Son visage est désormais familier sur CNews. Sa voix, habituelle sur Europe 1 et sa signature, régulière dans le supplément du "Journal du Dimanche". Mais l'influence grandissante de Xenia Fedorova dans les médias sous le giron de Vincent Bolloré fait grincer des dents. Au point que "Le Monde" publie une enquête fouillée sur la trajectoire de l'ancienne directrice du média russe RT France, devenue la protégée du milliardaire breton. Depuis ce portrait, de nombreuses personnalités politiques s'insurgent de l'exposition de cette "propagandiste patentée" du Kremlin, dont le rôle est de "servir la soupe à Vladimir Poutine" à l'antenne. Son employeur est donc monté au front pour défendre la chroniqueuse dans une tribune intitulée "Défendre la liberté d’expression, surtout lorsqu’elle dérange" et publiée dans le "JDD".
Dans ce texte, Arnaud Lagardère et Gérald-Brice Viret prennent le contre-pied des critiques en soutenant que Xenia Fedorova, dont la voix est "rare et précieuse", "contribue depuis près de dix ans à la diversité du paysage audiovisuel français". Les deux dirigeants appuient que celle qu'ils considèrent comme "journaliste" dans leur groupe "apporte sur le conflit russo-ukrainien un éclairage que l’on n’entend pas ailleurs". Le patron du groupe Lagardère et le directeur général de Canal+ France en profitent aussi pour s'attaquer au travail éthique du quotidien, regrettant que le débat "ne porte plus sur ses arguments ; il porte sur sa personne, son parcours, son origine, jusqu’à sa légitimité à exercer son métier". Ils accusent ainsi Ariane Chemin et Ivanne Trippenbach d'un procès d'intention : "Le Monde a ainsi publié une enquête aux sous-entendus troublants, s’indignant notamment de la validité du titre de séjour de dix ans, accordé à la journaliste".
L'Arcom a récemment été saisie d'interventions de l'ancienne dirigeante de RT France invitée à commenter l'actualité géopolitique sur CNews. "On sait aujourd’hui que c’est l’Occident qui a décidé de prolonger le conflit en Ukraine. Les vraies questions que l’on doit se poser c’est jusqu’où va aller l’Occident pour affaiblir par procuration la Russie ?", a-t-elle notamment déclaré le 10 mai dernier sur la chaîne d’informations du canal 14. Soit un des exemples cités dans le signalement au gendarme de l’audiovisuel. Mais là, encore,, les auteurs de cette tribune plaident la liberté d'expression. "Nous n’approuvons pas forcément chacune de ses positions. En revanche, nous nous opposons à sa délégitimation systématique. Nous lui apportons notre soutien, comme nous le ferions pour tout journaliste visé en raison de son origine, de son parcours ou de ses idées", estiment-ils.
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La lecture, dimanche matin, de cette tribune a irrité plusieurs journalistes et personnalités, d'autant plus médusés en s'apercevant que Xenia Fedorova remerciait sur X ses bienfaiteurs pour leur soutien. "Ils vous défendent dans une tribune tarte à la crème pour ne pas perdre leur job. Si un jour Bolloré vous lâche, ils vous lâcheront", croit savoir Julien Bellver, expert média dans "Quotidien". "Naufrage moral absolu avec ce papier dans le JDD en soutien de Fedorova, la propagandiste du boucher Poutine. Au nom de la liberté, Lagardère cautionne tous les ennemis de la démocratie", fulmine de son côté Jean-Marc Dumontet, déjà remonté contre Pascal Praud. Jean-Michel Apathie souligne le fait que Lise Boëll, patronne des éditions Fayard, s'est jointe au mouvement de secours : "Quand la 'patrie' est attaquée, pas un général ne doit manquer à l’appel. Apres Arnaud Lagardère et Gérald Brice-Viret, Lise Boëll venue en première ligne pour défendre Xena Fedorova, devenue joyau de la couronne on ne sait par quelle extravagance".

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