Elisabeth Moreno (P2) : "Je suis très inquiète de l'influence de la télé-réalité sur nos jeunes"

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Elisabeth Moreno (P2) : "Je suis très inquiète de l'influence de la télé-réalité sur nos jeunes"
Elisabeth Moreno
Elisabeth Moreno © Abaca
La ministre en charge de l'Egalité entre les femmes et les hommes, de la diversité et de l'égalité des chances, est l'invitée spéciale de puremedias.com.

Elisabeth Moreno prend la parole sur puremedias.com. La ministre en charge de l'Egalité entre les femmes et les hommes, de la diversité et de l'égalité des chances, répond aux questions de notre site tout au long de la journée à l'occasion de la diffusion ce soir de "Il est elle" sur TF1. Dans cette deuxième partie, la ministre revient notamment sur la place des femmes et des personnes en situation de handicap à la télévision.

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Propos recueillis par Christophe Gazzano et Benjamin Meffre.

puremedias.com : La représentation de l'amour et de la vie à la campagne de personnes homosexuelles dans "L'Amour est dans le pré" a-t-elle été une étape importante en matière d'inclusion à la télévision ces dernières années ?
Elisabeth Moreno :
Alexandre et Mathieu, c'est un truc de dingue ! Mais c'est comme "Danse avec les stars" : avoir le premier couple d'hommes qui danse, c'est génial ! La visibilité, c'est ça. C'est de dire : ça existe et il n'y a pas de sujet. Vous pouvez voir deux hommes danser et le monde ne va pas s'écrouler pour autant. Vous pouvez voir deux hommes s'aimer et la terre ne va pas s'arrêter de tourner. Je pense que c'est dans l'intérêt général.

Au sujet de la présence de Bilal Hassani dans "Danse avec les stars", Matthieu Delormeau a regretté que la télévision ne montre que "des homosexuels totalement caricaturaux". Qu'en pensez-vous ?
Je ne pense pas que Bilal Hassani soit dans la caricature. Il s'assume comme il est et c'est le plus important ; chacun a le droit de vivre comme il l'entend et d'être respecté. Vous savez, c'est Nelson Mandela qui disait : "Personne ne naît en haïssant une autre personne à cause de la couleur de sa peau, de ses antécédents ou de sa religion. Les gens doivent apprendre à haïr, et s'ils peuvent apprendre à haïr, on peut leur apprendre à aimer, car l'amour vient plus naturellement au coeur humain que son contraire". Je crois qu'il faut qu'on réapprenne à aimer. Mais avant d'apprendre à aimer les autres, il faut commencer par nous aimer nous-mêmes. Je trouve que les Français ne se rendent plus compte de la chance que nous avons de vivre dans ce pays. Il faut que les Français soient fiers d'eux.

Ils ont dit
"Les quotas dans la production doivent se généraliser"
Elisabeth Moreno

A l'antenne depuis 2009, une série comme "Scènes de ménages" sur M6 n'a encore jamais accueilli de couple gay récurrent. Trouvez-vous cela problématique ?
Il faut laisser les gens libres de créer et d'inventer ce qu'ils ont envie.

Hormis la fiction, les personnes en situation de handicap se font rare sur les plateaux télé autrement qu'en tant qu'invités. N'est-ce pas un problème majeur alors que près de 12 millions de Français en 2020 étaient en situation de handicap ?
J'ai rencontré Boubacar Cabo, un acteur valide qui joue un jeune dans un fauteuil roulant dans "Plus belle la vie". Il m'a dit : "Madame la ministre, je n'avais aucune conscience de ce que c'était d'être une personne en situation de handicap, jusqu'à ce que je le vive". Quand vous vivez dans un environnement où vous n'avez pas de personnes en situation de handicap, vous vous coupez d'une partie du monde. Il faut qu'il y ait plus de mixité dans notre société. Si on veut vraiment donner corps à la devise républicaine, il faut vraiment qu'on arrive à avoir une société plus inclusive.

