Le bras de fer continue. Depuis le début de la semaine, les salariés de Radio France militent contre l'arrivée au sein de France Inter de Charles Sapin, directeur adjoint de la rédaction de "Valeurs actuelles". Ce dernier a été recruté pour tenir un billet politique hebdomadaire, proposé le dimanche dans la matinale de la station. Un recrutement rejeté par l'ensemble des rédactions du groupe public, qui estiment que les valeurs portées par la publication dirigée par Charles Sapin sont "incompatibles" avec celles de Radio France.
Réunis en assemblée générale le 2 septembre, les rédactions avaient voté la grève. "Le pluralisme ne peut servir de prétexte à la légitimation de toutes les paroles", avaient indiqué les représentants du personnel dans une motion adressée à Céline Pigalle, patronne de France Inter, et Sibyle Veil, présidente de Radio France. Mais en interne, la question avait déjà été tranchée. Dans un mail envoyé aux rédactions, Vincent Meslet, directeur éditorial de Radio France, expliquait par le menu pourquoi Charles Sapin allait bien être maintenu à l'antenne de France Inter. "Le numéro deux de la rédaction d’un journal condamné par le passé pour injures racistes, sur l’antenne du service public, à l’entrée d’une année électorale : ce symbole, nous ne le minimisons pas. Mais à ce stade, le procès fait à Charles Sapin repose sur des intentions supposées, non sur des faits, des actes ou des chroniques précises", avait-il notamment défendu, évoquant aussi le mauvais signal qui serait envoyé par Radio France en congédiant le journaliste de "Valeurs actuelles". "Regardons aussi l’autre symbole, celui que nous enverrions en reculant. Celui d’un service public qui décide qui a le droit de parler, et qui retire une voix avant même qu’elle ait parlé, au nom d’une intention qu’on lui prête. Ce n’est plus juger des faits. C’est condamner par avance".
Sibyle Veil a, à son tour, confirmé le maintien de Charles Sapin à l'antenne en marge de la conférence de presse de rentrée de Radio France. "Le service public n’est pas un champ de bataille, il n’est pas non plus un champ neutre et aseptisé, a avancé la présidente de Radio France, assurant malgré tout comprendre "les réactions, les indignations […] l’émotion sincère car le service public appartient à tout le monde [...] [Radio France] est une maison ouverte, indépendante et impartiale, et on fait tenir sur la même antenne des gens qui ne pensent pas la même chose, à l'image de notre pays." Selon l'AFP, l'intersyndicale de Radio France a décidé de déposer un préavis de grève pour les 13 et 14 septembre. Les auditeurs seront invités à se rassembler le dimanche 13 septembre à 14h, horaire auquel sera diffusé le billet de Charles Sapin, a appris l'AFP de sources syndicales.