La tension monte encore autour de Radio Nova et de ses humoristes. Tout est parti d’une chronique diffusée dimanche 10 mai dans "La Dernière", l’émission satirique de la station portée par Guillaume Meurice, Juliette Arnaud, Aymeric Lompret et Pierre-Emmanuel Barré. Dans son billet, ce dernier s’en est pris au concours de l’Eurovision et à plusieurs figures médiatiques, notamment Sophia Aram. L’humoriste a multiplié les provocations et les imitations grinçantes de la chroniqueuse de France Inter, dans une séquence volontairement provocante qui a rapidement circulé sur les réseaux sociaux.
Sophia Aram n’a pas tardé à réagir sur X. "Comme le harcèlement et la haine en ligne, l’humour de la ‘gauche Pigasse’ se pratique en meute", a-t-elle écrit, visant directement Radio Nova mais aussi son propriétaire, l’homme d’affaires Matthieu Pigasse. Dans la foulée, l’éditorialiste Caroline Fourest a renchéri avec un message particulièrement sévère. "Des humoristes mélenchonistes qui humilient les rivaux du chef de la meute, ne parlent que d’Israël, font rire sur la mort de Sophia Aram ou de Gabriel Attal… De l’humour sinistre au service d’une ambition politique. Du CNews inversé", a-t-elle publié.
Face à l’ampleur de la polémique, Matthieu Pigasse a pris la parole à plusieurs reprises pour défendre sa station et ses humoristes. "Radio Nova n’est pas un ‘CNews inversé’. C’est un espace libre, parfois irrévérencieux, mais toujours vivant" a-t-il écrit sur X. Le patron du groupe Combat Média a également dénoncé ce qu’il qualifie "d’inquisition permanente" et affirmé que "la cancel culture est décidément de droite".
Le lendemain, "Quotidien" a également consacré quelques minutes de son émission à Matthieu Pigasse dans la chronique média de Julien Bellver. Là encore, le patron de médias a contre-attaqué dans un long texte sur X. "Oui, on peut rire de tout. Le rire est un des piliers de la démocratie", affirme-t-il. Selon lui, les humoristes ont précisément pour rôle "d’aller plus loin que les journalistes", quitte à "gratter, piquer, énerver ou polariser".
"Une société libre n’a pas peur du rire", poursuit-il, estimant que "seules les sociétés autoritaires censurent les humoristes". Le dirigeant voit même dans cette controverse un enjeu politique plus vaste. "Où est le vrai danger ? Chez les humoristes de Radio Nova ou dans l’accession désormais possible de la droite radicale au pouvoir ?", interroge-t-il. Avant de dérouler : "Ce que vous appelez ‘la gauche Pigasse’, Caroline Fourest ou Sophia Aram, c’est celle qui ne cède pas. Celle qui défend la liberté d’expression sans astérisque, l’indépendance éditoriale sans tutelle, la culture comme espace de combat. Celle qui refuse l’inversion des valeurs, celle qui sait que l’antisémitisme est d’abord un poison d’extrême droite, qu’il faut combattre sans ambiguïté et sans relâche, et celle qui sait que l’antifascisme n’est pas un nouveau fascisme.”
Mais ces explications n’ont pas convaincu Caroline Fourest. Présente mardi soir sur LCI dans "24h Pujadas", l’éditorialiste a déroulé son exposé sans contradiction, en comparant la stratégie médiatique de Matthieu Pigasse à celle de Vincent Bolloré, mais à l’autre bout du spectre politique. "Il n’aime pas qu’on l’appelle le Bolloré de gauche ou le Bolloré de Jean-Luc Mélenchon", a-t-elle lancé, avant d’accuser l’homme d’affaires de vouloir mettre ses médias "au service d’une lutte politique". Selon elle, cette logique contribue à "exciter la polarisation" et nuit au fonctionnement démocratique des médias.
Caroline Fourest s’est également montrée particulièrement dure envers Radio Nova et ses humoristes. "Il a pris une marque qui existait (...) Radio Nova, il en a fait Radio Gaza, et il en fait aujourd’hui Radio Dieudonné. Parce que ces humoristes, tous ceux qu’il a recrutés, ils ont tous le même humour. Je les trouve pas très drôles, mais ça c’est subjectif, ils sont surtout extrêmement obsessionnels, ils ont toujours les mêmes cibles (...) C’est un humour anti-Israël qui devient antisémite et qui a des cibles personnelles" assure-t-elle, citant notamment Sofia Aram. Et sur la phrase de Matthieu Pigasse qui affirme que l’on "peut rire de tout", elle conclut : "Bien sûr que l’on peut rire de tout, mais c’est pas vrai que l’on peut rire n’importe comment, que tous les rires ont la même portée".

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