Les salariés de Radio France toujours vent debout contre le recrutement d'un des responsables du magazine classé très à droite "Valeurs actuelles" pour un édito hebdomadaire à l'antenne. Charles Sapin, directeur-adjoint de l'hebdomadaire a cependant partagé son premier billet politique dans la matinale de dimanche dernier menée par Eva Roque et Quentin Lafay. Il a ainsi succédé dans cet exercice à la grande reporter de "L'Express" Anne Rosencher, titularisée le vendredi, et à Camille Vigogne Le Coat, journaliste au "Nouvel Obs" et écoutée le lendemain. Mais son arrivée ne passe pas dans les couloirs de la maison ronde.
Réunis ce mercredi 2 septembre en assemblée générale, les personnels de Radio France ont demandé à leur direction le retrait de sa chronique et ont voté le principe d'une grève, ont rapporté des participants auprès de l'AFP. Dans une motion adoptée à l'unanimité, les personnels disent leur "refus catégorique" de l'arrivée de Charles Sapin à l'antenne, dont le magazine porte des valeurs non "compatibles" avec celles du groupe public. L'intersyndicale de Radio France doit "déposer un préavis de grève dans les meilleurs délais" en l'absence d'un tel retrait, ajoute le texte dont l'AFP a eu connaissance. "Le pluralisme ne peut servir de prétexte à la légitimation de toutes les paroles", proclame la motion qui s'adresse à la présidente de Radio France Sibyle Veil et à la patronne de France Inter Céline Pigalle.
Avant ses premiers pas sur la station publique, le SNJ avait déjà demandé le retrait de la chronique, dénonçant une "ligne rouge inacceptable" et jugeant qu'un cadre d'un "organe de l’extrême droite multicondamné" n’avait pas sa place sur l’antenne. "Valeurs actuelles" a notamment été condamné en 2024 pour injure raciste envers la députée La France insoumise Danièle Obono, caricaturée en esclave. Si les signataires de ce texte rappelaient que "France Inter n’est pas une radio de gauche" et qu'elle respecte la pluralité des opinions au sein de ses émissions, ils estimaient aussi que "les injures racistes de 'Valeurs actuelles' sont un délit, la nostalgie de Vichy du révisionnisme, la préférence nationale une entorse à la Constitution". Selon eux, aucun compromis ne pouvait être trouvé en l'état : "Charles Sapin n’a donc rien à faire sur France Inter".
De son côté, la direction de la première station de France se défendait de ce choix et invitait les journalistes du groupe à "regarder la photo d'ensemble". Elle affirmait que France Inter doit pouvoir être "un lieu où on se parle et où on accepte tous les points de vue et opinions", tout en précisant avoir "la garantie, avec un profil comme Charles Sapin, qu’il n’y aura pas de propos discriminants ou de dérapage à l’antenne".