"Voilà les raisons pour lesquelles j'ai décidé, ce printemps, d'écrire un livre sur Cyril Hanouna". C'est ainsi que commence un long message posté sur X par Jean-Michel Aphatie ce jeudi 16 octobre. Le journaliste est revenu sur la genèse de son ouvrage, titré "T'es une merde, frère. Signé Hanouna", une phrase tirée d'un texto que lui aurait envoyé l'animateur vedette.
Pour expliquer sa démarche, il relie directement son enquête au traitement médiatique de l'affaire Lola dans "Touche pas à mon poste", en octobre 2022. "J'ai fait partie des gens qui, le soir où Cyril Hanouna s'est exprimé comme il l'a fait, ont ressenti un grand choc. C'était, tout à coup, le pire des populismes qui faisait irruption sur la scène publique, porté par un personnage populaire et donc dangereux", écrit-il.
Le 18 octobre 2022, quatre jours après le meurtre de la fillette de 12 ans, l'animateur de C8 s'était emporté à l'antenne, réclamant un "procès immédiat" et une condamnation "à perpétuité directe" de la suspecte, sans avocat. "Il n'y a pas d'altération ni de non-discernement (…) c'est le genre de cas où, fou ou pas fou, elle doit être en prison", avait-il martelé. Ces propos avaient conduit l'Arcom à mettre en demeure la chaîne, estimant qu'ils traduisaient "un défaut de mesure" dans l'évocation d'une affaire judiciaire en cours et une atteinte à la présomption d'innocence.
Pour Jean-Michel Aphatie, naît alors l'idée du livre : "Si je ne l'ai pas formulé dans l'instant, c'est bien à ce moment-là que s'est installée dans mon esprit l'idée d'écrire un livre sur cet homme dont on percevait la volonté d'influence politique, plutôt à la droite extrême de l'échiquier qu'en son centre." Dans cet essai de 288 pages, le chroniqueur de "Quotidien" décrit "la dérive personnelle d'un homme, qui humilie, insulte et menace impunément", et affirme avoir "documenté son populisme". Il évoque aussi les soutiens dont Cyril Hanouna bénéficie : "le groupe Canal+ et maintenant M6, Vincent Bolloré, Banijay France, et encore Ségolène Royal, Marlene Schiappa, Jean-Luc Lemoine, Stéphane Rotenberg…".
Sans détour, il dénonce la complaisance de ceux qui, selon lui, contribuent à banaliser ces excès : "Ceux et celles qui acceptent les humiliations publiques, sans comprendre qu'ils les légitiment : Géraldine Maillet, Jordan De Luxe, Matthieu Delormeau et Gilles Verdez, dont je mentionne le malaise personnel qu'occasionne leur rôle consentant de souffre-douleur." Cité, Jean-Luc Lemoine s'est fendu d'une réponse ironique : "Vous êtes vraiment sûr que vous vouliez me citer ou, comme la moitié des gens qui traînent sur ce réseau, vous m'avez confondu avec un autre Jean-Luc ? Étonnant, non ?".
Pour accompagner son message, Jean-Michel Aphatie a également partagé un extrait de son livre, tiré du chapitre consacré à cette séquence : "Ce même mardi soir, Cyril Hanouna s'empare du meurtre. Ce n'est pas sa fonction. Il le fait sans mesure, sans distance, sans culture. Le cahier des charges qu'acceptent tous les médias audiovisuels bénéficiant des moyens de diffusion publics leur impose de traiter les affaires judiciaires en cours 'avec mesure'. Cette disposition n'est pas un encouragement à la censure. Elle cherche à préserver, à la télévision, la justice des passions humaines."
"Toutes ces réflexions, ces précautions, cette sensibilité, Cyril Hanouna va les pulvériser, les réduire en bouillie, dans une colère nourrie par l'archaïsme et l'ignorance", poursuit-il dans l'extrait. " 'Il était très énervé toute la journée', raconte l'un de ses collaborateurs de l'époque. 'Quelques personnes ont essayé de le raisonner, de cadrer une réponse, mais comme d'habitude, il n'en a fait qu'à sa tête'", cite-t-il. "Juger un fou, organiser un procès expéditif, écarter un avocat de la scène : cette diatribe remet en cause des décennies, sinon des siècles, de patiente construction de la justice dans la démocratie. Sur quelles bases, sinon celle d'une pensée primaire, éloignée de toute idée de civilisation ?" s'interroge le journaliste.
Le livre, publié le 18 septembre dernier chez Robert Laffont, n'a pour l'instant pas rencontré le succès escompté : selon des chiffres GfK obtenus par Puremédias, seulement 1.611 exemplaires se sont écoulés en deux semaines. "Il paraît que ce livre, écrit et publié désormais, peine à trouver son public. Je le regrette pour la confiance que m'ont accordée les éditions Robert Lafont (…) mais je suis heureux du travail effectué", écrit-il sur X, assumant son pari éditorial. "Le succès est plaisant. Il est cependant de peu à côté de l'apaisement que procure le sentiment d'avoir écrit ce qui devait l'être."

player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2