Rémy Pflimlin : "Ne laissons pas croire aux Français que l'audiovisuel public recule alors qu'il avance"

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Rémy Pflimlin : "Ne laissons pas croire aux Français que l'audiovisuel public recule alors qu'il avance"
Rémy Pflimlin, président de France Télévisions.
Rémy Pflimlin, président de France Télévisions. © France TV
Dans une interview à puremedias.com, Rémy Pflimlin, président de France Télévisions, confirme le départ de Thierry Langlois de France 3 et annonce préparer l'avenir.

Rémy Pflimlin, président de France Télévisions, confirme dans un entretien à puremedias.com la démission de Thierry Langlois, directeur des programmes de France 3. Depuis plusieurs semaines, la rumeur de son départ enflait. En cause, une série de désaccords stratégiques. Thierry Langlois, qui a réussi à stabiliser France 3, estimait que de trop nombreux arbitrages étaient défavorables à sa chaîne.

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Propos recueillis par Julien Bellver.

puremedias.com Vous n'avez pas réussi à retenir Thierry Langlois, patron des programmes de France 3, qui quittera son poste à la fin de la saison.
Rémy Pflimlin : D'une part, Thierry Langlois a toujours eu mon soutien. Il a réussi avec son équipe la mission que je lui ai confiée pour redresser France 3, seule chaîne historique à avoir inversé sa courbe d'audience. C'est sa liberté de ne pas vouloir continuer et je le remercie surtout pour son travail. France 3 va poursuivre sur sa trajectoire avec à son équipe en poursuivant la stratégie que j'ai validée depuis le début. J'ai demandé à Bruno Patino de me proposer dans les semaines qui viennent une solution de remplacement mais dans la continuité de ce qui a été entrepris.

"Que des arbitrages puissent ne pas satisfaire l'un ou l'autre, c'est la vie"

Pourquoi a-t-il démissionné ? On parle de désaccords stratégiques sur les programmes notamment.
Il lui appartient de le dire s'il le souhaite. Sur la question de la stratégie, elle est très claire et vise à avoir avec l'info et le sport une France 3 tournée vers l'histoire, le patrimoine et le vivre ensemble. Tout ça a été parfaitement mené par Thierry Langlois et ses équipes.

Entre France 2 et France 3, Thierry Langlois estimait que de nombreux arbitrages lui étaient défavorables.
Comment France 3 aurait-elle la plus forte progression des chaînes historiques depuis le début si je lui étais défavorable ? De la même façon que j'ai pris un certain nombre de décisions pour soutenir France 3, j'ai demandé à Bruno Patino de prendre toutes les décisions nécessaires pour accompagner l'évolution de France 2 que mène Thierry Thuillier. Pour France 2, les enjeux sont d'une grande complexité, notamment après l'arrêt de la publicité après 20h, face à la concurrence des chaînes privées et pour s'inscrire dans le bouquet des chaînes publiques. Il est donc impératif de ne pas rajouter des contraintes aux contraintes et de lui laisser le maximum de liberté.

France 2 est une chaîne généraliste qui, dans le respect de son identité propre et de sa puissance, de son cahier des charges et des missions, doit pouvoir s'emparer de tous les sujets éditoriaux. Cette stratégie, je l'ai fixée, tout en donnant à chaque chaîne une forme d'autonomie. Que cela se traduise par des arbitrages qui ne peuvent pas satisfaire l'un ou l'autre, c'est la vie.

Ce départ est paradoxal au moment où France 3 affiche un bon bilan, ses audiences progressent dans un contexte de plus en plus concurrentiel.
France 3 est une chaîne qui a redressé le cap des audiences, oui ! France 2 est aussi sur le même chemin depuis le début de l'année. Donc nous sommes bien en train, grâce aux équipes de la Deux et la Trois, de recueillir les fruits de notre travail. Je regrette donc la décision de Thierry Langlois même si je la respecte.

"Thierry Langlois a mis en oeuvre cette stratégie que j'avais décidée, elle sera évidemment poursuivie"

La stratégie de Thierry Langlois, à savoir des programmes nationaux à vocation régionale, va-t-elle être pérennisée ?
Je vous confirme que Thierry Langlois a mis en oeuvre une stratégie que j'avais décidée, elle sera évidemment poursuivie. La ligne de France 3 correspond aujour'hui à la mission d'une grande chaîne de service public.

Ne craignez-vous pas que le rapport attendu d'Anne Brucy sur "la mission de proximité" de France 3 préconise précisément l'inverse ?
Il n'y a rien à craindre de la mission d'Anne Brucy qui regarde le sujet avec la plus grande bienveillance. Je pense que cette mission doit être pour nous l'occasion d'une réflexion de fond sur le rôle du service public dans la proximité, c'est une question d'ordre politique. Je considère aujourd'hui cette réflexion comme une opportunité. Pour ce qui est de la mise en oeuvre et de ses orientations au-delà de 2015, c'est à l'entreprise seule de décider. Le rôle que joue aujourd'hui le programme national sur France 3 dans son rapport à la proximité et à la diffusion d'oeuvres est essentiel.

