Quand les catastrophes naturelles dictent notre programme télé

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Quand les catastrophes naturelles dictent notre programme télé
Image de désolation à Saint-Martin après le passage d'Irma
Image de désolation à Saint-Martin après le passage d'Irma © Abaca
Après chaque catastrophe, les chaînes déprogramment désormais à tour de bras pour ne pas heurter leur public, frôlant parfois le ridicule.

Edito. Les catastrophes naturelles font désormais vos programmes télé. Aujourd'hui, W9 annonce le retrait de deux téléfilms intitulés "Panique à Los Angeles" et "Zone d'impact : terre". Tous deux étaient programmés jeudi à partir de 22h30 sur la chaîne TNT du groupe M6. Leur tort : montrer un tremblement de terre alors qu'un séisme vient de faire plusieurs dizaines de morts au Mexique, à 9.000 kilomètre de l'Hexagone.

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Déprogrammations en chaîne

Cette décision n'est que la énième d'une longue série. Mardi 19 septembre, soit plus de 10 jours après le passage d'Irma aux Antilles, France 5 a ainsi annoncé "dans un souci de respect du téléspectateur" la déprogrammation du documentaire "Tsunamis, du mythe à la réalité" et d'un autre consacré à Tchernobyl. Quelques jours auparavant, le 10 septembre, c'était W9 qui avait déjà retiré préventivement de son antenne la mini-série apocalyptique "Magnitude 10.5" pour les mêmes raisons.

De son côté, TF1 avait préféré ne pas diffuser le 9 septembre un numéro de "Reportages découverte" sur Marie-Galante, le "joyau des Caraïbes", du fait de son décalage avec la situation dramatique aux Antilles au même moment. Et le phénomène n'est pas nouveau. On peut ainsi évoquer la déprogrammation en 2009 de "Fringe" par TF1 après le crash du vol Rio-Paris qui a coûté la vie à 228 personnes. Il faut dire que la série diffusée en prime time s'ouvrait justement sur une scène de catastrophe aérienne...

Le principe de précaution appliquée à la programmation

C'est un fait : le principe de précaution s'est peu à peu imposé dans la tête des programmateurs des grandes chaînes françaises. Soucieuses d'éviter tout procès en mauvais goût ou indécence, les chaînes passent désormais leur grille au peigne fin après toute catastrophe naturelle ou technique qu'elles jugent de nature à pouvoir justifier une déprogrammation. Le but : en retrancher tout programme pouvant venir percuter l'actualité et donc la sensibilité des téléspectateur. Et ce, même s'il s'agit de fictions ou de documentaires n'ayant qu'un très lointain rapport avec l'actualité.

Les chaînes tentent ainsi de se prémunir des nombreux messages envoyés - notamment sur les réseaux sociaux - par les téléspectateurs à chaque programmation qu'ils jugent de mauvais goût. Louable dans ses principes, cette politique des chaînes demeure cependant totalement floue dans son application. Il n'existe ainsi aucun critère précis de déprogrammation si ce n'est l'émotion collective qu'une catastrophe naturelle est censée avoir provoqué chez le public. Son évaluation reste par ailleurs à la totale discrétion des chaînes, au risque, parfois, d'engendrer de fâcheux "deux poids deux mesures".

Le téléspectateur seul programmateur

A vouloir préserver les téléspectateurs, les chaînes mettent aussi le doigt dans un engrenage qui pourrait s'avérer redoutable à l'heure du dérèglement climatique du monde. Alors que près de 200 catastrophes naturelles ont été dénombrées à travers le planète rien qu'en 2016, la production de documentaires ou de fiction sur ces dernières risquent très bientôt de ne plus être un secteur très porteur...

Surtout, cette politique préventive de déprogrammation semble éclipser le libre arbitre dont jouit chacun d'entre nous. Le téléspectateur n'est ainsi ni forcé de regarder la télévision, ni de visionner un programme heurtant sa sensibilité particulière à une récente catastrophe naturelle ou humaine. Maître de la télécommande, le téléspectateur reste ainsi définitivement son seul programmateur. Un pouvoir qu'il ne doit pas oublier.

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