Ryan Murphy espérait sans doute faire oublier l'échec critique d'"All's Fair", laminée par la presse américaine avec un rarissime 6% d'avis positifs sur Rotten Tomatoes. Mais le prolifique créateur de "Glee", "American Horror Story" ou encore "Monsters" ne signe pas non plus le retour triomphal espéré avec "The Shards". Disponible dès ce mercredi 6 août sur Disney+, cette adaptation du roman culte de Bret Easton Ellis récolte des critiques particulièrement contrastées, affichant seulement 52% d'avis positifs sur Rotten Tomatoes et 57/100 sur Metacritic.
Adaptée du roman de près de 900 pages publié en 2023, la série suit Bret, version fonctionnalisée de Bret Easton Ellis, lors de sa dernière année de lycée dans le Los Angeles de 1981. Issu de la jeunesse dorée californienne, le jeune homme voit son quotidien bouleversé lorsqu'un mystérieux nouvel élève rejoint son établissement, tandis qu'un tueur en série surnommé "Le Chalutier" sème la terreur dans les beaux quartiers.
Sur le papier, "The Shards" avait pourtant tout pour devenir un événement. D'un côté, Bret Easton Ellis, auteur de "Less Than Zero" et "American Psycho", figure incontournable de la littérature américaine contemporaine. De l'autre, Ryan Murphy, maître des séries flamboyantes, fasciné depuis toujours par les thèmes chers à l'écrivain : le culte des apparences, la violence tapie derrière le luxe, les secrets de famille ou encore une jeunesse privilégiée livrée à elle-même.
Le résultat offre une reconstitution particulièrement soignée du Los Angeles des années 1980. Entre villas luxueuses, piscines immenses, Porsche décapotables et lycée privé, Murphy retrouve l'esthétique sophistiquée qui a fait sa réputation, tout en installant une atmosphère de paranoïa héritée des traumatismes laissés par les crimes de Charles Manson.
Si une partie de la presse est plutôt séduite, "The Daily Beast" la compare à "Beverly Hills 90210 rencontre Le Silence des agneaux", saluant un mélange réussi entre glamour des années 1980 et thriller sanglant et "The Guardian" salue "le retour en grâce" de Ryan Murphy qui selon eux "retrouve enfin son groove", d'autres grands titres sont beaucoup moins enthousiastes.
"The Wrap" reconnaît qu'il y a "du plaisir à prendre" devant la série, mais estime qu'elle constitue finalement "un grand pas en arrière par rapport à la puissance du livre". Le média accuse également Ryan Murphy de livrer une copie d'"Euphoria" sans jamais réussir à "aller au-delà de la surface brillante".
Même sévérité chez "Time", qui regrette que "The Shards" "reste bloquée dans le grand bain de la superficialité". Le magazine estime que la série tente de dire quelque chose sur le passage à l'âge adulte, mais que "la forme l'emporte sur le fond". Quant à son final, il est qualifié de "grande déception", une conclusion qui "fait pschitt au lieu d'exploser".
Un reproche récurrent : son casting composé de nombreux enfants de stars. "The Wall Street Journal" ironise sur "l'hédonisme des enfants de célébrités", tandis que "NME "s'amuse qu'à Los Angeles "il y a presque autant de nepo babies que de tueurs en série". "The Telegraph" résume même son jugement dans son titre : "'The Shards' est rempli de nepo babies et d'une nostalgie des années 1980 terriblement ennuyeuse."
Les critiques les plus virulentes viennent toutefois de "IndieWire" et "Vulture". Dans le premier, le journaliste compare la série à "quelqu'un qui perd progressivement tout intérêt pour l'histoire qu'il raconte". Selon lui, Ryan Murphy livre "une production remplie de potentiel... dont il ne sait absolument pas quoi en faire", malgré tous les ingrédients qui ont fait son succès.
Du côté de "Vulture", "The Shards" est carrément "une tragédie de l'adaptation". Le site estime que "l'ambiguïté et la nuance du livre disparaissent", remplacées par "un mélange hésitant de 'Euphoria' et de 'Glee'". Verdict : la série "n'est ni assez trash pour être amusante, ni assez effrayante pour être captivante". Et l'autrice va plus loin : "On n'est pas censé souhaiter que le Chalutier élimine ces adolescents. Mais, arrivé au bout de 'The Shards', on en vient à espérer que quelqu'un – n'importe qui – fasse enfin le ménage."