Des hommes et des dieux : L’Art de faire simple

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Des hommes et des dieux : L’Art de faire simple
Aidé par un cast dévoué entièrement à sa cause, Xavier Beauvois touche par sa pudeur et sa sincérité. En dépit d’une lenteur que le sujet lui impose, "Des Hommes et des Dieux" se révèle une pépite fragile, juste et opportune.

Un an après Jacques Audiard et son Prophète, Xavier Beauvois est venu présenter au printemps dernier son nouveau film au Festival de Cannes. Bien lui en a pris car, à l’instar de celui qui nous avait dépeint le milieu carcéral avec maestria, le réalisateur français est reparti de la Croisette avec le Grand Prix du Jury. Une récompense venue à juste titre souligner le talent d’un metteur en scène qui est parvenu à ne pas se laisser écraser par le poids de son sujet.

Sans artifice et avec une pudeur aussi élégante que sincère, le cinéaste a su s’effacer derrière le cœur de son histoire, celle tragique et véridique de ces moines français de Tibhirine enlevés et assassinés dans les années 1990 alors qu’ils vivaient en harmonie avec leurs frères musulmans dans les terres algériennes.

Plans contemplatifs, longs silences. Beauvois ne rate pas les figures imposées.



En ces temps où certains réalisateurs tentent de provoquer une crise d’épilepsie aux spectateurs en multipliant des plans qui n’excèdent pas les deux à trois secondes, Xavier Beauvois a choisi de prendre tout le monde à contre-pied. Alors même s’il est évident qu’on ne dépeint pas à l’écran le quotidien de huit moines dans leur monastère de la même manière qu’on raconte le raid d’une troupe de soldats plongée dans un conflit en Irak, le réalisateur français a eu l’intelligence de ne jamais trahir la ligne de conduite qu’il s’était fixée. Les longs silences et les plans contemplatifs pourront en dérouter certains. Mais ils sont les figures imposées par le sujet-même, celles que ne devait pas rater Xavier Beauvois, même s’il risquait de perdre un peu le grand public. En restant fidèle à l’histoire et la vie de ces moines, il ne pouvait exister plus bel hommage.

Si la mise en scène demeure d’une brillante simplicité, que dire alors de celle des interprètes ! Tous les comédiens semblent avoir été touchés par la puissance émanant de ces hommes dont la vie paisible était bercée par les prières et le recueillement. Les charismes respectifs de Lambert Wilson et Michael Londsale apportent une dimension supplémentaire à leurs personnages. Les deux comédiens portent ce film avec une générosité qui traverse l’écran. Comme les hommes dévoués à Dieu qu’ils incarnent, ils se sont dévoués corps et âmes à la cause de leur réalisateur. Il fallait au moins leur talent pour être à la hauteur de ce sujet fragile.

Jamais personne n’aura ainsi sublimé la musique du "Lac des Cygnes" de Tchaïkovski



Bien qu’on puisse reprocher à Xavier Beauvois de ne pas avoir assez approfondi le conflit entre les moines et leurs ravisseurs, ainsi que les raisons de leur folie, on comprendra sans mal que le réalisateur français a préféré se concentrer sur la foi et le courage de ces moines. Il n’esquisse pas la vie de ces hommes, mais nous l’expose dans son immense simplicité. Qu’ils prient, qu’ils travaillent dans leur jardin, qu’ils mangent, qu’ils se rendent en ville, qu’ils se recueillent. Rien ne nous échappe. Et quand le mal vient frapper à leur porte et que la peur dans leurs yeux vient leur saisir le cœur, on reçoit leur douleur en plein visage. La peur de ces hommes, face à la bêtise de certains excusant leur folie au nom de leur religion, devient presque la nôtre. Les longs discours ne sont pas le propre de Xavier Beauvois. Tant mieux, sa mise en scène parle pour lui.

Avec Des Hommes et des Dieux, le réalisateur ne touchera peut-être pas tous les spectateurs avec la même puissance. Mais un plan, un seul, les mettra tous d’accord. Celui dans lequel les huit moines sont réunis autour d’une même table en écoutant la musique du Lac des Cygnes tandis que la menace se fait de plus en plus présente au-dessus de leur tête. Pendant plusieurs minutes, Xavier Beauvois filme l’expression de leur visage, la douleur dans leurs yeux qu’effacent rapidement leur sourire et la sérénité d’être ensemble en dépit du destin qui les attend. Jamais personne n’aura sans doute sublimé ainsi la célèbre musique de Tchaïkovski. Beauvois nous offre ce plan en guise de leçon de cinéma. Et cette musique résonne encore en nous, longtemps après le dernier plan dans lequel on découvre les moines disparaître dans la brume, condamnés à leur sort. Saisissant.

Jacques Audiard
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