Tristan Waleckx ("Complément d'enquête") : "Une fraude de 18 millions sans commanditaire, ce n'est pas possible !"

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Tristan Waleckx ("Complément d'enquête") : "Une fraude de 18 millions sans commanditaire, ce n'est pas possible !"
Quand Jean-Louis Debré évoque des pressions qu'auraient exercées Nicolas Sarkozy. © France 2 - La Feelgood Company
L'un des journalistes signant la grande enquête sur l'affaire Bygmalion diffusée ce soir sur France 2 s'est confié à puremedias.com.

Une enquête à quelques jours du procès. Ce soir, à 22h55, sur France 2, "Complément d'enquête" présenté par Jacques Cardoze, proposera un numéro spécial dédié à l'affaire Bygmalion, baptisé "L'affaire qui a fait exploser la droite" et produit par La Feelgood Company. Avant l'ouverture du procès le 17 mars prochain, les journalistes d'investigation du "Monde" Gérard Davet et Fabrice Lhomme, accompagné par Tristan Waleckx de France 2, apportent de nouveaux éléments et des témoignages inédits sur cette médiatique affaire dans laquelle les noms de Nicolas Sarkozy et Jean-François Copé sont cités. Tristan Waleckx s'est confié auprès de puremedias.com pour présenter cette enquête.

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Propos recueillis par Florian Guadalupe.

puremedias.com : Quel angle d'attaque nouveau avez-vous choisi pour cette enquête sur une affaire Bygmalion qui a déjà fait l'objet de nombreux reportages ?
Tristan Waleckx :
Avec Gérard Davet et Fabrice Lhomme, nous voulions une approche nouvelle de l'affaire Bygmalion. Personnellement, j'avais déjà fait des sujets dessus, notamment en 2016 pour "Envoyé spécial" avec le témoignage de Franck Attal (organisateur des meetings de Nicolas Sarkozy en 2012, ndlr). Nous avions eu l'impression d'avoir été au bout de cette enquête. Nous avions démontré facture par facture où étaient passés les 18 millions d'euros disparus des caisses de l'UMP et qui avaient permis de financer la campagne de 2012 de Nicolas Sarkozy. Nous voulions parler de Bygmalion à l'approche du procès et nous ne trouvions pas le bon angle. Gérard Davet et Fabrice Lhomme sont intervenus avec la Feelgood Company - David Pujadas, Mathilde Pasinetti, Stéphane Haussy - et ont eu la bonne idée de raconter cette histoire par le prisme politique. Ils voulaient raconter comment cette espèce de secret de famille en 2012, qui était un secret de polichinelle connu de beaucoup de monde à droite, a été instrumentalisé par les uns et par les autres pour se nuire et essayer de dézinguer des carrières politiques.

Ils ont dit
"Selon Jean-Louis Debré, Nicolas Sarkozy aurait fait pression sur lui pour qu'il ferme les yeux et qu'il valide les comptes"
Tristan Waleckx

Qu'apprend-on de nouveau dans ce numéro de "Complément d'enquête" ?
Sur le fond de l'affaire, il y a deux éléments nouveaux qui n'étaient pas publics jusqu'alors. C'est le témoignage de Guillaume Lambert, le directeur de campagne de Nicolas Sarkozy. Je lui cours après depuis 2014. Il n'a jamais voulu s'exprimer. Je suis régulièrement en contact avec ses avocats depuis sept ans. Pour la première fois, il a décidé de parler. Il est intéressant parce qu'il est quelqu'un qu'on ne peut pas suspecter d'être anti-Sarkozyste. C'est quelqu'un qui a été chef de cabinet de Nicolas Sarkozy à l'Elysée et qui néanmoins fracasse une grosse partie de la ligne de défense de l'ex-chef de l'Etat. L'ancien président nie et conteste absolument tout dans cette affaire Bygmalion. Il dit qu'il ne connaissait pas Bygmalion et qu'il n'était pas informé des dépenses. Guillaume Lambert a montré les deux notes qu'il a remises à Nicolas Sarkozy en 2012. Elles disaient que les experts-comptables s'inquiétaient de l'explosion des dépenses. En audition, Nicolas Sarkozy a toujours réfuté cela et a dit qu'il n'a jamais eu de discussion d'ordre comptable avec Guillaume Lambert. Ce dernier certifie face à la caméra et de manière assez formelle et précise, que non seulement il lui a remis ces notes, mais qu'il lui en a parlé et qu'il a insisté sur le fait qu'il fallait arrêter de dépenser.

