"J’ai cru qu’on me faisait une blague", lâche-t-elle. En septembre dernier, Virginie Grimaldi devenait présidente du jury du Festival de la Fiction de La Rochelle. Un rôle aux premiers abords surprenant pour l'une des autrices les plus lues de France, mais que cette dernière a accepté avec curiosité et enthousiasme. "Cette année, je me suis donné comme défi de sortir de ma zone de confort. Une fois la peur passée, j’ai donc décidé de me lancer. J’espérais que ce serait une belle expérience, c’était bien au-delà. J’ai eu la chance de découvrir des œuvres de qualité, d’en récompenser certaines et de sentir mes poils se soulever à la joie des lauréats", explique-t-elle à Puremédias.
Si Virginie Grimaldi n’a jamais produit ou imaginé de fiction, la célèbre autrice de 48 ans n’était pas venue à La Rochelle les mains vides. En compétition, France 2 proposait "Le Parfum du bonheur", une mini-série de 4 x 52 minutes adaptée de l’un de ses best-sellers avec Caroline Anglade, Xavier Robic et Michèle Bernier. Pour Puremédias, celle dont les histoires ont fait vibrer des millions de lecteurs à travers le monde est revenue sur cette nouvelle expérience dans sa carrière.
Propos recueillis par Benjamin Rabier
Puremedias : "Le Parfum du bonheur" est la première adaptation d’un de vos romans. Pourquoi celui-là ? Pourquoi maintenant ?
Virginie Grimaldi : Ce n’est pas du tout un but pour moi d’être adaptée. Je dis plus souvent non que oui. J’ai souvent peur que les auteurs essaient de vraiment changer trop de choses dans mes œuvres pour plaire au plus grand nombre. C’est la rencontre avec Samantha Mazeras, la productrice de la série, qui a tout changé. Quand elle m’a parlé de l’histoire, de l’écho que ça faisait en elle et de ce qu’elle voulait en faire, j’ai été séduite.
Quel droit de regard avez-vous eu sur le scénario ?
Je n’ai pas eu à intervenir. Quand j’ai reçu le scénario, j’ai pleuré et j’ai ri en le lisant alors que je connaissais l’histoire. C’est moi qui l’ai écrite, quand même (rires). Ce livre est tiré d’une expérience personnelle… Samantha l’a très vite compris. Ça parle d’un sujet important, le deuil périnatal. J’avais envie qu’on lui donne une grande visibilité et que ce soit bien traité sur le service public.
Et sur les acteurs, vous avez eu votre mot à dire ?
Ils m’ont toujours tenue au courant de leurs choix au fur et à mesure. C’était important pour moi. D’ailleurs, dans mes futurs contrats d’adaptation, j’ai fait rajouter une clause sur le choix des interprètes. Ce n’est pas vraiment mon rôle de choisir les acteurs, mais je ne veux pas qu’un artiste qui a eu des propos ou des comportements problématiques incarne l’un de mes personnages. Pour le casting du 'Parfum du bonheur', je vais être honnête : il y a certains acteurs que je ne connaissais pas. Mais j’étais tellement en confiance avec la production que je leur ai laissé toute la liberté.
Qu’avez-vous pensé du résultat final ?
C’est la question que tout le monde me pose (rires). C’est au-delà de ce que j'espérais. En tant qu’auteure, il faut qu’on trouve la bonne distance et se dire que c’est un objet différent de ce qu’on a écrit. Je n’ai donc pas été trop interventionniste. Ma seule préoccupation, c’était pour les lecteurs. Je ne voulais pas qu’ils soient déçus par l’adaptation, je voulais qu’elle reste le plus fidèle possible au roman.
Vous sentez qu’il y a, de la part de la télévision ou du cinéma, vraiment plus d’appétence pour adapter des romans ?
De plus en plus. Ces dernières années, ça s’est vraiment accéléré. Notamment après l’adaptation de Mélissa Da Costa, 'Tout le bleu du ciel', qui a fait un énorme carton sur TF1 et Netflix.
Justement, Mélissa Da Costa n’a pas très bien vécu les retours des réseaux sociaux sur ce téléfilm. Vous vous y préparez ?
Je m’étais exprimée sur le sujet à l’époque, parce que même moi, j’avais reçu des messages qui me disaient : 'Oh là là, j’ai tellement détesté l’adaptation de Mélissa que je n’ai pas envie de voir votre adaptation'. J’ai trouvé ça hyper violent pour elle. En plus, on en a discuté, et elle avait aimé l’adaptation. Elle a été très surprise, et ça a été très dur parce que, d’une part, elle n’y est pour rien, et d’autre part, on n’a forcé personne à regarder. Ça a dû être dur à vivre. Mais c’est malheureusement le jeu des réseaux sociaux. Ça abolit les filtres.
