Ce vendredi 21 novembre, Pascal Praud a décidé de parler de… Pascal Praud. Pour ouvrir "L'Heure des pros", l'éditorialiste de CNews a choisi de répondre à la double page que "Libération" lui consacre ce vendredi, titrée comme une enquête sur le "VRP zélé de l'union entre la droite et l'extrême droite".
Une Une qui accuse le présentateur de profiter de ses quatre heures et demie quotidiennes d'antenne pour imposer une grille de lecture "décliniste", centrée sur les sujets chers à l'extrême droite, "immigration, insécurité, islam", et d'œuvrer en coulisses à la promotion d'une alliance allant de LR à Reconquête.
Dans son éditorial, Praud assure que "Libération" "cible ce matin à la une l'antenne de CNews" et "accuse votre serviteur de propagande". Très vite, il élargit son propos à l'histoire du journal : "C'est dans les gènes de 'Libération' de se tromper. Il a fallu dix ans au journal créé par Jean-Paul Sartre pour prendre la mesure des Khmers rouges." L'animateur rappelle également que le journal a "soutenu la révolution iranienne de l'ayatollah Khomeini" et "défendait la pédophilie dans les années 70".
Puis nuance : "Je salue d'ailleurs le travail d'Adrien Franck (...) avec beaucoup d'élégance, en tout cas sans médiocrité."Mais il enfonce le clou : "À 'Libération', le mal est congénital, le refus de voir le monde tel qu'il est." Selon lui, les évolutions politiques observées "au Danemark, en Angleterre, en Italie" se produisent indépendamment de CNews : "Le monde est la totalité des faits et les faits sont têtus." Puremédias vous propose de découvrir son éditorial dans la vidéo ci-dessus.
Dans son enquête, "Libération" décrit une influence bien plus directe. Depuis 2016, estime le quotidien, le plateau de "L'Heure des pros" serait devenu "une machine à droitiser le débat public", alignant sujets et angles sur les priorités de l'extrême droite. Le journal évoque une stratégie assumée de Praud : appeler directement les responsables politiques, intervenir pour pousser à l'union des droites et, en plateau comme en coulisses, imposer ses obsessions.
L'enquête détaille aussi la relation privilégiée que l'animateur entretient avec une partie de la classe politique, qu'il "intimide ou récompense selon la considération qui lui est portée". "Libération" raconte ses coups de fil insistants, ses échanges répétés avec des responsables LR et Reconquête, et son positionnement d'"agitateur d'idées" revendiqué. Son influence serait telle que "pour un futur candidat de la droite à la présidentielle, CNews est un sujet incontournable".
Même Emmanuel Macron y passerait. Malgré les piques à l'antenne et les accusations de "petit dictateur", le lien entre le camp présidentiel et le présentateur perdure : Bruno Roger-Petit, porte-parole de l'Élysée continuerait de lui envoyer des SMS en direct pour corriger certaines affirmations, et l'administration l'a même prévenu à l'avance de la dissolution de 2024. Plus cocasse encore : Macron l'aurait surnommé "le concierge du Lily Wang", un restaurant où le couple présidentiel a l'habitude, tant l'animateur aurait profité de ses propres déjeuners pour souffler ses conseils politiques à l'oreille du chef de l'État.
Pascal Praud rejette toute ambition politique, se décrivant comme un simple observateur du "réel". Un terme qui, selon "Libération", s'inscrit au cœur de sa rhétorique "populiste bien rodée". Le quotidien insiste également sur la composition de son public : le cœur d'audience de Pascal Praud est constitué des seniors, qualifiés de "premier parti de France".
Selon "Libé", les chiffres Médiamétrie de "L'Heure des pros" révèlent que près de 60% des quelque 600.000 téléspectateurs de son émission matinale ont plus de 65 ans, et qu'un tiers dépasse même les 75 ans. Ce public reste longtemps devant CNews, ce qui dope la durée d'écoute et donc les performances de la chaîne. Une génération très présente dans les urnes, historiquement peu encline à voter pour l'extrême droite, mais particulièrement réceptive au discours décliniste et au positionnement anti-conformiste que l'ex-journaliste sportif revendique.
Si Pascal Praud se pose en chantre de l'union des droites, ses rapports avec le RN sont, selon "Libération", ambivalents. Il défend ardemment le parti dès qu'il est critiqué dans les autres médias et participe, par ses questions récurrentes aux invités, à "grignoter les derniers fils du cordon sanitaire". Il n'hésiterait pas à souffler des propositions fiscales au président du RN, brouillant encore davantage la frontière entre journaliste, éditorialiste et influenceur politique.
Face à ces accusations, l'animateur vedette préfère encore se tourner vers l'histoire pour répondre aux critiques. Dans son éditorial, il cite Aragon, Picasso ou Sartre, accusant "les intellectuels" d'hier d'avoir erré lourdement, avant de conclure : "Comme toujours, la mort ramassera les copies dans 20 ans, dans 30 ans. Je souhaite que 'Libération' puisse toujours exister pour lire cette antienne qui traverse le temps : nous nous sommes tant trompés."

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