Sourires de façade ? La rédaction de "Télé Loisirs" décerne, ce mardi 23 septembre 2025, ses "TL Awards", récompensant les professionnels des médias plébiscités par ses lecteurs. Cette soirée de gala, dont il s'agit cette année de la deuxième édition, est également le théâtre de la première rencontre entre les journalistes du magazine et Gérald-Brice Viret. Le directeur général de Canal+ chargé des antennes et des programmes a été nommé vice-président de Prisma Media le 27 août dernier. Un mois à peine après le début de sa mission à la tête des pôles Femme, TV, Ludique, Découverte et Économique du groupe entre les mains de Vincent Bolloré, l'homme de confiance du milliardaire n'a pas attendu cet événement pour peser de tout son poids sur la ligne éditoriale de certaines publications.
"Tout de suite, il a essayé de faire changer deux couvertures, une de 'Femme actuelle' (où la rédaction craint une reprise en main sur fond idéologique comme l'écrit 'Les jours', ndlr), une autre de 'Télé Loisirs'. Il a réussi avec 'Télé Loisirs", confirme Emmanuel Vire, délégué syndical SNJ-CGT à Prisma Media, auprès de Puremédias. "Ce n'est pas pour des raisons idéologiques à 'Télé Loisirs' mais plutôt pour mettre du Canal+ à tous les étages", souligne pour l'heure le syndicaliste. C'est donc à des fins promotionnelles et de valorisation de la marque Canal+ que la Une de "Télé Loisirs" est consacrée cette semaine (du 20 au 26 septembre) à Benjamin Lavernhe, héros avec Pierre Lottin du film "En fanfare" diffusé ce vendredi en prime time sur Canal+. Qu'en sera-t-il maintenant de la couverture par "Télé Loisirs" et les publications TV du groupe Prisma ("Télé 2 semaines...) les sujets beaucoup plus politiques du moment à l'image du rapport de la Cour des comptes sur les finances de France Télévisions ou du conflit idéologique qui oppose le groupe audiovisuel public aux médias du groupe Bolloré ?
"Depuis le rachat de Prisma Media en juin 2021, Bolloré n'avait changé que deux personnes dans l'organigramme, la directrice administrative et financière et la PDG. Rolf Heinz avait été remplacé par Claire Léost (aujourd'hui en partance pour CMA Media, ndlr). Pendant quatre ans, on nous a laissés tranquilles à quelques exceptions près. Quand C8 existait encore, il y a pu avoir des mots d'ordre qui ont heurté certains des élus du SNJ-CGT ("Complément d'enquête", l'émission présentée par Tristan Waleckx sur France 2, l'avait démontré en 2023, ndlr) mais ce n'est rien par rapport à ce qui va nous arriver aujourd'hui", analyse Emmanuel Vire. "L'offensive réactionnaire de Bolloré va commencer. Prisma Media est voué à vivre ce qui est arrivé à i>Télé, devenue CNews, Europe 1 et le 'JDD'".
Comme dans les médias cités ci-dessus, à Prisma, les "synergies" deviennent une priorité. Comme l'a révélé "L'informé" le 18 septembre dernier, Gérald-Brice Viret a annoncé en CSE extraordinaire le déménagement des rédactions de "Capital" et de "Harvard Business Review" vers la rue des Cévennes, adresse du siège d'Europe 1 et CNews à Paris. Les journalistes économiques pourraient ainsi nourrir de leur expertise les émissions de "ces médias d'extrême droite", s'insurge Emmanuel Vire, pour qui "la guerre est déclarée".
"La direction sait que beaucoup de journalistes de 'Capital' ne voudront pas se rendre rue des Cévennes", explique le syndicaliste qui craint que ceux refusant d'intervenir sur CNews et Europe 1 ne puissent pas tous bénéficier du plan de sauvegarde de l'emploi compte tenu du nombre de places limité. Un PSE visant 54 postes (dont 27 postes de journalistes) est en effet en cours au sein du groupe. Une phase de départs volontaires s'est ouverte le 18 août. Elle prendra fin le 10 octobre. Il sera alors temps pour la direction, que le SNJ-CGT accuse de ne pas avoir jouer franc-jeu, de comptabiliser le nombre de départs contraints à organiser pour atteindre le quota prévu.
"Nous avons émis un avis négatif sur le PSE et signé un accord pour les conditions sociales de départ le 22 juillet", rembobine Emmanuel Vire. "Le 23, le lendemain, Claire Léost nous annonçait le rachat de 'France Dimanche' et 'Ici Paris' et l'arrivée d'ici la fin de l'année de 30 journalistes. Sauf qu'avec le déclenchement de la clause de cession consécutive au changement d'actionnaire majoritaire, on sait qu'une dizaine de journalistes de ces deux titres ne nous rejoindront pas. Or, ces postes pourraient revenir à d'éventuels salariés licenciés. En ne nous communiquant pas cette information dont elle avait forcément connaissance la veille, la direction a fait preuve de déloyauté", estime le syndicaliste qui l'assure : en interne, "la résistance" s'organise.

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