Une correction et un message d'alerte sur le fond. Le Rassemblement national a poursuivi "Le Monde" en diffamation, accusant le quotidien d'avoir propagé "une information infondée et mensongère" sur l'attaque meurtrière commise dans les Yvelines. Si le titre de presse a ajouté dans son article initial le démenti du procureur, en le signalant également à ses lecteurs à la fin du papier, le journal ne s'est pas excusé publiquement. En revanche, dans un court texte publié sur son site et sur ses réseaux sociaux, le quotidien du soir a condamné "avec la plus grande fermeté la campagne de haine qui vise depuis" mardi matin "deux de [ses] journalistes". "Ces attaques, alimentées par des médias d'extrême droite et abondamment relayées sur les réseaux sociaux, comportent des injures et menaces intolérables", a dénoncé "Le Monde", en affirmant se réserver le droit "de saisir la justice". Les deux journalistes concernés sont l'auteur de l'article initial et sa consœur qui a repris l'information sur le plateau de "C dans l'air" le jour de sa parution.
Dans un article publié lundi, une source anonyme proche de l'enquête affirmait au "Monde" "que des tracts du Rassemblement national avaient été retrouvés" dans la voiture du suspect de l'attentat. Une information rapidement reprise par la classe politique et notamment par des élus de gauche. "Je tiens à préciser qu'aucun tract d'un parti politique n'a été découvert dans son véhicule", a cependant déclaré le procureur national antiterroriste, quelques heures plus tard, dans la soirée, lors d'une conférence de presse.
Le RN a alors fustigé une "enquête qui n'était pas sérieuse". "En diffusant une information infondée, mensongère et démentie ce soir par le procureur de la République, le journal 'Le Monde' s’est une fois encore prêté à une opération militante visant à salir le Rassemblement national. Cette manœuvre de désinformation manifeste interroge les Français sur la question essentielle de l’objectivité et de la rigueur professionnelle qu’on est en droit d’attendre des médias dans une campagne présidentielle", a tweeté Marine Le Pen dans la foulée du démenti du procureur. Un communiqué du vice-président du parti d'extrême droite en charge des affaires juridiques faisait état d'une attaque en justice. "Le Rassemblement national ne laissera passer aucune manœuvre visant à le salir, encore moins quand il s’agit de lui faire endosser la responsabilité d’actes abominables", peut-on lire.
Vendredi 23 octobre, à bord de sa voiture, Kévin T. a tiré sur huit sites différents dans les Yvelines et abattu un Français de 26 ans d'origine africaine, Pengo Bossio Wangi, et en a blessé plusieurs autres, dont au moins quatre ayant des noms à consonance africaine ou maghrébine, à Trappes et La Verrière, selon le procureur antiterroriste. Un exemplaire du livre d’Adolf Hitler, "Mein Kampf", a été découvert chez lui, a indiqué une source proche du dossier. Une autre source a évoqué auprès de l’AFP sa dérive vers l’idéologie raciste. Le suspect, âgé de 39 ans, a reconnu les faits mais conteste tout mobile raciste, d’après le procureur.
