Charline Vanhoenacker : "Je suis un gros caillou dans la chaussure de Cyril Hanouna"

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Charline Vanhoenacker : "Je suis un gros caillou dans la chaussure de Cyril Hanouna"
Charline Vanhoenacker
Charline Vanhoenacker © cc
La nouvelle animatrice de France Inter continue de se faire remarquer avec son billet matinal et s'installe l'après-midi avec son émission "Si tu reviens j'annule tout".

Charline Vanhoenacker s'est fait rapidement une place à France Inter. Depuis la rentrée, la Belge propose un billet désopilant tous les matins à 7h58. Elle revient à l'antenne neuf heures plus tard, pour présenter avec sa bande "Si tu écoutes, j'annule tout". En concurrence directe avec Laurent Ruquier et Cyril Hanouna, la jeune femme a déjoué les pronostics, réussissant même à battre Europe 1. Rencontre avec la figure de proue de France Inter.

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Propos recueillis par Benoît Daragon.

puremedias.com : Vous vous êtes rapidement imposée à France Inter. Vos premiers pas, vous les avez faits il y a peu de temps...
Je n'ai jamais frappé à la porte ni demandé à travailler ici. J'étais très heureuse à la RTBF. Pendant la dernière campagne présidentielle, Pascale Clark m'avait fait venir un matin dans "Comme on nous parle" parce que j'avais signé un article remarqué, intitulé "le Hollande Tour". J'y dénonçais la fascination des journalistes français qui suivaient le candidat et qui se voyaient déjà à l'Elysée. Je crois que Pascale Clark a aimé la franchise avec laquelle je parlais de cette connivence dont les gens n'osent jamais trop parler ici. En sortant du studio, je lui ai dit que je faisais de chroniques humoristiques sur la RTBF. En septembre 2012, elle m'a proposé de venir faire une chronique hebdomadaire dans son émission. Ca a duré un an. L'été qui a suivi, la direction m'a proposé de faire "Le Septante-Cinq minutes" avec Alex Vizorek. Je n'avais même pas encore fait le premier numéro qu'on m'a proposé de faire le "5/7" la rentrée suivante. Puis, cette année, je suis sur la matinale et on a lancé "si tu écoutes, j'annule tout" l'après-midi.

C'est allé vite ?
Oui, ça va très, très vite (rires).

Trop vite ?
Je ne sais pas... Je ne suis pas non plus le perdreau de l'année ! J'ai 37 ans et une dizaine d'années professionnelles derrière moi. Aller "trop vite" ça sous-entend que les prestations ne sont pas bonnes... Si le public répond présent, c'est que c'est le bon timing ! J'ai eu de la chance mais je n'ai pas le syndrome de l'imposture.

Vous êtes Belge et pourtant vos chroniques matinales se délectent des petits travers de la politique française. Ca vous fascine tant que ça ?
Oui ! J'ai été la correspondante de médias étrangers à Paris pendant presque 10 ans. Donc forcément, je maitrise la politique française jusqu'à Jean Lecanuet ! Mais j'ai été éduquée à ça car la Belgique francophone est très perméable aux médias français. En Belgique, tu appuies sur le premier bouton de la télécommande et tu es en France ! Quand j'étais gamine, je n'aimais pas les dessins-animés. Je préférais "Le Bébête show" de Stéphane Collaro ! Ca a été ma porte d'entrée avec la politique. Puis il y a eu "les Guignols de l'info", "Charlie Hebdo", etc...

Vous vous délectez surtout des petits travers de la classe politique... !
Je ne suis pas fan des chamailleries entre les politiques mais c'est dur de se marrer avec la loi Macron ! Pour s'amuser avec l'actualité, il faut toujours aller chercher les petits détails. Sarkozy à Tourcoing ça fait rire, car la ville n'est pas raccord avec le côté bling bling du personnage. On se dit qu'intérieurement, il se dit que ce ne sont que des bouseux...

"On m'a embauchée pour dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas !"

Vous êtes animatrice aujourd'hui ou vous vous considérez encore comme journaliste ?
Je fais un truc hybride. C'est journalistique, bien sûr, mais je ne vais plus sur le terrain. Je ressemble à ces éditorialistes qui ne bougent plus le cul de leur chaise (rires) ! Pour le billet de 7h58, je reste tout de même très collée à l'actualité et je m'inspire des journaux. C'est de l'humour mais il n'y a que des références à des faits réels.

Vos collègues de la rédaction de France Inter vous suggèrent des vannes ?
Non, personne ne me donne de conseils ! On m'a embauchée pour dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas ! J'ai, par exemple, pu flinguer le jury du Trombinoscope. Je voulais dénoncer le fait que ces journalistes puissent attribuer des prix. J'ai pu le faire car je ne fais pas partie du système, ce ne sont pas des gens que je fréquente et je n'ai pas besoin d'eux pour faire mon travail. J'imagine que ca aurait été plus difficile à faire pour un journaliste politique qui pourrait se voir couper l'accès aux informations.

Le soir en revanche, les sujets sont beaucoup plus légers !
"Si tu écoutes, j'annule tout" est la récréation de l'actu. Nos invités ne sont pas là pour leur promo - le côté "soupe" m'indispose - mais pour commenter l'actu avec nous. Mais, là encore, pour s'amuser avec l'actualité et être un peu mordant, il faut bien la connaître. Du coup, on leur suggère de lire la presse le matin pour pouvoir mieux intervenir. Au cas où, on leur prépare une petite revue de presse des sujets dont on va traiter qu'ils peuvent lire avant de rentrer dans le studio...

