Interview
Clémence Dibout, grand reporter de BFMTV, de retour d'un terrain de guerre : "Ma peur n'est pas une information à transmettre aux téléspectateurs"
Publié le 13 mars 2026 à 17:29
Grand reporter depuis 7 ans pour BFMTV, Clémence Dibout revient tout juste de Doha, au Qatar, où elle a vécu en direct le déclenchement de la guerre et ses répercussions dans les pays du Golfe. Elle raconte cette mission hors norme à Puremédias.
Un duplex de Clémence Dibout depuis le Qatar, sur BFMTV, le 2 mars 2026 © BFMTV, DR

Elle a couvert des conflits et des zones difficiles en Afghanistan, Ukraine, Israël, Cisjordanie, Arménie, Liban... Depuis 7 ans, Clémence Dibout est grand reporter pour BFMTV. Tout juste revenue de Doha, au Qatar, un pays visé par la riposte iranienne car abritant des bases militaires américaines, la journaliste raconte à Puremédias son expérience sur le terrain et le bouleversement en un instant de sa mission initiale. Elle avait en effet été envoyée au Qatar par la chaîne une semaine avant le début de la guerre, pour être justement prête à partir sur zone en cas de déclenchement du conflit.

Propos recueillis par Léa Stassinet

Puremédias : Quand est-ce que la chaîne a pris la décision de vous envoyer au Qatar ?
Clémence Dibout : À peu près une semaine avant le début de la guerre. Je me suis positionnée là pour être encore plus prête pour prendre un avion par exemple pour le Kurdistan irakien ou être sur la zone de conflit. Et pas forcément pour couvrir ce qui se passait sur place. Et c'est là que c'est devenu hyper intéressant et que ça a changé la mission. On ne s'attendait pas à ce que ce soit aussi intense dans les pays du Golfe quand les premières frappes américaines ont commencé. La mission a changé en une heure.

Je ne pensais pas mettre un gilet pare-balles dans un pays du Golfe

Clémence Dibout, grand reporter de BFMTV

Qu'est-ce qui se passe à ce moment-là ?
Les pays du Golfe, et nous aussi, on s'attendait à des répliques iraniennes sur la base militaire qui est à côté de Doha. Donc au début, les premières frappes, on s'est dit : 'Bon, c'est assez rapide et assez intense, mais c'est les répliques'. Et puis très vite, on a vu que l'aéroport était touché. Autant on s'attendait à des frappes prévenues, orchestrées et limitées, et on a vu que ce n'était pas le cas. La mission a tout de suite changé, moi j'avais emmené un gilet pare-balles à toutes fins utiles. On a dû le mettre et sincèrement, je ne pensais pas mettre un gilet pare-balles dans un pays du Golfe. Et ça veut dire beaucoup de ce conflit.

Justement à ce niveau-là, est-ce que vous avez une formation concernant la sécurité pour ce genre de mission à risque ?
Pas systématiquement à chaque départ, mais c'est à peu près tous les mois. On a une formation de secours de gestes d'urgence. Donc savoir poser un garrot, savoir comment réagir, extraire un blessé, extraire son partenaire. Ce n'est pas des compétences médicales mais des compétences de sauvetage en zone de guerre.

Sur place, vous êtes accompagnée d'un JRI (Journaliste reporter d'images, ndlr) et d'un fixeur (un local qui aide le journaliste sur place, ndlr) ? 
Tout est variable. Mais là, on était en équipe très légère. Je n'avais qu'un JRI avec moi, Théo Touchais, pas de technicien. Et pas de fixeur parce que d'abord, le but à la base n'était pas forcément de rester sur place, mais de voir où est ce qu'on pouvait aller. Et en plus, le Qatar n'a pas vraiment la culture du fixing. Donc pour cette mission-là, on ne travaillait pas avec un fixeur. Mais évidemment, très souvent, on en a un.

Durant cette mission, y a-t-il eu des moments où vous avez eu peur, où vous ne vous sentiez pas en sécurité ?
C'est allé tellement vite que je n'ai pas trop réagi. Mais c'est vrai que quand on était à côté de la base d'Al-Udeid, où l'on voyait en permanence l'alarme sonner, il y avait un incendie, il y avait de la fumée noire et des interceptions de missiles ou de drones, mais des interceptions en permanence. Et comme j'ai l'habitude de comment ça se passe, on a pu commenter les images en direct à l'antenne. C'était assez intense parce que cette base d'Al-Udeid, elle se trouve en périphérie de la ville de Doha, mais elle est en plein désert. Et le problème des interceptions, c'est les projectiles, après, qui tombent au sol et qui peuvent faire énormément de dégâts. Donc, on a trouvé un mur et on s'est abrités derrière le mur. C'est des situations un peu extrêmes parce qu'en Israël, par exemple, il y a des abris anti-missiles partout mais au Qatar il n'y a absolument pas la culture de l'anti-missile. Il y a des immeubles qui ne sont absolument pas équipés pour ça. Et du coup, la panique au sein de la population est venue assez progressivement.