France 3 pourrait-elle accepter de faire moins d'audience avec plus de programmes régionaux ?
La question ne se pose pas aujourd'hui. Nous sommes dans un plan d'économies historique. La question est de savoir comment oprimiser nos ressources pour réaliser nos missions. Et ensuite, comment on peut permettre demain aux régions de s'exprimer en tenant compte de la révolution numérique. On a donc une réflexion à mener, mais celle-ci n'est pas de savoir s'il faut plus de national ou plus de régional.

"Nous renforçons ces identités et ça commence à payer"

Comment mieux marquer les identités des deux chaînes ? France 3 vient de lancer un programme sur la brocante et France 2 prépare un format similaire sur le même sujet pour la rentrée. Cela n'a pas beaucoup plu à Thierry Langlois...
Cette différence, elle est très nette, il suffit de regarder nos programmes ! Prendre l'exemple de la brocante pardon mais c'est picrocholin. Il faut prendre un peu de hauteur par rapport à ces détails. Nous sommes le seul groupe à avoir deux grandes chaînes à articuler, et elles sont les deux seules historiques en progression depuis le début de l'année. Nous le devons exclusivement à la qualité et à la complémentarité de leurs offres, à la force de leurs identités respectives. Je ne crois pas que nous faisons les mauvais choix, au contraire, nous renforçons ces identités et ça commence à payer.

Qui pour remplacer Thierry Langlois ? Vous allez préconiser une solution interne ?
Il est là jusqu'à la fin de la saison, on a beaucoup de travail avec lui, en toute confiance d'ailleurs. J'ai demandé à Bruno Patino de réfléchir, sachant que cela se fera dans la continuité et avec les équipes actuelles. Nous avons besoins du talent et du travail de toutes les équipes pour relever les défis qui sont devant nous : améliorer sans cesse la qualité de notre offre avec des moyens en baisse.

France Télévisions va consacrer plusieurs soirées aux Européennes, trois sur France 2, des spéciales sur France 3. C'est suffisant pour réconcilier les Français avec l'Europe ?
Aucune autre chaîne ne va consacrer deux prime time à cette élection sinon France 2. C'est l'événement le plus important pour nous dans les semaines qui viennent, la mobilisation n'a jamais été aussi forte. Notre ambition est de montrer l'importance de ce débat autour de la question européenne. Cette question, nous la traitons toute l'année par ailleurs, dans "Télé Matin", avec des émissions sur l'Europe, un "Grand Soir 3" tourné vers l'Europe...

"Penser que nous sommes en retrait sur ces élections Européennes, c'est factuellement faux"

Pourquoi aucune des chaînes de France Télévisions ne retransmet le débat, le 15 mai, entre les candidats à la présidence de la Commission ?
Je respecte l'interpellation des élus qui ont le souci de faire partager leurs convictions européennes à un maximum de Français. Mais je leur assure que nous avons les mêmes. Notre décision est respectueuse du choix des chaînes parlementaires françaises sur cette question du débat européen. Ce qui me trouble dans cette polémique, c'est que les Français pourraient penser que nous sommes en retrait sur ces élections alors que c'est factuellement faux. France Télévisions ne se sera jamais autant mobilisé pour des Européennes. Ne laissons pas croire aux Français que l'audiovisuel public recule alors qu'il avance.

"Il faut que, dans ce pays, nous apprenions à assumer collectivement nos choix quand ils sont raisonnables et logiques"

L'audience de ces rendez-vous risque d'être faible...
Non seulement le débat européen n'est pas négligé par nos journalistes, mais ils n'ont jamais été aussi motivés pour intéresser les Français. Et il faudra donc nous juger sur nos actes : combien de Français vont suivre nos débats et nos soirées sur France 2, France 3 et francetv info ? Aura-t-on réussi à intéresser les téléspectateurs aux enjeux de l'Europe ? Je pense que oui. Et en tout cas c'est clairement notre ambition. Je rappelle que si nous diffusions le débat du 15 sur France 2 nous ruinerions les efforts des chaînes parlementaires françaises dont c'est aussi la mission et qui vont faire ce que tous leur homologues européens font : BBC Parliament et Phénix la chaîne parlementaire allemande pour ne citer qu'elles.

Il faut que, dans ce pays, nous apprenions à assumer collectivement nos choix quand ils sont raisonnables et logiques, tant en termes éditoriaux que de bonne utilisation des moyens publics en temps de crise. France Télévisions a décidé de promouvoir plus fort que jamais les élections européennes, par le biais du travail de médiation et d'explication de ses rédactions afin que les enjeux soient présentés de la façon la plus concernante pour les téléspectateurs. Il faut donc respecter nos choix éditoriaux et ceux des chaînes parlementaires.

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