Face à la multiplication des vidéos truquées générées par intelligence artificielle, France Télévisions et YouTube renforcent leur collaboration. Le groupe audiovisuel public teste actuellement en avant-première un nouvel outil développé par la plateforme vidéo afin de détecter et limiter la diffusion de faux contenus mettant en scène ses journalistes et animateurs. "Pour nous, c'est un enjeu vital de maintenir la qualité de l'information, de lutter contre le fake, le fake qui nous touche, et le fake qui touche la société", a expliqué Stéphane Sitbon Gomez, directeur général adjoint en charge des offres et de la stratégie éditoriale de France Télévisions, lors d'une présentation organisée par le groupe baptisée "Streaming the future".
Le dirigeant a notamment cité un exemple récent impliquant l'un des visages de l'information du service public. "En ce moment, on a une vidéo qui tourne sur plein de plateformes de Laurent Delahousse qui s'engueule avec Bernard Arnault. Il se trouve que cette interview n'a jamais eu lieu, elle est complètement fausse, et nous, on court après pour les débrancher, pour les éteindre, et c'est viral", a-t-il déploré.
Pour répondre à cette problématique, YouTube met à disposition de France Télévisions un dispositif baptisé "Likeness ID". Cet outil permet aux personnalités qui donnent leur accord de protéger leurs attributs visuels et vocaux contre les détournements réalisés à l'aide de l'intelligence artificielle. "C'est un outil crucial", a souligné Justine Ryst, directrice générale de YouTube France. "Une fois que le créateur a donné son autorisation, notre système va être capable de détecter tous les deepfakes postés sur la plateforme et ensuite de laisser le choix à l'ayant droit : laisser, interdire ou bloquer ce contenu." France Télévisions fait partie des premiers partenaires à tester cette technologie. L'objectif est de protéger l'ensemble des journalistes, animateurs et personnalités du groupe contre les vidéos manipulées susceptibles de circuler sur internet.
"Tous nos incarnants ont été visés par ces campagnes de fake sur absolument toutes les plateformes et tous les réseaux", a insisté Stéphane Sitbon Gomez. Cette expérimentation s'inscrit dans une stratégie plus large menée par YouTube contre la désinformation et les contenus générés par intelligence artificielle. La plateforme rappelle avoir instauré il y a deux ans un système obligeant les créateurs à signaler eux-mêmes lorsqu'une vidéo contient des images ou des sons synthétiques. Depuis quelques jours, YouTube affirme être passé à l'étape suivante grâce à la détection automatique de ces contenus.
"Quand je suis capable de détecter qu'une personnalité a été modifiée ou qu'on lui fait tenir un discours qu'elle n'a jamais prononcé, nous imposons automatiquement un bandeau d'information", explique Justine Ryst. L'objectif est de permettre aux internautes d'identifier immédiatement qu'ils regardent un contenu artificiellement généré ou modifié. La dirigeante a également rappelé l'ampleur des moyens techniques déployés par la plateforme. Selon YouTube, 97% des contenus supprimés pour violation des règles sont détectés automatiquement par les systèmes d'intelligence artificielle du groupe. Plus de 95% de ces détections interviennent avant même que les vidéos concernées n'atteignent dix vues.
Alors que près d'un Français sur deux utilise YouTube pour s'informer, selon les chiffres avancés par la plateforme, le partenariat avec France Télévisions apparaît comme une réponse commune à la montée des deepfakes visant les personnalités médiatiques et les contenus d'information. "Joindre nos forces avec la première rédaction d'information en Europe, France Télévisions, c'était un prolongement naturel", a résumé Justine Ryst.

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