Bernard Cazeneuve : "Le bon journaliste devient celui qui dénonce, s'indigne et désigne des cibles"

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Bernard Cazeneuve : "Le bon journaliste devient celui qui dénonce, s'indigne et désigne des cibles"
Bernard Cazeneuve dénonce "le vacarme" des plateaux télés pour "convoquer l'outrance" © LCI
A la lumière de son expérience de ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve critique l'évolution du travail des médias.

Bernard Cazeneuve critique ce que devient le travail des journalistes. Dans un entretien accordé au "Droit de vivre", le journal de la LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme), l'ex-ministre de l'Intérieur a livré sa vision du monde des médias et de son évolution qu'il déplore.

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Rappelant la très forte pression médiatique subie place Beauvau durant les attentats de 2015 et 2016, Bernard Cazeneuve a fustigé le "grégarisme" des journalistes à cette période. "Ce qui m'a surtout frappé au moment des attentats où la tension était à son paroxysme, c'est le grégarisme dont témoignaient certains commentaires politiques ou de presse, convergeant mécaniquement vers les mêmes questions convenues, alors même qu'on ne savait encore rien des drames qui venaient tout juste de se produire : 'Où sont les failles des services de renseignement ?' s'interrogeait-on mécaniquement sur certains plateaux des chaînes d'information en continu, avec des spécialistes autoproclamés de la lutte contre le terrorisme, qui se laissaient parfois aller à des spéculations hasardeuses... !", a fustigé Bernard Cazeneuve.

L'ancien Premier ministre s'est ensuite remémoré les vifs débats ayant entouré l'adoption de sa loi sur le renseignement en 2015. "Les médias aimaient les services de renseignement surtout quand ils échouaient ! Mais dès qu'on les dotait des moyens destinés à améliorer leur efficacité, les contempteurs de leur action s'indignaient de l'avènement possible du 'meilleur des mondes' ou de la 'surveillance de masse'". Et de tacler ensuite BFMTV : "J'ai aussi vu des journalistes prendre directement contact avec les frères Kouachi dans l'imprimerie de Dammartin-en-Goële, alors que la vie d'un otage était en jeu. J'ai donc appris à vivre avec une presse qui cherchait parfois – pas toujours fort heureusement – à allumer la mèche, alors que ma mission était d'éteindre tous les feux et d'éviter les courts-circuits".

"Pour moi, Twitter, c'est l'usage de la phrase brève au service des idées courtes !"

L'ex-ministre de l'Intérieur n'est pas plus tendre avec Twitter, résumé à "l'usage de la phrase brève au service des idées courtes". "On voit peu à peu un espace irrationnel se structurer où la foule s'enivre de ses instincts, en allant jusqu'à trahir le peuple, en lui faisant subir ses excès", a-t-il regretté, estimant que le réseau social convoque "les pulsions les plus viles pour les faire converger à la fin vers les positions les plus radicales". Et de conclure : "Dans un tel contexte, dans cette ambiance où chacun se projette en justicier, le bon journaliste n'est plus celui qui rend la complexité intelligible, qui informe de façon méticuleuse, mais c'est celui qui dénonce, s'indigne et désigne des cibles. C'est là un changement très profond de la relation des peuples à la délibération collective et de la presse à l'exercice démocratique".

Cette dénonciation du système médiatique n'est pas la première de Bernard Cazeneuve. En septembre dernier, il avait déjà sur LCI fustigé le "niveau effondré" du débat et "le vacarme" des plateaux télés.

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