Elle serait “la voix de Moscou” dénonce Patrick Cohen. Invité de France Inter ce vendredi 29 mai, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot s’en est pris lui aussi à Xenia Fedorova, ancienne patronne de RT France devenue chroniqueuse régulière sur CNews et dans plusieurs médias de la galaxie Bolloré. Des déclarations particulièrement virulentes, alors même que la présence de la journaliste russe dans les médias français suscite déjà de nombreuses controverses depuis plusieurs mois.
"Mme Fedorova est une propagandiste patentée, qui sert de relais à la désinformation du Kremlin", a ainsi affirmé Jean-Noël Barrot. Et le ministre d’ajouter : "Chacun est libre de sa ligne éditoriale, mais ouvrir à cette dame ses plateaux et ses colonnes, c'est tout simplement servir la soupe de Vladimir Poutine".
Ancienne directrice de RT France, chaîne interdite dans l’Union européenne depuis mars 2022 après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, Xenia Fedorova continue aujourd’hui de défendre régulièrement les positions du Kremlin dans les médias de Vincent Bolloré. Une présence médiatique qui a récemment été remise en lumière par une enquête du "Monde", publiée mardi 27 mai. Le quotidien y qualifie la journaliste de "plus influente propagandiste du Kremlin en France" et la présente comme "la protégée" du milliardaire breton.
Cette enquête a également révélé la participation de Xenia Fedorova à un récent déjeuner organisé par l’Institut de l’Espérance, cercle de réflexion lancé par Vincent Bolloré. Parmi les invités figurait notamment la ministre de l’Agriculture Annie Genevard. Selon France Inter, le Premier ministre Sébastien Lecornu l’a d’ailleurs appelée dès le lendemain afin d’obtenir des explications sur sa présence à cet événement.
L’entourage de la ministre assure toutefois qu’elle ignorait totalement la présence de Xenia Fedorova et qu’elle ne se serait "jamais rendue" à ce déjeuner si elle l’avait su. "Il ne faut surtout pas y voir un geste politique", insiste également son cabinet, qui évoque une simple invitation privée destinée à "réseauter". De son côté, Jean-Noël Barrot a refusé de commenter directement la participation de sa collègue à ce déjeuner. "Je ne vais pas commenter les agendas de mes collègues du gouvernement", a-t-il déclaré, estimant que ce n’était "pas le plus important dans cette affaire".
Ces critiques surviennent alors même que le président du directoire de Canal+, Maxime Saada, a été interrogé sur le sujet lors de l’assemblée générale du groupe. Face aux accusations visant la chroniqueuse, le dirigeant a défendu la ligne éditoriale de CNews au nom de la "liberté d’expression". "C'est encore une manifestation de la volonté pour certains de fermer CNews, et toutes les attaques sont utilisées, ça c'est la dernière en date", a-t-il lancé. Avant de poursuivre : "C'est intéressant pour nous d'avoir des points de vue différents sur l'actualité quelle qu'elle soit, et des points de vue qui ne sont pas nécessairement ceux qu'on entend sur les autres chaînes".
Maxime Saada a également rejeté le qualificatif "d’agent russe" utilisé par un actionnaire du groupe lors de l’assemblée générale : "Je ne crois pas qu'on peut parler d'un agent russe (...), journaliste oui, agent non". Le patron de Canal+ assume d’ailleurs pleinement la singularité de CNews dans le paysage audiovisuel français. "Ça peut choquer, on est habitué, parce qu'effectivement, se disent sur CNews des choses qui ne se disent pas ailleurs", a-t-il déclaré, avant d’assurer : "On va continuer à le faire", dans "le respect de la loi, de la pluralité, du pluralisme".
De son côté, interrogé sur le fait que Xenia Fedorova ait obtenu en 2024 le renouvellement de son titre de séjour pour dix ans, Jean-Noël Barrot a également tenu à rappeler le cadre démocratique français. "Nous avons un état de droit, il y a un certain nombre de règles", a-t-il expliqué. Avant de conclure : "C'est ce qui fait d'ailleurs la différence entre la France et l'Union européenne et la Russie. On peut, dans une démocratie, proférer des mensonges sans être envoyé dans un goulag ou une colonie pénitentiaire".

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