Le deuxième élément nouveau est le témoignage de Jean-Louis Debré. Il est le premier à allumer la mèche de cette bombe Bygmalion. A l'été 2013, en tant que président du Conseil constitutionnel, il doit valider ou non les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy. Des comptes qui ont été retoqués. Il raconte un coup de fil assez lunaire de Nicolas Sarkozy qui, à l'entendre, aurait fait pression sur lui pour qu'il ferme les yeux et qu'il valide les comptes invalidés.

Avec Gérard Davet et Fabrice Lhomme, comment vous êtes-vous coordonnés pour réaliser cette enquête ?
Nous avions des visions différentes mais complémentaires de l'affaire. J'avais un angle "enquête judiciaire" du dossier. Je connaissais bien les acteurs de Bygmalion et les petites mains de l'UMP. Eux, ils ont eu une approche plus politique. Chacun a apporté sa patte dans le film. C'est ce qui fait la singularité de cette enquête. D'un point de vue formel, ils m'ont donné accès à tous leurs verbatims et leurs enregistrements. Des centaines d'enregistrements qu'ils ont faits depuis dix ans avec la droite. J'ai sélectionné des verbatims qui pourraient être dits face à la caméra et qui ont déjà été dits à des journalistes en presse écrite. Ensuite, les interviews, nous les avons faits parfois à trois, parfois à deux. Je me suis occupé de la partie du montage mais ils ont validé le film. Le but était de parler d'une même voix. Comme nous avons à peu près la même vision du dossier et de la manière de faire le métier, nous étions raccords.

Tristan Waleckx, coauteur de l'enquête sur l'affaire Bygmalion sur France 2.
Tristan Waleckx, coauteur de l'enquête sur l'affaire Bygmalion sur France 2.
Ils ont dit
"L'équipe de Nicolas Sarkozy a essayé de nous faire passer des messages"
Tristan Waleckx

Cette enquête peut-elle affecter le procès qui s'ouvre le 17 mars prochain ?
Oui et non. Ce qui peut avoir un impact, c'est l'état d'esprit des témoins. Le paradoxe de cette histoire est qu'il y a une fraude de 18 millions d'euros, reconnue par certains des acteurs, mais il n'y a toujours aucun donneur d'ordre. Une fraude de 18 millions sans commanditaire, ce n'est pas possible ! En retraçant l'histoire, je me suis dit que nous allions nous retrouver avec des gens qui allaient enfin donner des noms. Non. L'omerta continue. Parmi les acteurs de ce dossier, notamment ceux qui ne sont ni copéistes, ni sarkozystes, les gens de Bygmalion - je pense à Franck Attal -, il y a des personnes qui sont très énervées que sept ans après le début de l'enquête, nous n'ayons toujours pas la vérité. Le procès sera très intéressant à suivre. Contrairement au procès Bismuth, où Gilbert Azibert, Thierry Herzog et Nicolas Sarkozy étaient sur la même ligne défense, là, nous aurons plusieurs clans : le clan Sarkozy, le clan Copé et le clan non-politique. Les non-politiques n'ont pas envie de porter le chapeau pour les deux autres clans. L'entourage de Nicolas Sarkozy a intérêt à continuer à faire croire que quelque chose de pas net a été monté dans l'entourage de Copé. Les copéistes ont intérêt à raconter ce qu'il s'est passé, à savoir le financement illégal de la campagne de 2012. Ce procès est vraiment attendu. Le circuit de l'argent a été retracé, mais à la question "Qui a décidé de ce système ?", nous n'avons toujours pas de réponse.