"On voulait réinsuffler de l'insolence à France Inter"

Comment avez vous choisi votre équipe avec Alex Vizorek ?
On voulait une bande pour réinsuffler de l'insolence et de l'irrévérence à France Inter. Vu de Belgique, j'avais l'impression que cette radio en manquait un peu ces dernières années. Mais il ne fallait pas être uniquement dans la rigolade. Entre des moments de rires avec Guillaume Meurice, on voulait pouvoir être sérieux en faisant découvrir une chanteuse syrienne grâce à André Manoukian ou un livre grâce à Clara Dupont Monod.

Votre case est très concurrentielle, avec Laurent Ruquier et Cyril Hanouna en face de vous. Et vous avez battu Europe 1 en novembre/décembre.
Je ne m'attendais pas à ce que ça arrive si vite ! Battre Hanouna n'était pas un objectif. J'avais conscience d'être devant deux gros blockbusters, dotés de moyens ahurissants, alors que nous nous sommes de petits artisans. On n'a ni flopée d'assistants, ni auteurs. On fait tout nous mêmes, à moins de dix ! Je n'avais aucune prétention et j'espérais seulement les chatouiller. Je souhaitais juste être un petit grain de sable dans la chaussure de Cyril Hanouna, et je suis finalement un gros caillou !

De nombreux politiques critiquaient les chroniques de Stéphane Guillon qui officiait au même horaire que vous. Vous avez eu des plaintes ?
Non aucun retour, à part quelques auditeurs qui sont heurtés quand je tape sur un parti qu'ils affectionnent. Mais ils doivent se consoler le lendemain, en s'apercevant que tout le monde en prend pour son grade ! Je sais juste que François Hollande, qui est venu dans la matinale début janvier, m'appelle "la petite Belge". C'est le seul retour depuis septembre ! Mais je ne cherche pas à en avoir ! Je retourne dans mon bureau dès ma chronique terminée (rires).

"Pourquoi est-ce que j'irais me faire chier en télé ?"

Souhaitez-vous rempiler l'année prochaine pour ces deux rendez-vous ?
Si on me propose de continuer, je continue. France Inter m'a confié une tranche, ce n'est pas pour me barrer au bout d'un an ! Ce serait aberrant d'avoir installé quelque chose et de partir après. Je fais une émission à laquelle je crois profondément, qui me ressemble, que j'ai construite. Ca n'aurait pas de sens d'abandonner ce bébé ! Ce jeu de chaises musicales dans les médias est quand même assez risible... On a l'impression que les gens sont interchangeables ! Vous marchez sur une station, du coup, une autre vous approche ! Pourquoi j'irais faire ailleurs ce que je fais déjà ici ?

Pour faire autre chose justement ! Participer à une émission que vous aimez regarder ou vous asseoir aux côtés de Léa Salamé chez Laurent Ruquier par exemple...
Pourquoi j'irais dans un truc que je n'ai pas créé avec un rôle qui ne convient pas ? Là, je suis la chef de bande d'une l'émission que j'ai conçue, j'y ai une liberté de parole totale ! Pourquoi est ce que j'irais me faire chier en télé où on passe plus de temps à se maquiller qu'à réfléchir ? Parler uniquement quand on m'autorise à parler, ça ne m'intéresse vraiment pas...

Lors de la soirée "Je suis Charlie" diffusé le 11 janvier sur France 2, vous avez fait un sketch où vous dialoguiez avec le prophète Mahomet. Une prestation mal perçue par certains... Vous assumez ce sketch ?
Je n'ai absolument aucun regret, j'ai même une certaine fierté. Je le revendiquerai jusqu'à ma mort (rires) ! Je ne changerai pas une virgule à ce que j'ai écrit car ce n'était pas provocateur. C'était le plus bel hommage qu'on pouvait rendre à "Charlie", aux victimes et à la liberté d'expression. Ce sketch a un sens très profond. Comme correspondante, j'ai couvert tous les procès des caricatures à la 17ème chambre correctionnelle et l'attaque contre le siège de "Charlie" en 2011. Je suis une lectrice assidue de "Charlie" depuis des années et je me sens une confraternité avec les dessinateurs que j'ai presque tous reçus dans l'émission. Le 7 janvier, quand c'est arrivé, ma première réaction a été de dire qu'il fallait réagir par l'humour. Il fallait être digne de leur courage. Avec Alex Vizorek et Guillaume Meurice, on s'est dit qu'une fausse interview du prophète était une bonne idée. On l'a fait une première fois chez Nicolas Demorand quelques heures à peine après l'attentat puis on l'a repris quelques jours plus tard sur France 2. On rigole de ceux qui ont mal lu le Coran avec un Mahomet qui se désole de la bêtise des djiadistes. C'était insolent, dans la ligne de "Charlie", mais c'était un message d'apaisement. Le droit au blasphème existe. On peut faire des blagues sur les religions tant que ça n'est pas de la provocation gratuite.

C'était important de continuer à rire pendant ces jours sombres ?
Des gens ont essayé de massacrer le rire. C'était fondamental de montrer qu'ils n'y arriveraient jamais. Il fallait être là, même si c'était évidemment dur à faire.

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