Ce mercredi 16 juillet, TF1 rendait hommage à Thierry Ardisson, décédé deux jours plus tôt, le 14 juillet. "La face cachée de l'homme en noir", documentaire réalisé par son épouse Audrey Crespo-Mara, retraçait le parcours de l'animateur à la plume acerbe, souvent controversé, mais dont les débuts à l'antenne furent tout sauf triomphants.
Celui qui était considéré comme une figure incontournable du PAF semblait bien loin d'avoir l'étoffe d'un animateur. Repéré par la réalisatrice Marie-France Brière, Thierry Ardisson signe une première émission ("Descente de police")... rapidement déprogrammée, jugée trop choquante.
C'est alors qu'on lui propose une deuxième chance, via l'émission "Scoop à la Une", produite par Catherine Barma. Mais là encore, rien ne se passe comme prévu. "C'est une émission lourde, il y avait un plateau à Bercy, une grosse équipe (...) Là je me suis dit, et c'est une rare fois où ça m'est arrivé, 'la marche est un peu haute Thierry'", admet lui-même l'animateur dans le documentaire.
Lors de ses essais, Face à Thierry Ardisson tétanisé, Catherine Barma est sans appel : "C'est plus du tout le même. C'est quelqu'un qui est malade de trac, il transpire. Et là, je ne sais plus ce qu'on lui fait faire, pour dire trois-quatre mots, mais je trouve ça lamentable", se remémore-t-elle face aux caméras de TF1. "Pour moi, il est incapable. Ça n'enlève rien à son talent, mais il est paralysé par la caméra. Il n'est plus lui-même, c'est quelqu'un d'autre."
La productrice est prête à renoncer. Mais son mari, Philippe Lefebvre, ainsi que la réalisatrice Marie-France Brière, l'incitent à lui laisser une seconde chance. "Ce jour-là, il y a mon mari, Philippe Lefebvre, qui est avec moi. (...) Il me dit 'Non, t'as tort'. 'Ah bon ? Pourquoi ?'. 'C'est sûr, ça va être très dur, vous allez avoir beaucoup de mal, mais il y a quelque chose'." Un "quelque chose" que Philippe Lefebvre matérialise alors d'une manière inattendue. "Thierry doit être à côté et entend, il arrive, et à l'époque nos enfants étaient petits, Philippe avait encore un ticket du manège, il lui donne le ticket et lui dit : 'Tiens, tu vas recommencer, bon pour un tour'", raconte encore Catherine Barma.
Mais ce second tour ne sera pas plus serein. "Plus la date du tournage approchait, plus j'étais angoissé, mais d'une angoisse surréaliste", se souvient-il. Le jour J, face à plus de 300 personnes sur le plateau, il refuse tout bonnement d'entrer en scène. "Dis-leur que j'ai le cancer", supplie-t-il à sa productrice. Elle finira par l'obliger à aller en plateau : "Je l'ai pratiquement poussé." Le résultat ? Une prestation tendue, fébrile, mais qui laisse deviner un style, un ton, une originalité en devenir. "Il transpirait tellement qu'on se baladait avec une cuvette, une éponge et une serviette de boxeur. Il était en train de se liquéfier à l'antenne", raconte Marie-France Brière.
Malgré le trac, le présentateur se permet toutes les questions, allant jusqu'à choquer Serge Gainsbourg. "J'étais tellement mal à l'aise que ça ne me dérangeait pas que mes invités le soient aussi. C'était un handicap que j'ai retourné en force." Catherine Barma, perçoit très vite ce qui fera sa singularité : "Il ose toutes les questions, son talent il est là, surtout à cette époque-là on avait jamais vu ça. Il était insolent, provocateur, personne ne l'était, en tout cas pas dans les émissions de télé."
"C'était le début de l'invention de 'l'homme en noir'", explique Thierry Ardisson, lucide. "Cet animateur qui ne cherche pas vraiment à être sympathique. J'avais compris qu'en tant que mec sympathique, je n'arriverai pas, mais en tant que mec pas sympathique j'avais toutes mes chances". Malgré ce départ chaotique, la collaboration entre les deux pontes de la télé s'installe durablement. Ensemble, ils créeront plusieurs formats marquants, dont "Tout le monde en parle" sur France 2.

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