Ce mardi soir, Sidonie Bonnec va enfiler ou presque la blouse blanche. La journaliste, animatrice et romancière a partagé durant plusieurs mois de tournage le quotidien de celles qui accompagnent les mamans avant, pendant et dans les premiers instants après l'accouchement. Pour "Si j'étais sage-femme", documentaire réalisé par Loraine Canayer et diffusé en prime sur France 5 (déjà disponible sur france.tv), Sidonie Bonnec est partie au Sénégal, au Népal, au Guatemala mais aussi dans l'une des plus grandes maternités de France, à Lille. Avec à chaque fois des rencontres qui l'ont profondément marqué, comme elle l'a confié à Puremédias.
Propos recueillis par Léa Stassinet
Puremédias : Comment est né ce projet de documentaire ?
Sidonie Bonnec : France Télévisions est à l'origine du projet, avec les équipes de Babel (la société de production, ndlr). Et moi, ça faisait longtemps que je leur disais "Renvoyez-moi sur le terrain, j'adore ça, je n'en ai pas fait depuis longtemps, j'adore être en immersion, j'adore raconter l'histoire des gens en vivant leur quotidien". Et ils ont décidé de nous associer. Ils m'ont proposé ce projet et je trouvais que de faire des portraits de sages-femmes à travers le monde, c'est extraordinaire. Parce que rapidement, on m'a expliqué qu'on manquait énormément de sages-femmes, 900.000 dans le monde, ce qui pourrait sauver plusieurs millions de femmes et d'enfants. Ce sont des femmes qui ne sont pas là qu'à l'accouchement, mais dans tous les pays du monde, elles sont là tout le long de la grossesse, elles ont un rôle capital. Et finalement, comme pas mal de métiers de femmes, c'est un métier assez méconnu. Et comme j'adore mettre les gens en valeur, j'adore raconter l'histoire de personnes fortes, j'ai tout de suite dit oui.
C'est Najat Vallaud-Belkacem, ancienne ministre désormais engagée dans l'associatif en tant que présidente de France Terre d'asile, qui a eu l'idée de ce documentaire. Avez-vous échangé toutes les deux ?
Bien sûr. C'est vraiment un travail d'équipe avec deux sociétés de production, Babel, habituée à faire beaucoup de docs, et Together Prod. Donc moi j'ai rencontré les deux producteurs, j'ai rencontré Najat en même temps, la réalisatrice Loraine Canayer et l'idée c'était vraiment qu'on parle tous, qu'on regarde si on avait des points communs, si on avait envie de travailler ensemble. Moi j'ai adoré leur idée, parce que montrer les différences pour montrer ce qui nous rapproche, ce qui nous différencie, je trouvais ça magnifique. Je me suis trouvée plus proche de certaines sages-femmes au Népal, au Guatemala, que de beaucoup de personnes en France (rires). Donc j'étais assez émerveillée par ce lien qu'on peut avoir entre humains, alors qu'on n'a pas le même âge, pas la même culture ni la même histoire.
On vous voit très émue à certains moments du film, notamment lorsque vous assistez à votre première naissance à Lille. Comment êtes-vous ressortie du tournage ?
J'appréhendais énormément, sans l'avoir dit à personne, d'assister à des accouchements, je me disais : "Dans quoi je m'embarque ? Est-ce que j'aurai le courage ?". Et en fait, comme j'étais dans les pas des sages-femmes, que j'étais guidée par elles, que j'étais dans l'action, que je donnais la main, je rassurais aussi. J'ai été émue, mais au lieu d'être choquée ou dérangée, j'étais comme dans un grand bain de douceur, de reconnaissance et d'admiration du travail de ces femmes et du courage des femmes qui accouchent. Ça m'a totalement apaisée et bouleversée, parce qu'à chaque naissance on se dit mais est-ce qu'on va y arriver, est-ce que le bébé va y arriver, est-ce que c'est possible ? Et en fait avec l'assurance et la bienveillance des sages-femmes, le bébé arrive.
Il y a cet accouchement-là qui se passe plutôt bien à Lille, et il y en a un autre où c'est beaucoup plus difficile au Guatemala. Est-ce qu'à ce moment-là, vous avez eu peur ?
Oui c'était terrible, parce qu'on avait tourné toute une journée, puis on nous a appelé, on a appelé la comadrona (accoucheuse traditionnelle en Amérique Latine) avec laquelle on était et l'infirmière, et on comprend très rapidement que la maman et le bébé sont vraiment en danger. Et je me retrouve face à l'ambulance et je ne réfléchis même pas, je ne demande même pas à la réalisatrice ou à quiconque. Je regarde la jeune fille avec qui je discutais et je lui dis : "Je peux venir ?". Je me suis dit que je serai un soutien supplémentaire et c'était très utile parce qu'elle et la comadrona ne parlaient pas espagnol, elle parlait un dialecte et ne pouvaient pas communiquer avec l'urgentiste qui était dans l'ambulance qui elle parlait espagnol. Et comme moi je parlais espagnol, j'avais retenu les infos, le nombre d'heures de douleurs, tout ce qui était vraiment capital, j'ai pu donner ces infos. On a roulé à une allure totalement folle jusqu'à l'hôpital, et les heures d'attente, j'avais l'impression que j'attendais pour ma sœur, c'était terrible. On s'est dit est-ce qu'elle va s'en sortir, est-ce que le bébé va s'en sortir ? Heureusement ça s'est bien terminé.
Quand est-ce que ce sont déroulés les tournages ? Avez-vous gardé contact depuis avec les sages-femmes que vous avez rencontrées ?
On a tourné durant une quarantaine de jours dans les quatre pays entre les mois de novembre et avril derniers. Bien sûr, notamment avec Suma, la sage-femme du Népal. On a pris plein de photos pendant le séjour, et il y a une de ces photos de nous dans un temple qui a été diffusée dans un journal télévisé. Je viens de lui envoyer un message en lui disant : "Regarde, on raconte ton histoire". Et puis j'échange aussi avec Oumy au Sénégal, qui me disait qu'elle avait retrouvé ses enfants, qu'elle était super heureuse. Ce sont des liens à vie.
Après cette expérience, avez-vous envie de faire d'autres documentaires ?
Oui, j'adore, parce que c'est très difficile. Ce sont des journées très lourdes, c'est fatigant, c'est une épreuve pour le corps. Et à la fois ce sont des joies qui sont incommensurables. C'est vraiment cet exercice-là qui apporte des émotions aussi fortes. Donc oui, j'ai envie de continuer. On en a déjà imaginé plusieurs, je ne peux pas en dévoiler les sujets mais après "Si j'étais sage-femme", je peux moi me glisser dans plein de peaux et suivre plein de métiers essentiels sur Terre. Il y a beaucoup d'histoires à raconter.

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