Pourquoi n'y a-t-il pas par exemple davantage d'athlètes paralympiques pour commenter le sport à la télévision ?
Vous avez raison mais je pense que nous avons tendance à être un peu trop durs avec nous-mêmes. La France est plus en avance que beaucoup de pays. Nous avons par exemple 25 critères de discrimination prohibés dans la loi ! Cela dit quelque chose : nous avons travaillé sur ces sujets. À la suite de l'engagement du président de la République, nous avons lancé une plateforme de lutte contre les discriminations le 12 février dernier que nous avons confiée au Défenseur des droits. Et nous avons lancé une grande consultation citoyenne sur les discriminations du 8 avril au 31 mai. Il s'agissait d'un exercice totalement inédit en la matière et qui illustre combien le gouvernement s'empare de ces sujets fondamentaux pour notre cohésion sociale.
Depuis 2020, France Télévisions a mis en place des quotas de femmes pour la réalisation et plus largement la création de contenus. Ces quotas dans la production doivent-ils se généraliser et s'imposer aux diffuseurs privés ?
Evidemment. Je débattais mercredi 27 octobre dernier au Sénat de la proposition de loi de Marie-Pierre Rixain et Christophe Castaner qui crée des quotas de femmes dans les comités exécutifs et les comités de direction des entreprises de plus de 1.000 salariés. On assiste à un mouvement général dans notre société pour assurer une meilleure représentation des femmes.

Dans ce cas précis, vous êtes passée par la loi. En feriez-vous de même pour l'audiovisuel ?
Je ne sais pas. La loi ne peut pas tout. Tant que nos sociétés ne seront pas plus inclusives, on n'y arrivera pas. C'est un enjeu de société qui nous concerne tous.

Ils ont dit
"Le rôle des femmes est encore très stéréotypé à la télévision"
Elisabeth Moreno

La présidente de France Télévisions avait déploré il y a quelques années que la télévision montrait trop d'"hommes blancs de plus de 50 ans". Trouvez-vous que la situation du PAF a évolué dans le bon sens ?
La situation évolue lentement, et nous avons encore beaucoup de progrès à faire...

La place de la parole des expertes dans les émissions de télévision est une préoccupation des pouvoirs publics depuis plusieurs années. Est-ce que le Covid n'a pas représenté un grand retour en arrière au vu du faible nombre de femmes présentes sur les plateaux ?
Les stéréotypes ont la vie dure. Simone de Beauvoir disait : "N'oubliez pas qu'il suffira d'une crise économique, politique ou religieuse pour les droits acquis de haute lutte reculent". Il faut rester vigilant. La députée Céline Calvez que j'évoquais tout à l'heure, a fait un rapport sur la place des femmes dans les médias montrant que la situation ne s'améliore pas et même parfois empire. Le rôle des femmes est encore très stéréotypé à la télévision. Les choses avancent, mais encore trop lentement...

Les émissions de télé-réalité n'ont-elles d'ailleurs pas une responsabilité particulière dans l'objectification de la femme ?
Je suis très inquiète de l'influence que ces télé-réalités peuvent avoir sur nos jeunes. Très inquiète. Je pense que c'est une responsabilité collective : la responsabilité des parents que de s'assurer que leurs enfants ne s'abêtissent pas face à certains programmes mais aussi la responsabilité des chaînes et la responsabilité individuelle. D'un côté, je me dis qu'il en faut pour tous les goûts. De l'autre, quand je vois une actrice de télé-réalité qui vante une vaginoplastie alors qu'elle est suivie par plus d'un demi-million de jeunes... C'est grave. Quand on a un tel public, il faut faire attention à ce que l'on fait.

Ça m'interroge et ça m'inquiète. Les réseaux sociaux m'interrogent et m'inquiètent. Le cyber-harcèlement m'interroge et m'inquiète. On est dans une importante métamorphose du monde, que tout le monde subit. Le numérique a pris une place exponentielle dans nos vies. Personne n'y était véritablement préparé et on n'a pas préparé notre jeunesse à cela. Donc oui, je pense que les chaînes ont une responsabilité concernant ce qu'elles diffusent. Quand C8 diffuse un film contre l'avortement qui est une pure propagande, c'est grave.

Concernant ce film diffusé sur C8, "Unplanned", le Conseil supérieur de l'audiovisuel a estimé que cette diffusion relève de la liberté éditoriale...
Je n'ai pas à commenter leur décision. Ce que je peux dire en tant que ministre chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes, c'est que diffuser à une heure de grande écoute un film pour dissuader les femmes ou les culpabiliser quand elles ne cherchent qu'à disposer de leur corps, c'est très grave.

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