Il va falloir se serrer la ceinture. La semaine dernière, en marge du Festival de la fiction de La Rochelle, la présidente de France Télévisions Delphine Ernotte a prévenu les professionnels du secteur d'un possible coup de frein dans les financements. "Moins 50 millions d'euros en 2025, selon toutes les probabilités. Si j'en crois ce que le gouvernement précédent avait prévu dans les financements publics, c'est une nouvelle baisse l'année prochaine", a-t-elle déclaré lors d'une conférence suivie par Puremédias.
Selon elle, "l'État avait prévu dans son arbitrage de faire baisser à peu près tous les postes de la maison : les effectifs, le flux, le sport. Absolument tout. Y compris les investissements dans la création. Et de revenir finalement à ce qui est strictement dans la loi. C'est-à-dire au lieu d'avoir 440 millions d'euros d'investissements par an, on reviendrait à 380 millions." La dirigeante a évoqué un "choc économique très important" si ces coupes se confirmaient.
Pourtant, France Télévisions continue d'afficher son ambition. "On a augmenté les budgets consacrés à la fiction certes, mais aussi travaillé sur une fiction très plurielle, très diverse sur nos antennes avec tous les genres représentés", a-t-elle assuré, rappelant que "la fiction sur nos antennes, c'est essentiel". En dépit de l'avertissement, le groupe public a présenté un line-up de rentrée riche en nouveautés. "Bêtes de flic", avec Fred Testot, "Les Rives du fleuve", "Une relation dangereuse" ou encore "Mitterrand confidentiel" avec Denis Podalydès. Des sagas estivales sont également en préparation.
Reste la question centrale : comment produire autant avec des moyens en baisse ? Dans une interview à "Satellifacts" en amont du festival, Anne Holmes, directrice des Programmes du groupe et patronne de la fiction, posait le cadre : "Baisser le nombre de productions, ce n'est pas la solution. Et, de toute façon, cela ne répondrait pas à nos besoins d'antenne. Pour autant, il y a d'autres manières de faire des économies".
"Nous pouvons jouer sur l'écriture, notamment sur le genre du polar", poursuit-elle. "Nous pouvons baisser nos prétentions sur le casting. Nous pouvons aussi produire plus de séries low cost, à 0,5 M€/épisode, comme nous le faisons sur 'Face-à-face', 'Tom et Lola' et 'A priori'. Nous pouvons également coproduire avec les plateformes, même si, sur ce point, les économies sont rares, car ce sont souvent de grosses productions qui demandent de lourds investissements."
Une politique de fiction "au rabais" ? Interrogée par Puremédias à La Rochelle, Anne Holmes a tenu à clarifier sa pensée : "Ça n'a rien à voir. Dans cette interview, on expliquait que pour pouvoir encore faire du costume, pour pouvoir encore faire de l'image, pour pouvoir encore faire des séries, on compensait, on faisait des séries à 'coûts maîtrisés'. On les appelle aussi des séries à coûts "méprisés". Qui sont à 500.000 euros l'épisode. Et qui font une économie d'échelle sur le volume car ils sont en 12 fois 52 minutes. Ce qui nous permet de compenser et de mieux financer des fictions historiques. On n'est pas à la recherche de séries 'low cost'".
Pour la responsable, la ligne de France Télévisions reste claire : proposer des œuvres accessibles et variées, tout en continuant d'explorer des univers originaux. "Je veux continuer à surprendre avec des histoires originales, et notamment trouver des univers singuliers, qui ne sont pas éculés", précise-t-elle à "Satellifacts". "Nous avons un projet sur le scoutisme, un autre sur Mitterrand qui permet de revenir dans le monde politique. J'aimerais un projet qui replonge dans l'univers de la cuisine et de la gastronomie."

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