Virginie Ledoyen : "Le célibat et la sexualité des prêtres sont des sujets délicats"

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Virginie Ledoyen : "Le célibat et la sexualité des prêtres sont des sujets délicats"
La comédienne a réalisé son premier documentaire

Je ne suis d'aucune confession et la vie que j'ai choisie est un peu incompatible avec l'isolement, le recueillement et le silence. Pourtant, j'ai rendez-vous avec trois jeunes hommes qui ont décidé de devenir prêtres ». Ce sont les mots que Virginie Ledoyen prononce dans les premières secondes du documentaire qu'elle a réalisé. A l'occasion de la Journée mondiale des vocations le 25 avril, la comédienne, épaulée de Jean-Marc Coudert, sont allés à la rencontre de Maxime, Bernard et Phillipe dans Au nom du père !, un documentaire diffusé ce mercredi 21 avril à 22h30 sur France 4. Ozap a rencontré Virginie Ledoyen, qui explique sa démarche, son rapport à la religion et son expérience, pour la première fois, derrière la caméra.

« Je n'avais pas spécialement envie de passer à la réalisation »



Comment est venue l'idée de ce projet ?
Je n'avais pas spécialement envie de passer à la réalisation. Christian Blachas et Stéphane Bonnotte cherchaient des nouveaux regards pour des documentaires. Je n'avais pas d'idée. Un jour, Jean-Marc Coudert, avec qui je coréalise, m'a parlé de son cousin, un étudiant brillant qui, du jour au lendemain, avait tout abandonné pour devenir prêtre. J'ai trouvé ça assez singulier. Je me suis dit que je tenais mon sujet ! Je me suis dis que la religion avait des visages. C'est tombé sur le catholicisme, mais ça aurait pu être une autre. Je voulais savoir comment, à Paris, en 2010, on pouvait avoir envie de devenir prêtre. Je m'attendais à rencontrer des illuminés, mais pas du tout.

Comment avez-vous choisi vos personnages ?
On a d'abord approché Maxime. Je me suis aussi renseignée auprès du diocèse de Paris, qui nous en a présenté plusieurs. J'ai découvert qu'il fallait faire sept années de théologie pour devenir prêtre. Je voulais aussi voir le paradoxe entre Paris et ça. Comment dans cette ville, avec autant de tentations, on peut avoir cette envie. Ils ont une vraie vie à coté de ça. Ces garçons sont d'abord et avant tout des étudiants, qui sortent le soir, qui fument, qui boivent un peu parfois. Ils ont simplement fait le choix de gagner moins de 800 euros par mois, de ne pas avoir de petite amie, et de vivre pour Dieu. C'est assez émouvant.

Qu'est-ce qui vous a le plus étonné en réalisant ce documentaire ?
Leur sincérité, leur foi, leurs conviction. Leur joie à être dans ce sacrifice. Ils disent souvent - ou alors c'est ce qu'on leur dit de dire - qu'ils sont des hommes libres et que c'est un choix parfaitement délibéré. Et effectivement, ils sont en phase avec ce qu'ils font. Ils sont fiers d'embrasser cette vocation. Ils ont envie de donner une image de l'Eglise plus jeune, plus pure, détachée de tous les scandales qui la touchent, même si on est en plein dedans en ce moment. Justement, ils ont quelque chose de très joyeux à vouloir exercer ce sacerdoce. C'est très frappant. Après on peut en débattre des heures et des heures...

« C'est l'Eglise, il y a des codes à respecter, et c'est le jeu. »



Vous dites dans le documentaire que vous avez douté de leurs propos. A quel moment ?
C'est pas douter de leurs propos, mais plutôt de la liberté de leur propos. Ce n'est pas la même chose. Le célibat, l'homosexualité... Ce sont des sujets délicats qu'on ne peut pas aborder comme ça, n'importe comment. Ils pèsent leurs mots. La spontanéité est très pesée, en permanence. On n'est pas dans une impulsivité folle. Ils apprennent aussi. Dans leurs enseignements, on leur apprend à penser le monde d'une certaine manière, à répondre à ce genre de questions... C'est une tournure de pensée. C'est là qu'ils ne sont pas calculateurs ou menteurs, mais c'est un rapport au monde qui est singulier, et c'est pour ça aussi que ce documentaire existe justement. J'ai surtout douté de leur paroles quand on parlait de célibat, d'homosexualité, de sacrifice, d'absence de sexualité... les questions un peu faciles quoi. Mais on se rend compte qu'on peut pas vraiment rentrer dans ce genre de conversations avec eux, puisque de toute façon, ce ne sont pas leurs sujets. Ce n'est pas ça qui les habite.

Cela vous a-t-il frustrée d'une certaine manière ?
Frustrée, non. Parce que c'est un peu à l'image de leur réflexion. On peut pas être dans une sorte de ping-pong. Et puis c'est une institution, l'Eglise. Il y a des codes à respecter, et c'est le jeu. Après c'est à nous d'interpréter. Et puis les sujets délicats comme la pédophilie, c'est très intéressant d'en parler, mais c'est vraiment un autre film. Puis c'est assez creux finalement comme questions. On se doute bien qu'ils vont pas nous dire que c'est bien, donc... Nous on voulait vraiment s'attarder sur leur formation et leurs motivations.

