L'Arcom est-il juste lorsqu'il met en demeure CNews pour divers manquements ? Si cela semble évident pour les téléspectateurs qui saisissent l'autorité de régulation de l'audiovisuel pour signaler des séquences qui leur apparaissent problématiques, ce n'est pas le cas pour Maxime Saada, directeur général du groupe Canal+, auquel appartient la chaîne.
Dans une longue tribune publiée le 24 juin dans le "Figaro", le président du directoire du groupe s'émeut de la dernière mise en demeure de l'Arcom à l'encontre de CNews. En date du 12 juin 2026, elle met en avant le manque de pluralisme sur les plateaux des émissions de la chaîne, comme "L'heure des pros" ou "Face à l'info", un manquement qui lui est remonté depuis 2024. CNews est depuis "mise en demeure de se conformer, à l'avenir [...] à l'exigence d'expression pluraliste des courants de pensée et d'opinion résultant des articles 1er, 3-1 et 13 de la loi du 30 septembre 1986, dans les conditions prévues par la délibération du 17 juillet 2024. "
Si Maxime Saada a été heurté par cette mise en demeure, ce n'est pas tant par sa finalité que par l'un des arguments mis en exergue dans la décision de l'Arcom. L'autorité y explique, après avoir visionné un échantillon de près de 170 heures de programmes de CNews, que sur le sujet des "relations franco-algériennes, [...] plus de trois-quarts des occurrences de ce thème ont donné lieu à une forte convergence des points de vue. La répétition marquée, d'une séquence à l'autre, des mêmes commentaires et opinions, s'observe principalement s'agissant de l'action de l'exécutif, en raison de positions perçues comme insuffisamment fermes ou cohérentes." "La toute dernière mise en demeure de CNews, rendue il y a quelques jours par l’Arcom, vient d’ouvrir une brèche dans laquelle tout le paysage audiovisuel français risque de s’engouffrer, assure Maxime Saada dans sa prise de parole. L’Arcom y inscrit, parmi les torts de la chaîne, la mise en cause répétée de l’action de l’exécutif. Ainsi, une autorité dite indépendante range la critique du pouvoir au rang des manquements. À charge pour la chaîne de prouver qu’elle a suffisamment dit le contraire. Et qui juge si ce contraire suffit ? L’Arcom, seule. Dites ce que vous voulez, donc, à condition de dire aussi ce que l’autorité veut entendre. On se demande alors comment la liberté de communication, que ce régulateur a pour mission de garantir, survit au moment précis où il dicte aux chaînes la juste mesure de leur ligne éditoriale."
Pour Maxime Saada, en agissant de la sorte, l'Arcom se révélerait dangereux pour le pluralisme. "Au décompte des temps de parole, clair, mesurable, et que CNews respecte, comme expressément reconnu dans la décision, elle ajoute désormais le 'déséquilibre manifeste et durable', notion sans seuil ni référentiel, dont seule l’Arcom tient la balance. Ce n’est plus une mesure. C’est un verdict." Pour le président du directoire de Canal+, l'objectif de l'Arcom est clair : faire à terme fermer CNews, un acte politique. "Soyons lucides sur la suite. Après la mise en demeure viendront les sanctions financières. Puis la menace de la fermeture de la chaîne puisque la chaîne ne saura se conformer à une exigence impressionniste et imprévisible. Ce n’est pas une hypothèse : c’est une trajectoire évidente. Nous ne la connaissons (hélas) que trop bien pour avoir vécu la fermeture de C8, écrit-il dans sa tribune. Ceci n’est pas une décision de régulation. C’est une décision politique. Et elle poursuit un seul objectif : faire taire, puis faire disparaître, une chaîne que des millions de Français choisissent librement chaque jour. Quand, ailleurs, un pouvoir s’en prend à la presse, la France est la première à s’indigner, et elle a raison de le faire. Mais on ne dénonce pas au-dehors ce que l’on s’autorise au-dedans. De toutes les démocraties où notre groupe opère, je n’en connais aucune autre qui soit allée jusqu’à retirer sa fréquence à une chaîne. Aucune, sauf la France."

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