"Des Paroles et des Actes" : Pourquoi France 2 a mal géré Marine Le Pen

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"Des Paroles et des Actes" : Pourquoi France 2 a mal géré Marine Le Pen
"Des paroles et des actes"
"Des paroles et des actes"
La patronne du FN a tout fait pour pourrir la situation mais France 2 porte une lourde responsabilité dans l'annulation du numéro de "Des paroles et des Actes" d'hier soir.

C'est le premier gros couac de France Télévisions depuis l'arrivée de Delphine Ernotte à la présidence et le changement à la tête de la direction de l'info du groupe. Le désistement de dernière minute de Marine Le Pen et l'annulation, trois heures avant le direct, du numéro de "Des Paroles et des actes" prévu hier soir est le résultat d'une série d'erreurs commises par la chaîne publique, qui laissera des traces dans la rédaction.

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1ère erreur : Avoir invité Marine Le Pen juste avant les régionales

Marine Le Pen a officiellement déclaré sa candidature dans la région Nord-Pas-de-Calais - Picardie le 30 juin 2015, soit il y a près de quatre mois. Inviter la leader du Front National à quelques semaines du scrutin et à seulement quatre jours de l'ouverture de la période électorale (le 26 octobre) est l'erreur initiale de France 2. Les dirigeants de la chaîne auraient dû percevoir ce mauvais choix de calendrier il y a bien longtemps.

Donner une tribune nationale de deux heures à n'importe lequel des candidats aux régionales, fut-il une personnalité politique nationale, pose évidemment des problèmes d'équité entre les candidats. Les protestations des concurrents de Marine Le Pen dans la région, Xavier Bertrand (LR) et Pierre de Saintignon (PS), étaient donc assez prévisibles. Inviter Marine Le Pen en septembre dernier ou en janvier prochain n'aurait sans doute pas mené à un tel chaos.

2e erreur : Avoir craint d'annuler Marine Le Pen

La direction de France 2 a sous-estimé les protestations des concurrents de Marine Le Pen. Elle n'a pas vu monter la polémique. L'appel commun au CSA de Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du Parti socialiste et de Nicolas Sarkozy, président du parti Les Républicains, tout comme la déclaration de Manuel Valls mercredi à l'Assemblé Nationale, ont fini de rendre l'émission initiale impossible. Ce que les équipes de "Des Paroles et des actes" ont tardé à comprendre.

France 2 aurait dû dès la semaine dernière décaler la venue de Marine Le Pen, transformer l'émission en une spéciale régionales ou, du moins, prévoir un plan B autour d'une autre région, ou d'une autre personnalité. Quitte à fâcher la dirigeante d'extrême droite et les militants du FN. A force de ne pas trancher et de tergiverser pour chercher à tout prix le consensus, la chaîne s'est tiré une balle dans le pied.

3e erreur : Avoir cédé aux demandes de Marine Le Pen

Pour son cinquième passage dans l'émission en cinq saisons, Marine Le Pen a dicté ses règles. La rédaction lui a proposé de débattre avec Daniel Cohn-Bendit, Valery Giscard d'Estaing ou Robert Badinter. Mais la dirigeante a mis un véto. S'il est de coutume dans cette émission que l'invité principal donne son accord sur le nom de ses contradicteurs, Marine Le Pen se montre particulièrement dure en affaires pour "Des Paroles et des Actes". D'autant plus dure qu'elle en est l'invitée régulière. Se sentant chez elle, elle est en position de force et se montre plus exigeante que des invités plus occasionnels.

Les exigences de Marine Le Pen se sont ensuite révélées intenables quand la production a tenté de modifier le sommaire de l'émission. Peu malléable, Marine Le Pen s'est braquée dans sa posture d'élue mal aimée des médias (alors que toutes les études sur les temps de paroles montrent qu'elle est l'une des personnalités politiques les plus invitées sur les plateaux de télévision) et a rendu le compromis impossible.

4e erreur : Avoir donné l'impression de céder à une exigence du CSA

Alors que la polémique gonflait, le CSA est à son tour entré dans la danse mercredi. Ce jour-là, le régulateur de l'audiovisuel a publié les conclusions d'une réunion s'étant tenue vendredi 16 octobre au siège du CSA avec les chaînes de télévision. Comme il en a l'habitude avant les périodes électorales, le CSA a rappelé qu'il conseillait aux chaînes de télévision de ne pas attendre le début officiel de la période électorale, lundi 26 octobre, pour se préoccuper de l'équilibre des temps de parole. Présent ce jour-là, France Télévisions était informé dès vendredi dernier de la préconisation du CSA.

Quelques heures après la publication du communiqué du CSA, le groupe public a pourtant décidé de rajouter en urgence un débat "régional" au numéro de "DPDA". Cette décision l'a mis dans une position de grande faiblesse en donnant l'impression que la chaîne venait de se faire taper sur les doigts par le gendarme de l'audiovisuel. France Télé a en plus commis l'erreur d'annoncer ce nouveau débat avant même d'avoir l'accord des participants.

Prisonnier de son annonce, le groupe a ensuite dû céder à toutes les exigences des débatteurs et attendre sagement qu'ils confirment ou non leur venue dans "DPDA". Par sa décision, France 2 s'est aussi attiré la colère des autres candidats à la région et surtout de Marine Le Pen qui a trouvé-là une occasion en or pour se victimiser. Bref, là encore, en voulant satisfaire tout le monde, France 2 a récolté les coups de tous.

5e erreur : Avoir laissé Marine Le Pen faire la com' de l'émission

Jeudi, France Télévisions a brillé par son absence de communication. Profitant habilement de ce vide, Marine Le Pen a pu dicter tranquillement l'agenda médiatique. A la mi-journée, elle a ainsi publié un premier communiqué incendiaire contre France 2, imposant comme condition à sa venue le remplacement d'un débat par un autre. Après un passage sur Europe 1, elle a ensuite mis violemment en cause l'équipe de "DPDA" dans une série de tweets, n'hésitant pas à révéler en temps réel les négociations en cours avec la chaîne.

Face à ce climat de grande confusion, France Télévisions s'est enfermé dans le mutisme jusqu'à 14h50. Lors d'une interview à Francetvinfo, David Pujadas a tenté de clarifier la situation en annonçant qu'il ne se plierait pas aux dernières exigences de Marine Le Pen. Vers 16h45, la direction de France Télévisions a enfin donné signe de vie en confirmant la venue de la leader du FN, sans confirmation officielle de sa part.

La patronne du FN a alors eu tout loisir pour créer la surprise en annonçant son désistement de dernière minute et donc l'annulation de l'émission. Jusqu'au bout, Marine Le Pen aura été à l'initiative et France Télévisions dans une logique de réaction défensive, souvent très tardive.

BD & BM

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