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"Washington Post" : Jeff Bezos supprime 300 postes de journalistes sur 800, une reporter de guerre apprend son licenciement sur le front en Ukraine
Publié le 5 février 2026 à 15:14
Selon le New York Times, environ 300 journalistes sur 800 sont licenciés. Certains dénoncent une manoeuvre du milliardaire Jeff Bezos "pour s'attirer les faveurs" de Donald Trump.
Jeff Bezos a démenti que ses intérêts personnels étaient à l’origine de l’absence de soutien d’un candidat à la présidentielle américaine par le "Washington Post". Jeff Bezos a démenti que ses intérêts personnels étaient à l’origine de l’absence de soutien d’un candidat à la présidentielle américaine par le "Washington Post".© BestImage, Backgrid USA / Bestimage

Le Washington Post, propriété du multimilliardaire Jeff Bezos, a commencé mercredi à licencier des centaines de journalistes, une ancienne figure du journal en difficulté depuis des années dénonçant un jour "sombre" pour ce pilier de la presse américaine. L'hémorragie, qui frappe l'ensemble des services du quotidien, survient sur fond de rapprochement du fondateur d'Amazon avec Donald Trump, un président qui attaque la presse traditionnelle depuis son retour au pouvoir. Le nombre de suppression de postes n'a pas été communiqué. Selon le New York Times, environ 300 journalistes sur 800 sont licenciés.

"C'est l'un des jours les plus sombre de l'histoire" du journal

Cette restructuration destinée à réformer un journal "d'une autre époque" "inclut des réductions substantielles d'effectifs" et doit "sécuriser" son avenir, a expliqué le directeur exécutif du journal Matt Murray, qui reconnait un travail "difficile, mais essentiel." Une grande partie des correspondants à l'étranger, dont l'intégralité de ceux couvrant le Moyen-Orient, ont été licenciés, a déclaré l'un d'eux à l'AFP. Parmi eux, Lizzie Johnson dit avoir été licenciée alors qu'elle se trouve en plein reportage sur le front en Ukraine. "Je suis bouleversée", a-t-elle écrit sur X.

 

Les services des sports, des livres, du podcast, des pages locales ou de l'infographie sont aussi particulièrement touchés voire presque intégralement supprimés. "On ne peut pas vider une rédaction de sa substance sans conséquences sur sa crédibilité, son influence et son avenir", a dénoncé le Post Guild, le syndicat du journal. "C'est l'un des jours les plus sombre de l'histoire" du journal, a regretté sur Facebook Martin Baron, ex-rédacteur en chef du journal et figure du journalisme américain. Il dénonce sans fard les "efforts écoeurants" de Jeff Bezos "pour s'attirer les faveurs" de Donald Trump, y voyant "un cas d'école" de "l'autodestruction quasi instantanée d'une marque".

Le journal a perdu 100 millions de dollars en 2024

Le Washington Post, connu pour avoir révélé le scandale du Watergate ou les Pentagon Papers et qui a reçu 76 prix Pulitzer depuis 1936, est en crise depuis des années. Durant le premier mandat de Donald Trump, le journal s'était plutôt bien porté grâce à sa couverture jugée sans concession. Après le départ du milliardaire républicain de la Maison Blanche, l'intérêt des lecteurs s'était émoussé et les résultats ont commencé à dégringoler. Le journal a perdu 100 millions de dollars en 2024, rapporte le Wall Street journal.

A l'automne 2024, le Washington Post n'avait pas publié d'éditorial pour soutenir Kamala Harris dans la campagne  présidentielle face à Donald Trump, alors qu'il avait soutenu les candidats démocrates aux présidentielles de 2008, 2012, 2016 et 2020. Beaucoup y ont vu la main de Jeff Bezos, qui, trois mois plus tard, s'est affiché au premier rang de la cérémonie d'investiture de Donald Trump. Selon la presse, cette décision avait fait fuir de nombreux abonnés.

Les entreprises de M. Bezos ont d'importants contrats avec l'Etat fédéral, du stockage de données à l'espace. Selon les médias américains, Amazon a financé à hauteur de 75 millions de dollars le récent documentaire sur la première dame Melania Trump. "Imprimer des fausses nouvelles n'est pas un modèle économique rentable", a réagi sur X Steven Cheung, porte-parole de la Maison Blanche.

L'exécutif américain multiplie depuis un an les attaques contre la presse traditionnelle, entre restrictions d'accès, procédures en justice et discours accusateurs Une vaste réorganisation de la rédaction du Washington Post lancée en 2024 avec une nouvelle direction avait secoué en interne, et de nombreux journalistes étaient partis travailler pour la concurrence. Emmanuel Felton, reporter chargé de couvrir les questions raciales, a annoncé son licenciement sur X. "Ce n'était pas une décision financière, mais bien idéologique", a-t-il accusé.

Contraste saisissant, le New York Times, grand rival du Washington Post, a annoncé mercredi avoir recruté en 2025 plus d'un million d'abonnés numériques, pour près de 13 millions au total, confirmant sa position dominante sur le marché américain de la presse écrite. Jeff Bezos, dont la fortune est aujourd'hui estimée à 245 milliards de dollars par Forbes, avait racheté le Washington Post en 2013.

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Par La rédaction avec l'AFP | Journaliste
Puremédias en collaboration avec l'Agence France Presse (AFP)
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