Que ressentez-vous à l’approche de la diffusion sur France 2 ?
J’ai une chance, c’est que la série a déjà été diffusée en Belgique, et j’ai reçu beaucoup de messages positifs. Donc j’ai bon espoir que ce soit pareil ici. Ceux qui seront déçus par rapport au livre ne pourront pas dire que c’est de mauvaise qualité. Après, on ne peut pas faire l’unanimité. Je suis assez tranquille avec ça.
Cette expérience vous a-t-elle donné envie de vous lancer dans l’écriture d’une série ?
On me le propose depuis des années. C’est un autre métier. Quand je lisais le scénario, je me rendais compte que les codes de la fiction sont différents de ceux de la littérature. Je pense que ça me tentera un jour. J’ai même des idées, mais pour l’instant, mes enfants sont encore petits et je leur consacre tout mon temps.
Est-ce que cette expérience pourrait vous inspirer un nouveau roman ?
Tout m’inspire. Donc ce qui s’est passé sur cette adaptation, ça peut être de la matière pour plus tard. Ce qui m’a surprise, mais apparemment c’est assez rare, c’est cette cohésion de tous sur un tournage. Les acteurs aussi, parce qu’on se demande toujours comment on peut être juste comme ça dans une histoire qui ne nous concerne pas. Et j’ai vu notamment quand Caroline Anglade devait jouer une scène triste, elle avait une playlist exprès pour se mettre dans l’humeur et devenir Pauline... Je me suis rendue compte que ce n’était pas jouer, mais ressentir. Et ça, ça fait toute la différence. Ça m’a beaucoup impressionnée.
Doit-on s’attendre à d’autres adaptations de vos romans ?
Oui, il y a des droits qui ont été cédés. Il y a notamment les deux derniers, "Plus grand que le ciel" et "Les heures fragiles". C’est bien avancé, mais je n’ai pas le droit d’en parler.
Dans toute votre bibliographie, y en a-t-il un en particulier que vous aimeriez vraiment voir adapté sur petit ou grand écran ?
Oui, "Les possibles". Parce que cette histoire a été inspirée de celle de mon père, qui a eu la maladie d’Alzheimer. Ces deux jeunes filles qui emmènent leur père réaliser son rêve aux États-Unis, voir les Indiens d’Amérique, c’est mon histoire. Malheureusement, mon père est tombé malade très rapidement et nous n’avons pas pu réaliser ce voyage. Je pense que si je vois cette histoire à l’écran, ça va être très, très fort. On me l’a proposé plusieurs fois, mais je n’ai pas encore rencontré la bonne personne. Je veux retrouver mon père dedans. Je ne sais pas si ce sera un jour possible...
Quel rapport entretenez-vous avec le succès ? Est-ce que les audiences du "Parfum du bonheur" vous stressent ?
Non, ce n’est vraiment pas mon problème. Ce qui va me stresser, c’est d’ouvrir les messages de mes lecteurs sur Instagram et de voir s’ils ont aimé.
Avez-vous commencé l’écriture de votre prochain livre ?
Je ne signe jamais de contrat en avance. J’ai toujours prévenu que si je n’avais pas besoin d’écrire, je n’écrirais pas de livre pendant plusieurs années. Il se trouve qu’en ce moment, je suis dans une période où je suis en ébullition, il faut que j’écrive.
De quoi parlera ce livre, alors ?
Je vais vous raconter la scène qui m’a donné le besoin de l’écrire. Il y a quelques mois, j’ai emmené ma grand-mère, qui est d’origine italienne, à Naples. Elle n’était pas retournée en Italie depuis des décennies. Elle est très âgée et commence à être malade (elle s’arrête, les larmes aux yeux). Je savais que ce serait son dernier voyage, et donc je l’ai emmenée aux racines. On s’est baignées dans la Méditerranée et, à un moment, comme une petite fille, elle m’a dit : "Je suis dans ma Méditerranée". Et je me suis dit : "Waouh, il faut que j’écrive sur ça". Sur une petite fille et sa grand-mère qui vont aux racines. Donc je ne sais pas trop où je vais avec cette histoire, mais il y a plein de trucs qui commencent à s’écrire dans ma tête, et il faut que j’écrive sur ça.

player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2