Le monde du cinéma français hausse le ton contre Vincent Bolloré. Dans une tribune publiée lundi 11 mai dans "Libération", quelque 600 professionnels du secteur dénoncent "l’emprise grandissante de l’extrême droite" sur le cinéma français, incarnée selon eux par le milliardaire breton et son groupe médiatique.
Parmi les signataires figurent des personnalités majeures du cinéma français comme Juliette Binoche, Adèle Haenel, Swann Arlaud, Damien Bonnard, Blanche Gardin, Jean-Pascal Zadi ou encore le photographe et réalisateur Raymond Depardon. Producteurs, exploitants de salles, techniciens et distributeurs soutiennent également cet appel porté notamment par le collectif "Zapper Bolloré".
Au cœur des inquiétudes : la montée progressive de Canal+ au capital du groupe UGC. En octobre 2025, le groupe détenu par Vivendi a acquis 34 % du troisième réseau de salles de cinéma français, avec l’objectif annoncé d’en prendre le contrôle total d’ici à 2028. Pour les auteurs du texte, cette opération marque un tournant majeur. Vincent Bolloré contrôle déjà Canal+, StudioCanal — l’un des principaux producteurs européens — ainsi que plusieurs médias influents comme CNews ou Europe 1. Avec UGC, il pourrait bientôt maîtriser toute la chaîne du cinéma : financement, production, distribution et diffusion.
"En laissant le cinéma français aux mains d’un patron d’extrême droite, nous ne risquons pas seulement une uniformisation des films, mais une prise de contrôle fasciste de l’imaginaire collectif", écrivent les signataires. Le texte accuse directement Vincent Bolloré de mener "un projet civilisationnel réactionnaire d’extrême droite" à travers ses chaînes de télévision et ses maisons d’édition. Si les auteurs reconnaissent que "l’influence de cette offensive idéologique sur le contenu des films a été pour le moment discrète", ils préviennent : "Nous ne nous faisons pas d’illusion : ça ne durera pas."
La tribune insiste également sur la dépendance économique croissante du secteur envers Canal+, devenu incontournable dans le financement du cinéma français. "Nous dépendons aujourd’hui, à des degrés divers, pour nos projets autant que nos salaires, de l’argent de Vincent Bolloré", écrivent-ils, appelant à "sortir ensemble du silence". Cette mobilisation intervient dans un contexte déjà très tendu dans le monde culturel. Quelques semaines plus tôt, plus d’une centaine d’auteurs avaient quitté les éditions Grasset pour protester contre le licenciement de son PDG Olivier Nora, dans un groupe également passé sous l’influence du milliardaire breton. Les signataires établissent aussi un lien direct avec le climat politique français et les propositions du Rassemblement national concernant le démantèlement du CNC ou de l’audiovisuel public. Ils craignent, à terme, un paysage culturel où seuls certains récits ou certaines œuvres pourraient être financés. Dans le viseur du collectif : la concentration croissante des médias et de la culture entre les mains d’un même groupe. "Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas", conclut la tribune, publiée à quelques heures seulement de l’ouverture des festivités sur la Croisette.
Les signataires établissent aussi un lien direct avec le climat politique français et les propositions du Rassemblement national concernant le démantèlement du CNC ou de l’audiovisuel public. Ils craignent, à terme, un paysage culturel où seuls certains récits ou certaines œuvres pourraient être financés. Dans le viseur du collectif : la concentration croissante des médias et de la culture entre les mains d’un même groupe. "Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas", conclut la tribune, publiée à quelques heures seulement de l’ouverture des festivités sur la Croisette.

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