C’est une histoire qui ne finit pas de rattraper Bruno Retailleau. Ce jeudi 11 juin, "Complément d'enquête" a consacré un long portrait au président des Républicains et ancien ministre de l'Intérieur, désormais candidat à la présidentielle.
Depuis ses débuts au Puy du Fou sous l'influence de Philippe de Villiers jusqu'à son accession à la tête du parti de droite, l'émission de France 2 revient sur plusieurs positions controversées du responsable politique, son opposition historique au mariage pour tous, son vote contre l'interdiction des thérapies de conversion ou encore son opposition à l'inscription du droit à l'avortement dans la Constitution. Mais le magazine présenté par Tristan Waleckx est également revenu sur un épisode embarrassant de la carrière du responsable politique : le scandale de la triche à "Intervilles" en 1997.
Si le rôle joué par Bruno Retailleau dans cette affaire était déjà connu depuis plusieurs années, l'émission apporte un élément inédit. Un ancien membre de l'équipe du Puy du Fou, qui témoigne sous couvert d'anonymat, affirme que le futur ministre avait été informé de la supercherie quelques minutes avant le début du direct. "J’étais avec Bruno quand nous avons été prévenus de la triche par Jean-Marie Lahaye, dix minutes avant le direct. Il a été mis devant le fait accompli, mais à cette époque, il n’était pas en mesure de résister à Philippe de Villiers", assure ce témoin. Une version corroborée par Olivier Chiabodo, l'ancien coanimateur d'"Intervilles", au cœur du scandale. "Je pense qu’il a su ce qui allait se passer au moment où il est rentré sur scène, c’est-à-dire dans le dernier quart d’heure", affirme-t-il.
Pour comprendre l'affaire, il faut remonter au 2 juillet 1997. Ce soir-là, le Puy du Fou affronte le Pays d'Ancenis dans l'émission alors diffusée sur TF1. Après les traditionnelles épreuves physiques, les deux équipes s'affrontent lors d'un quiz de culture générale. Dans le trio des "intellectuels" du Puy du Fou figurent Jean-Marie Delahaye, président de l'association du parc vendéen, un journaliste local et Bruno Retailleau, alors metteur en scène de la Cinéscénie et proche collaborateur de Philippe de Villiers.
Au cours de l'épreuve, l'animateur Jean-Pierre Foucault lit les questions tandis que son acolyte Olivier Chiabodo tient les fiches contenant les réponses. Plusieurs semaines plus tard, "Le Canard enchaîné" révèle que ce dernier aurait discrètement indiqué les bonnes réponses à l'équipe vendéenne à l'aide de gestes effectués avec ses doigts. Sur les images rediffusées dans "Complément d'enquête", on peut effectivement voir l’animateur discrètement faire un "3" avec ses doigts, semblant indiquer la bonne réponse.
Le scandale prend rapidement une ampleur nationale. Visionnée chaque semaine par près de sept millions de téléspectateurs, l'émission est durablement éclaboussée. Les soupçons s'étendent même à l'édition 1996, déjà remportée par le Puy du Fou. S'ouvre alors un long feuilleton judiciaire opposant notamment TF1 à Olivier Chiabodo. Licencié par la chaîne, l'animateur finira par affirmer qu'il n'avait fait qu'obéir aux consignes de la production. "Le dindon de la farce à ce moment-là il s’appelle Chiabodo", dénonce-t-il.
"On trichait tout le temps sur 'Intervilles'", assume-t-il dans "Complément d’enquête". Et si le scandale semble anecdotique, il résume : "Avoir une exposition de 10 millions de téléspectateurs pendant plus de deux heures et demi sur TF1 à cette époque-là, c’est un enjeu de notoriété extraordinaire et donc un enjeu commercial pour un parc à thème comme celui qui était le Puy-du-Fou".

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