L'échange a rapidement tourné à la confrontation. Mercredi 8 avril, la journaliste Géraldine Woessner, rédactrice en chef au service société de "Le Point" et spécialiste des questions d'agriculture et d'environnement, était invitée sur la chaîne NOVO19 dans le talk-show quotidien "On a du nouveau". Officiellement conviée pour commenter le projet de loi d'urgence pour la protection et la souveraineté agricoles présenté le jour même en Conseil des ministres, elle s'est retrouvée au cœur d'un débat sur les pesticides.
Face à elle, la journaliste Camille Girerd a procédé à un fact-checking de ses positions, notamment sur les liens entre pesticides et cancers chez les agriculteurs. En ligne de mire, certaines sources scientifiques sur lesquelles Géraldine Woessner s'est appuyée pour critiquer le documentaire consacré au sujet par Hugo Clément, "Sur le front. Que se passe-t-il dans nos champs ?", diffusé sur France 5 le 30 mars dernier. "Il y a les études scientifiques et il y a la manière dont on les lit", lui a lancé Camille Girerd, accusant son invitée d'en donner une interprétation discutable. "Vous faites ce qu'on appelle du 'cherry picking'", a rétorqué Géraldine Woessner, avant que les deux journalistes ne se coupent mutuellement la parole. Puremédias vous propose de découvrir un extrait ci-dessus.
Dès le lendemain, Géraldine Woessner a dénoncé sur X les conditions de l'émission. Selon elle, l'invitation reposait sur une promesse trompeuse. "J'ai été invitée sur la chaîne Novo10 officiellement pour parler de la loi d'urgence agricole. 'Vous serez seule en plateau', m'avait-on dit", affirme-t-elle. "En réalité, j'ai été attirée dans un traquenard militant. Le but de l'invitation était de me 'coincer', pour pouvoir diffuser sur les réseaux sociaux ce type de séquence", dénonce-t-elle. Avant de poursuivre : "Et c'est génial ! Car la pauvre chroniqueuse envoyée au charbon illustre mon propos général à la perfection : on la voit ici détourner une étude très connue, dont les résultats sont d'ailleurs passionnants…"
Dans une longue publication, la journaliste a ensuite développé ses arguments, s'appuyant sur plusieurs études scientifiques. Elle accuse sa contradictrice d'avoir "détourné une étude très connue", tout en critiquant une approche qu'elle juge militante de certains débats publics. "(...) Les gens sérieux (…) se penchent sur l'étude détaillée des molécules impliquées, leurs conditions d'utilisation, leur statut… Bref. Ils ne militent pas. Ils travaillent", écrit-elle.
Pour Géraldine Woessner, la polémique dépasse le cadre de cette seule émission. Fin mars, auditionnée devant la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur l'audiovisuel public, la journaliste avait déjà alerté sur les dérives de l'information scientifique dans les médias. Selon elle, la recherche de l'audience pousse parfois les programmes à privilégier des récits spectaculaires au détriment de la rigueur. "Pour faire une émission de scandale par semaine, il va falloir les gonfler un petit peu", avait-elle déclaré, plaidant pour un retour à "la précision, la nuance et l'intégrité scientifique".
Une position qu'elle revendique à nouveau après l'incident sur NOVO19 : "S'agit-il de 'défendre les pesticides' au nom de je ne sais quel 'lobby', comme semblent le croire les membres de cette émission ? Non", écrit-elle sur X. "Il s'agit de défendre la précision, la nuance, l'intégrité scientifique... Et l'intérêt général, en premier lieu des agriculteurs."

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