Ce jeudi 12 mars, un duplex d'une journaliste de LCI depuis Beyrouth a dû être interrompu à cause d'un bombardement tout près d'elle. Est-ce qu'on pense à ce genre de risque quand on est face à la caméra ?
Bien sûr. Parce que nous, on doit faire du direct dans des endroits très anxiogènes, il faut vraiment se concentrer sur la description et sur l'information. Je ne sais pas ce que ça me ferait d'être une civile lambda dans une telle situation. Ce que je sais, c'est que quand j'ai du stress ou un danger potentiel immédiat, je suis une journaliste qui doit délivrer de l'information et faire comprendre en temps réel ce qu'on voit aux téléspectateurs. Ma peur n'est pas une information à transmettre aux téléspectateurs. Donc, elle ne me sert pas à grand-chose. En revanche, il faut que j'essaie d'engranger le plus possible d'informations. Et donc, c'est ça qui la met à distance.

Je tanne mes chefs pour repartir !

Clémence Dibout

Partir sur des terrains en guerre peut inquiéter vos proches. Comment le vivent-il ? Est-ce que c'est un sujet pour vous, de rassurer ?
Pour mes parents ou ma sœur, ce n'est pas spécialement un sujet. J'ai l'impression qu'ils savent que je suis dans mon élément. Ils me font confiance. Ce n'est pas spécialement une énorme angoisse pour eux. En revanche, là où je fais très attention, c'est pour mon fils qui va bientôt avoir 8 ans. Donc, il comprend de plus en plus ce qui se passe. J'essaie de ne pas lui mentir ou lui cacher, parce que franchement, je pense que c'est pire que tout. Mais je n'essaie pas non plus de lui dire exactement ce que je fais. Je lui rappelle que je ne fais pas la guerre mais parfois, les images pour lui sont très impressionnantes. Et souvent, il faut qu'on en parle. Je vous donne un exemple : il m'a appelé en FaceTime un matin avant de partir à l'école et j'étais sur le porte-avions Charles de Gaulle en exercice à Toulon, ce qui n'est absolument pas dangereux. Sauf que je n'ai pas vu que derrière moi, il y avait une mitraillette posée. Et ça l'a perturbé toute la journée à l'école. Plusieurs jours après, quand je suis rentrée, la maîtresse m'a dit : "Vous savez, il n'était pas rassuré, vous aviez une mitraillette derrière". Donc en fait, ce n'est pas forcément le danger immédiat que les enfants peuvent percevoir mais c'est l'image qu'ils seront de là où est maman. Et c'est vraiment à ça qu'il faut faire attention.

On ne sait pas si cette guerre va durer. Est-ce que vous pourriez repartir rapidement sur le terrain ?
Je tanne mes chefs pour repartir ! (rires) Il est hors de question que je ne reparte pas sur le terrain. Après, c'est bien de souffler. Moi, je suis partie un jour au ski. J'ai sauvé les vacances parce que du coup, il n'y avait plus de vol, mais j'ai fait un jour au ski avec ma famille. C'était hyper important. Et avoir des enfants, c'est génial pour se remettre dans le bain tout de suite. Parce qu'avec eux, la guerre, ce n'est pas leur sujet. Moi, quand je rentre, il faut que je gère une question de carte de Pokémon qui ne va pas dans le classeur Pokémon. (rires) Et c'est génial pour se remettre dans la vraie vie.

Y a-t-il un délai entre deux missions sur un terrain de guerre chez BFMTV ?
Rien n'est écrit dans le marbre. Mais je pense que c'est bien de souffler un petit peu. Il n'y a pas de règles claires. Mais il faut récupérer un petit peu et repartir. Je pense qu'une semaine, c'est bien.

BFMTV est vue comme fiable et neutre pour pouvoir couvrir des conflits partout dans le monde

Clémence Dibout

Est-ce qu'il y a quelque chose sur cette mission-là qui vous a marqué en particulier par rapport à tout ce que vous avez fait auparavant ?
Pour montrer l'ambiance un peu civile qui devient d'un coup zone de guerre, le premier jour, ça a été hyper intense au niveau des interceptions dans le ciel. Il y avait des avions de combat, il y avait une frégate à côté d'un bateau de croisière... Et à un moment, on est en voiture. On scrute le ciel. On écoute les interceptions. Et on s'arrête. Et je crie : "Je crois qu'il y a un drone iranien !" Et on prend une photo, on zoome, et c'était un ballon d'enfant en triangle qui s'était envolé. Donc tout va bien, ce n'était pas un drone. Mais vraiment, le télescopage zone de guerre, zone calme à Doha, ça a vraiment été intéressant.

On a vu que depuis le début de ce conflit, BFMTV est plébiscitée par les téléspectateurs pour suivre les derniers développements. Qu'est-ce qui fait que, selon vous, les gens regardent BFM quand ce genre d'actualité éclate ?
C'est vrai que nous, on est très souvent vu comme la chaîne de l'événement. Et on a quand même la réactivité du terrain, on sait faire. On était énormément sur le terrain. Désolée d'être corpo, mais je trouve que c'est les meilleurs duplexeurs sur le terrain. Et puis évidemment, on est vu comme fiables et neutres pour pouvoir couvrir des conflits partout dans le monde.

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Par Léa Stassinet | Journaliste
Venue du royaume d'"Intervilles" (Mont-de-Marsan), Léa Stassinet a été bercée par la "Nouvelle Star". Elle ne rate jamais les César ni l’Eurovision, synonymes de soirée pronostics entre amis. Passionnée de tennis et de politique, elle suit toutes les soirées électorales, sauf pendant Roland-Garros.
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