eugénie Bastié est une polémiste, identifiée pour ses idées très conservatrices et souverainistes. Elle revendique clairement ses opinions dans ses éditoriaux et sur ses réseaux sociaux, en les soutenant de façon militante", estime la SDJ, qui juge dès lors qu'elle ne peut "incarner et animer le débat politique sur France 2". Le communiqué va plus loin et pointe une contradiction jugée problématique : "il nous paraît regrettable de rémunérer une chroniqueuse qui attaque constamment l'audiovisuel public", dénonçant des prises de position répétées contre Radio France et France Télévisions, ainsi que des appels à réduire leurs moyens.
Au-delà de ce cas, les journalistes s'interrogent également sur la composition globale du dispositif, notamment la présence envisagée de Marc-Olivier Fogiel, invoquant un possible "conflit d'intérêt" en raison de ses activités sur RTL et M6. Cette contestation intervient alors que France 2 prépare activement le lancement de "L'Heure de vérité", relance d'un format emblématique des années 1980. Présentée par Caroline Roux, l'émission doit accueillir en direct les principaux candidats à la présidentielle, entourés de plusieurs chroniqueurs, Benjamin Duhamel, Marc-Olivier Fogiel e Eugénie Bastié, donc.
Cette nouvelle exposition sur France 2 ne remet pas en cause ses autres engagements médiatiques. Selon "TV Mag", Eugénie Bastié continuera d'intervenir sur Europe 1, où elle participe plusieurs fois par semaine à la matinale de Dimitri Pavlenko. Elle reste également présente sur CNews, dans "L'Heure des Pros" animée par Pascal Praud. Par ailleurs, elle anime sur "Figaro TV un rendez-vous de débats chaque semaine.
Ce recrutement intervient dans un contexte plus large de réflexion sur le pluralisme au sein de l'audiovisuel public. Dans son rapport sur le service public audiovisuel, le député Charles Alloncle appelait notamment à diversifier les profils d'éditorialistes invités à l'antenne, en élargissant leur origine professionnelle et leurs sensibilités. La question des moyens, centrale dans son rapport, alimente également les tensions. La SDJ rappelle que la dotation de France Télévisions a été réduite, avec des conséquences concrètes sur les équipes. "Nous ne comprendrions pas que la Direction de l'Information débauche des personnalités extérieures, alors que les talents existent en interne", concluent les journalistes.

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