La première séquence remonte au 12 mai 2022. Dans la chronique "L'Influencé" de Nicolas Fresco, ce dernier a commenté une vidéo Instagram de Julien Geloën, gagnant de "Secret Story 10", faisant la promotion des gourdes Air Up, un système censé aromatiser l’eau via un procédé de rétro-olfaction. À l'antenne, le chroniqueur ironisait : "C'est un peu le Xanax de la gourdasse. Ça vous fait croire que la vie a du goût alors qu'en fait, elle n’en a aucun".
Le 2 décembre suivant, une autre vidéo promotionnelle de l'influenceur était également moquée. Cette fois, cela concernait une "nouveauté" présentée par Coca-Cola : des bouchons attachés aux bouteilles. Là encore, le ton était sarcastique. "Si on enlève toutes les marques qui font ça depuis 2016, oui c’est du jamais vu. C’est d’ailleurs tellement une innovation que l'Union européenne a annoncé en 2019 que ces bouchons deviendraient obligatoires en 2024. Mais ça personne n'était payé pour le dire", s'est amusé celui qui avait déjà vexé "Soneeeeel", une créatrice de contenus sur TikTok.
Estimant que ces séquences portaient atteinte à son image, l'influenceur, suivi par près de 400.000 abonnés, avait assigné en justice Bangumi, la société de production de "Quotidien", devant le tribunal judiciaire de Nanterre. Il reprochait notamment l'utilisation de ses contenus à des fins commerciales, ainsi que la diffusion de "propos moqueurs et satiriques" qui, selon lui, "ne viennent nourrir aucune discussion sur un sujet d'intérêt général, ne s'accompagnent d'aucune analyse sérieuse ou révélation d'importance publique".
Son avocat, Me Raphaël Molina, estimait également que l'émission avait tiré un bénéfice financier de l'exploitation des séquences. "La chronique a été isolée sur les plateformes de streaming et des publicités y ont été ajoutées, ce qui a évidemment généré des revenus pour l’émission. Quotidien aurait dû lui demander son autorisation avant d'utiliser ses contenus et son image dans un objectif commercial", a-t-il indiqué dans une interview accordée à "L'Informé".
Julien Geloën demandait le retrait des vidéos, 15.000 euros de dommages et intérêts, ainsi que 6.500 euros de frais de procédure. Son conseil affirmait par ailleurs : "M. Geloën a subi un préjudice très important pendant de nombreux mois, il est passé pour un imbécile auprès d’une bonne partie des annonceurs. Son image, c'est son business. Si une personne la reprend pour la dénigrer, il est normal qu’il s'en offusque".
De son côté, Bangumi a défendu la dimension éditoriale et informative des chroniques. La société de production a expliqué que la séquence sur Air Up visait avant tout "le manque de cohérence de la marque [Air Up] qui d'une part prône une responsabilité environnementale et écologique, et d'autre part, commercialise une gourde qui requiert l'achat régulier d'anneaux en plastiques". Concernant Coca-Cola, Bangumi a soutenu que la chronique dénonçait "l'hypocrisie de l'entreprise" cherchant, via des influenceurs, à faire passer "une simple obligation légale (...) pour une 'innovation'". Elle a également rappelé que cette communication s'inscrivait dans une "stratégie de greenwashing", déjà pointée du doigt par l'ONG Break Free From Plastics peu avant la diffusion.
Le tribunal a donné raison à "Quotidien". Les juges ont estimé que les séquences s'inscrivaient bien dans un débat d'intérêt général portant sur la promotion de "produits présentés comme durables ou respectueux de l'environnement (...) mais qui relèveraient du greenwashing". Julien Geloën a donc été débouté et condamné à verser 4.500 euros de frais de procédure à Bangumi.
Malgré cette décision, l'affaire pourrait se poursuivre. Me Raphaël Molina a annoncé son intention de faire appel : "L'influence est un domaine nouveau, et je pense que nous pourrons obtenir une véritable évolution de la jurisprudence sur ce sujet en appel".

player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2