Avez-vous reçu des pressions lors de l'enquête ?
Non. Par contre, le grand absent du documentaire, c'est Nicolas Sarkozy. Jean-François Copé a accepté de parler. François Fillon nous a répondu au téléphone. L'équipe de Nicolas Sarkozy a essayé de nous faire passer des messages. Mais dans notre démarche, avec Fabrice Lhomme et Gérard Davet, nous avons essayé de ne pas faire de off. Nous leur avons expliqué que si Nicolas Sarkozy avait un message à faire passer, il pouvait être interviewé. Donc, non, il n'y a pas eu de pressions. Autant en 2016, ça avait été compliqué. Autant là, il n'y a eu aucun problème.

Ils ont dit
"Nous donnons au téléspectateur tous les éléments pour se faire sa propre opinion"
Tristan Waleckx

Comment avez-vous réussi à convaincre Jérôme Lavrilleux de témoigner ?
Jérôme Lavrilleux a complètement changé de vie, mais il est encore obnubilé par cette affaire. Il pense à ça tout le temps. Il a troqué son costume de parlementaire européen pour un jean et un aspirateur dans sa maison d'hôtes au fin fond de la Dordogne. Néanmoins, il parle tout le temps de Bygmalion. On sent que c'est très long d'attendre pour lui. Surtout qu'il s'inquiète que le procès soit reporté car ses deux avocats ont le Covid. Mais c'est un personnage très compliqué. Il est très sympathique et semble dire une grosse partie de la vérité. Il raconte comment ont été faites les fausses factures et comment la campagne a été financée illégalement. En même temps, c'est un affranchi, un demi-repenti. Il refuse de répondre à la question la plus importante : "Qui a décidé ?". On sent que c'est la question la plus embarrassante. Nous essayons d'y répondre bien que nous n'ayons pas de preuves formelles et absolues.

Selon vous, certains acteurs de cette enquête vous ont-ils menti ?
Je n'ai pas de point de vue aussi tranché. En revanche, il y a des acteurs qui estiment que des personnalités politiques mentent. Franck Attal, qui ne fait partie d'aucun clan politique, dit : "Autant j'étais prêt à défendre Jean-François Copé, car il n'a pas constitué de trésor de guerre. Autant, ça me paraît très difficile que ces fausses factures ne soient pas connues de Jean-François Copé, alors qu'il était patron du parti et que le système était connu de son directeur de cabinet Jérôme Lavrilleux". Moi, j'essaye de ne pas avoir d'avis. En revanche, nous donnons au téléspectateur tous les éléments pour se faire sa propre opinion. Nous laissons dire à plusieurs acteurs du dossier que certaines personnalités de premier plan mentent. Pareil du côté de Nicolas Sarkozy, Guillaume Lambert dit qu'il était au courant du dépassement des comptes de campagne alors que l'ex-président dit l'inverse depuis des années.

Ils ont dit
"Vincent Bolloré a une volonté de peser dans le débat en France".
Tristan Waleckx

Une question sur Vincent Bolloré. Vous lui aviez consacré une enquête en 2016 dans "Complément d'enquête". Que vous inspire sa stratégie de rachat de médias en France ?
Il a peut-être une volonté de peser dans le débat en France. C'est une logique de patron de presse. C'est un levier d'influence incroyable. Vincent Bolloré est avant tout un businessman. Il se rend compte que potentiellement posséder des médias, c'est augmenter son influence, notamment en Afrique, et potentiellement gagner des parts de marché dans ses autres activités. Il ne se rend pas du tout compte que l'activité des médias est singulière et que les journalistes ne sont pas forcément là pour faire gagner des parts de marché à une autre filiale du même groupe. En 2016, quand nous étions allés en Guinée-Conakry à deux semaines de l'élection présidentielle, il avait fait organiser un grand concert avec toutes les équipes de Canal+ et d'Universal. Le lendemain, ses équipes négociaient avec le président-candidat sur des marchés publics. Oui, son activité médiatique - qui n'est pas la plus rentable de toutes ses activités - avait pour but principal d'arranger ses affaires dans le transport.

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