CNews contre-attaque. Quelques heures après la publication de la décision de l'Arcom mettant en demeure la chaîne d'information du groupe Canal+, celle-ci a annoncé qu'elle allait engager des recours devant le Conseil d'Etat, estimant que le régulateur porte atteinte à sa liberté éditoriale. Dans une décision rendue publique ce lundi 15 juin, l'Arcom a épinglé CNews pour la "prédominance" d'un "même courant de pensée et d'opinion" dans le traitement de plusieurs sujets sensibles, notamment la sécurité, l'immigration, l'islam ou encore la guerre en Ukraine. Saisie en janvier 2025 par Reporters sans frontières (RSF), l'autorité avait étudié 168 heures de programmes, parmi lesquels "L'Heure des Pros", "Punchline", "La Grande Interview" ou encore "Morandini Live".
Le régulateur a notamment constaté "la prédominance d'un même cadre d'interprétation de l'actualité", marqué par une focalisation sur "la menace que représenteraient l'immigration et l'islam pour la société française", ainsi qu'une "forte défiance" envers l'institution judiciaire et une "critique systématique" de La France insoumise. L'Arcom reproche également à la chaîne que "le rôle prépondérant des animateurs" structure les débats et limite l'expression de points de vue contradictoires. Cette mise en demeure constitue la dernière étape avant une éventuelle sanction financière. Il s'agit par ailleurs de la première décision de ce type prise par l'Arcom au nom du pluralisme des courants de pensée et d'opinion, une compétence que le Conseil d'Etat lui a reconnue en 2024.
Dans un communiqué, CNews dit "contester fermement les griefs formulés par l'Arcom dans cette décision inédite de mise en demeure". La chaîne rappelle qu'elle "respecte scrupuleusement les obligations qui lui sont imposées en matière de pluralisme politique et de temps de parole, conformément à sa convention et aux règles en vigueur", un respect qui, selon elle, a été "régulièrement constaté par l'Arcom elle-même depuis de nombreux mois".
La chaîne considère toutefois que "l'appréciation portée par l'Autorité sur le pluralisme des courants de pensée et d'opinion conduit à une interprétation excessivement restrictive de la liberté éditoriale dont doivent bénéficier les médias dans une démocratie". "Attachée à la liberté d'expression, au pluralisme des débats et à l'indépendance de sa ligne éditoriale, CNews estime que cette décision porte une atteinte injustifiée à ces principes démocratiques fondamentaux", poursuit le communiqué.
En conséquence, la chaîne a annoncé qu'elle exercerait "les voies de recours appropriées devant le Conseil d'Etat" afin de faire valoir ses droits. CNews précise qu'elle pourrait également se tourner vers "les juridictions européennes compétentes" pour assurer "la pleine protection de la liberté d'expression et de la liberté des médias".
Interrogé ce lundi sur France Inter, le président de l'Arcom, Martin Ajdari, a défendu la décision du régulateur. "Nous avons constaté une forte convergence des points de vue dans le traitement des principaux thèmes abordés", a-t-il expliqué, précisant que l'autorité entendrait renforcer, dès la rentrée, sa surveillance du pluralisme sur les quatre chaînes d'information de la TNT, à dix mois de l'élection présidentielle de 2027.

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