"Je tire la sonnette d’alarme sur la sauvegarde de notre modèle culturel", avait déclaré Delphine Ernotte Cunci la semaine dernière en marge du Festival de la fiction de La Rochelle. "Ce qui se dessine c’est que les plateformes étrangères consentiront bientôt les plus gros investissements dans la création française. Est-ce qu’on souhaite cette forme de vassalisation ? C’est-à-dire des séries et du cinéma décidés, financés, castés, écrits, conçus par les Américains ou les Chinois ?", avait-elle alerté. Une mise au point qui est intervenue après avoir annoncé que France Télévisions allait devoir à nouveau économiser 90 millions d'euros en 2027, du fait notamment de la baisse des dotations de l'État.
En 2026, la baisse des dotations de l'État s'était élevée pour son groupe à 80 millions d'euros, sur un budget de 2,37 milliards, et devrait atteindre l'an prochain 47 millions, expliquait la dirigeante. En ajoutant notamment le repli des ressources publicitaires de 20 millions, "l’effort total s'élèvera (...) à 90 millions d'euros en 2027 pour France Télévisions", précisait-elle. Pour atteindre cet objectif, elle avait assuré que le groupe agirait "partout", notamment en renégociant les coûts des programmes et des droits sportifs. "Certaines compétitions ne seront peut-être pas renouvelées, comme la Coupe de France de football par exemple", confiait-elle.
Dans le domaine de la création audiovisuelle, France Télévisions avait déjà ramené de 440 à 400 millions d'euros ses investissements en 2026. L'enveloppe pourrait diminuer à 380 millions d'euros en 2027, avait indiqué jeudi à l'AFP une source au sein du groupe public. Cela veut-il dire que les équipes vont devoir faire mieux ou autant avec moins de moyens ? Non, a déclaré Stéphane Sitbon-Gomez, le directeur des antennes et des programmes du groupe public, lors d'une conférence donnée elle aussi au Festival de la fiction de La Rochelle.
"J'ai décidé d'arrêter de dire 'il va falloir que vous fassiez mieux avec moins'. Parce qu'en fait, ce n'est pas vrai. Et ce n'est pas possible. Et faire la même chose avec moins, ce n'est pas possible non plus. Si je dis le contraire, je vous mens", a-t-il commencé. "Ça va être certainement différent, peut-être moins bien. Donc moi, je dis plutôt, il faut qu'on serre les coudes, qu'on traverse la tempête et qu'on préserve l'essentiel. On ne va pas faire la même chose, mais plutôt essayer d'être plus intelligents ensemble", a poursuivi le numéro 2 du groupe public, reconnaissant que ça n'allait "pas être facile mais que c'était possible".
"L'État a déterminé les moyens, on va voir quels sont les objectifs possibles", a conclu Stéphane Sitbon-Gomez, qui a tenu à saluer les équipes de France Télévisions et à finir son intervention sur un message positif : "Le message aujourd'hui c'est que nous, on est au rendez-vous. On a envie de se battre, de gagner cette bataille culturelle. On n'est pas du tout désarmés. On n'a pas du tout baissé les bras. On va gagner".