Des journalistes hués, bousculés, puis expulsés d'un meeting politique. Ce samedi 24 octobre, quatre reporters de "Mediapart" ont été pris à partie par des militants du Rassemblement national lors du congrès du parti d'extrême droite, organisé au Zénith d'Orléans. Alors que quelque 5.000 militants et cadres étaient attendus pour assister notamment à la réélection de Jordan Bardella à la présidence du RN, l'équipe du site d'investigation a été la cible de slogans hostiles, avant d'être évacuée sans ménagement par le service d'ordre du parti.
Dans un article publié samedi soir, intitulé "Mediapart dénonce la brutalité du service d'ordre du RN à l'encontre de ses journalistes", la directrice de la publication, Carine Fouteau, revient sur le déroulement de cet incident. "Après les menaces, puis la criminalisation de nos journalistes, la violence physique…", déplore-t-elle, dénonçant des "pratiques inacceptables en démocratie".
Les faits se sont déroulés peu avant l'ouverture officielle du congrès. Alors que l'équipe vidéo de "Mediapart" réalisait des interviews de militants dans les gradins et que d'autres journalistes suivaient les interventions sur scène, plusieurs participants ont commencé à les huer, avant de scander "Mediapart dehors !". Un slogan rapidement repris par une partie de la salle.
Le Département Protection Sécurité (DPS), service d'ordre du Rassemblement national, est alors intervenu pour faire sortir les journalistes. Une évacuation particulièrement musclée, selon plusieurs vidéos diffusées sur les réseaux sociaux et le récit du média d'investigation. "L'une a été ceinturée, portée de force dans un escalier et empêchée de filmer, un autre, pris par le col, à moitié étranglé, a été violemment repoussé et deux d'entre eux ont été plaqués contre un mur, une fois sortis de la salle", détaille Carine Fouteau.
Selon des journalistes de TF1 présents sur place, le Rassemblement national a justifié l'intervention de son service de sécurité par la "peur d'un mouvement de foule". L'équipe de communication du parti est ensuite intervenue pour permettre aux reporters de regagner la salle du meeting. "Des excuses leur ont été présentées", a confirmé sur X Edwy Plenel, fondateur de "Mediapart". "Mais cette brutalité du service d'ordre du RN et les cris ‘Mediapart dehors’ disent ce qu'est l'extrême droite", a-t-il ajouté.
Cet incident intervient dans un climat particulièrement tendu entre le Rassemblement national et "Mediapart". Le 28 septembre dernier, le site d'investigation a publié une enquête attribuant à Jordan Bardella des propos antisémites et complotistes tenus entre 2013 et 2015 dans des échanges numériques privés. Le président du RN conteste formellement être l'auteur de ces écrits et a déposé plainte pour diffamation.
Depuis ces révélations, plusieurs responsables du parti ont vivement attaqué le média. Marine Le Pen avait notamment invité ses journalistes à porter un "costard en kevlar", une référence aux gilets pare-balles qui avait suscité l'indignation de nombreuses rédactions. Près de quarante sociétés de journalistes avaient alors dénoncé ces propos, tandis que "Mediapart" affirme avoir reçu des menaces de mort.
"La violence verbale appelle et légitime les passages à l'acte", estime Carine Fouteau dans son billet. La directrice de la publication rappelle que le travail des journalistes relève de l'intérêt général et considère que son entrave constitue une atteinte à une liberté démocratique fondamentale. "Notre équipe ne renoncera pas à sa mission d'utilité publique, quels que soient les obstacles", assure-t-elle.
L'expulsion des journalistes de "Mediapart" n'est pas le seul incident signalé lors de cette première journée de congrès. Plusieurs journalistes femmes ont également dénoncé des palpations inhabituelles à l'entrée du Zénith d'Orléans. Une reporter de "L'Express" a notamment affirmé sur X que des agents de sécurité avaient cherché à vérifier si elle portait un soutien-gorge, par crainte d'une intervention des Femen, mouvement féministe connu pour ses actions seins nus. Une journaliste du média "Rapporteur News" a rapporté avoir vécu une expérience similaire.
Le Rassemblement national a démenti avoir donné une telle consigne, évoquant des contrôles de sécurité habituels. Selon "Le Parisien", le DPS aurait pourtant bien reçu cette instruction, les femmes ne portant pas de soutien-gorge pouvant faire l'objet d'une fouille plus approfondie. La députée RN Laure Lavalette a, de son côté, vivement contesté le témoignage de la journaliste de "L'Express", affirmant qu'elle "raconte n'importe quoi".
Ces incidents ont émaillé une journée marquée par une importante mobilisation contre la tenue du congrès du RN à Orléans. Entre 11.000 et 26.000 manifestants, selon les estimations des autorités et des organisateurs, ont défilé dans les rues de la ville samedi. Le rassemblement du parti d'extrême droite doit se poursuivre dimanche avec un grand meeting de Marine Le Pen, dans la perspective de l'élection présidentielle de 2027.