C'était votre premier contact avec le monde de l'Eglise ?
Oui. Je ne suis pas baptisée, je n'ai aucune culture religieuse. Je suis une athée convaincue. C'était très mystérieux pour moi l'Eglise, il y avait quelque chose de très très rance pour moi, de poussiéreux, de vieillot. Pas qui fait peur, mais un peu sinistre.

« J'ai trouvé ça très difficile, parce que c'est un métier »



Comment avez-vous vécu votre expérience de réalisatrice de documentaire et de journaliste en quelque sorte ?

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J'ai trouvé ça très difficile. Vraiment très compliqué parce que c'est un métier. On a l'impression qu'on peut poser toutes les questions qu'on veut, et qu'on est pas très tributaire de ce qu'on va nous répondre. Mais c'est la matière première de notre film. Et on ne peut pas faire répondre aux gens ce qu'ils n'ont pas envie, comme on a envie, à la vitesse qu'on aimerait. On est vraiment très tributaire. Après j'imagine qu'il a des techniques, des artifices... (rires).

Vous aviez préparé vos interviews ou cela venait spontanément lors des rencontres ?
On les avait vachement travaillées, mais après sur le moment, on rectifiait le tir au fur et à mesure, en fonction de leurs réponses et des sujets. Ils sont très prudents sur ce qu'ils disent de l'Eglise. Ce n'est pas tant sur leur vie, ils sont assez libres. Ils ont très peur d'être mal compris, qu'on comprenne mal le message de l'Eglise. Le principe de l'interview, c'était qu'il fallait leur faire comprendre qu'on ne faisait pas un documentaire sur l'Eglise, mais plutôt sur leurs vies personnelles, comment ils vivent avec ça, comment on peut négocier avec ça, comment quand on a été élevé à Paris dans une société plutôt libre, plutôt ouverte, comment on négocie avec ces engagements à venir et et ce qu'on a vécu avant.

Cette vision a-t-elle changé après le documentaire ?
Non. Il y a des choses sur lesquelles je ne suis pas d'accord avec l'Eglise. Des choses qui me semblent évidentes comme l'homosexualité, l'avortement, la contraception... Mais en même temps, même s'il y a une défection des églises, je crois qu'elle est incarnée par des hommes bons et qui font ça de manière juste, pleine et sincère. Ca, ça a changé grandement ma vision sur cette "institution". D'abord, elle est vivante. Je la croyais un peu moribonde, elle est vivante, jeune... des jeunes gens intelligents, drôles, parfaitement respectables. Mais je ne me suis pas posé de question sur ma foi. Je n'aime toujours pas. Pour le coup, je pensais qu'on allait me donner une définition parfaite de la foi. Mais je n'ai toujours pas la foi pour le coup. Je me rends compte que c'est extrêmement personnel la foi. Elle revêt mille intentions, mille visages... C'est complexe. Tout en étant assez admirative de leur engagement, ça n'a pas mis ma foi en perspective.

« Ce n'est pas de la pub pour l'Eglise. »



Pensez-vous que la relative bienveillance du documentaire est due au fait que vous n'êtes pas journaliste ?
Peut-être. J'ose espérer que c'est aussi dû à comment on leur a présenté. Tant qu'à faire, ce serait bien aussi. Et je pense que ça répondait à une envie de montrer leur engagement autrement que les idées toute faites. C'était assez participatif finalement. C'est bienveillant parce qu'on les écoute. Mais libre aux gens de penser ce qu'ils veulent. Je ne voulais pas faire un documentaire pour convaincre les jeunes de devenir prêtre, pas du tout. Ce n'est pas de la pub. Je voulais juste montrer à quoi ça ressemble, que c'est une réalité qui existe.

Le fait de vous mettre en scène dans le documentaire, c'était voulu dès le début ?
Cela faisait partie du projet depuis le départ, oui. C'était le principe, le regard d'une comédienne sur un sujet. Même si je n'avais pas cette idée-là. Mais en tout cas, ce qui est intéressant quand des acteurs font un documentaire, c'est qu'ils ont une appréhension de la caméra, ils connaissent, ils ont l'habitude d'être filmés, et ce n'est pas la même neutralité qu'un journaliste. Là on peut se permettre quand on n'est pas "affilié" à un magazine, un journal etc., à pouvoir affirmer de manière moins neutre ses convictions. C'est moins pédagogique, c'est une autre forme d'incarnation.

Cette expérience vous a-t-elle donné envie de vous lancer dans la réalisation, sur un autre sujet ?
Non, non, ça y est là (rires). Je n'ai pas abordé ce documentaire en me disant que c'était une nouvelle voie qui s'ouvrait à moi. Je voulais essayer de mener à bien ce projet d'abord, parce que ce n'est pas simple de réaliser un documentaire. Cela nous a pris trois mois, avec les rencontres etc... Le tournage a duré, lui, un mois et demi, entre novembre et décembre 2009. Et c'était en plus pour moi une façon d'apprendre, car je n'avais aucune connaissance sur le sujet.

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