Katie Melua : "La célébrité a remplacé la religion"

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Katie Melua : "La célébrité a remplacé la religion"
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Entretien avec la chanteuse britannique, à l'occasion de la sortie de son quatrième album "The House".

Katie Melua
C'est lundi dernier qu'est sorti "The House", le quatrième album de Katie Melua. La chanteuse britannique, née en Géorgie, est l'une des plus grosses vendeuses de disques en Europe depuis 2006, et a collectionné les disques d'or et de platine avec ses albums "Call off the Search", "Piece By Piece" et "Pictures". Elle a même trouvé le temps d'entrer dans le Livre des records pour son concert sous la mer, enregistré en 2006.

Récemment de passage à Paris, Katie Melua a accordé un entretien à Ozap. La jeune femme, âgée de 25 ans, en dit plus sur ce nouvel opus, pas forcément si révolutionnaire que certains le présentent, même s'il est produit par William Orbit. Elle revient sur son image de chanteuse pour personnes âgées, et explique son enfance difficile, avant d'évoquer sa célébrité, et la célébrité en général, dans un monde où la gloire a remplacé la religion. Entretien.

« Les gens ne savent rien de moi »



Avant qu'on commence l'interview, tu t'es présentée à moi et tu m'as dit que même si je te connaissais, je ne te connaissais pas... Que dois-je savoir sur toi que les gens ne savent pas déjà ?

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Tout ! C'est évident. Si je rencontre quelqu'un que j'admire ou dont j'admire le travaille, ou que je n'aime pas d'ailleurs, je sais très bien que je ne rencontre jamais la personne telle que j'en ai entendu parler. C'est toujours un étranger. Comme je regarde les gens de cette façon, je suppose que les gens me voient également comme ça.

Mais quelle image penses-tu que les gens ont de toi ?
Ce n'est pas vraiment important.

Tu te moques de ce que les gens pensent de toi ?
Oui... Parce que dans le passé, quand j'y ai fait attention, soit ça me rendait trop heureuse, soit au contraire, ça me minait. Donc aujourd'hui, j'en suis arrivé à la conclusion que ce n'est pas important. Tant que je peux faire la musique que j'aime et il y a des gens qui aiment ça, ça veut dire que je peux continuer à la faire. Donc je suis heureuse.

« Je savais que collaborer avec William Orbit serait intéressant »



En parlant de musique... Comment as-tu travaillé sur ce nouvel album ?
J'ai passé toute l'année dernière à écrire des chansons. Quand on a eu à peu près 12 chansons, mon manager en a envoyé 4 à William Orbit. On ne savait pas qu'il était plus ou moins à la retraite en à l'époque.

C'est toi qui l'as choisi, ou c'est ton management qui l'a choisi ?
Il était l'un des producteurs auxquels le label voulait envoyer des titres. La raison pour laquelle il était la bonne personne, c'est d'abord parce qu'il a reçu des chansons comme "The Flood" ou "A Happy Place", des titres un peu uptempo, mais aussi des chansons plus sombres de l'album, comme "I'd Love to Kill You". Et il a répondu qu'il voulait vraiment travailler sur l'album. Et le titre qui l'a le plus marqué, c'est "I'd Love to Kill You", qui est un titre acoustique. Je savais que ça allait être intéressant, parce que William est surtout connu pour ses titres dance... Je me suis lancée là-dedans avec lui parce que je ne voulais pas, encore une fois, faire comme si je le connaissais ou que je connaissais son travail, car ce n'était pas le cas. Mon choix s'est porté sur lui grâce à l'expérience que j'ai vécue en le rencontrant, quand on a parlé musique et de ce qu'il voulait faire.

Pourquoi avoir appelé l'album "The House" ? Juste parce qu'il y a une chanson qui s'appelle comme ça ?
Oui, mais cette chanson est importante, conceptuellement parlant. C'est une sorte de voyage dans l'esprit. C'est comme partir à l'aventure, sans avoir peur des parties les plus surprenantes de votre être. C'est un peu comme quand on se regarde très fixement et intensément dans le miroir. Tu l'as déjà fait ? Je le faisais sans cesse quand j'étais petite. Tu te regardes, et tu te dis « qui suis-je, qui suis-je, qui suis-je » ? ET puis tu te mets à flipper. Tu l'as déjà fait ?

Euh... non ! (Rires) Tu connais d'autres gens qui l'ont déjà fait ?
Oui !

Ah, c'est peut-être moi qui suis bizarre alors... !
Non, non, je sais bien que tout le monde ne le fait pas !

J'essaierai à l'occasion... !
OK, très bien ! Et c'est un peu ça cette chanson. Si vous vous détendez et que vous la laissez vous emporter... Je ne sais pas, en tout cas, ça me le fait à moi. Je ne sais pas si ça marchera sur d'autres personnes.

« Je ne trouve pas que l'album soit foncièrement différent »



Katie Melua

Tes trois premiers albums ont été présentés comme une trilogie. Après, tu étais sensée arrêter de travailler avec Mike Batt. Mais en fait tu ne l'as pas vraiment fait, puisqu'il a co-écrit un titre pour le nouvel album...
Non je n'ai pas arrêté. Je voulais arrêter la façon qu'on avait de travailler. Avant, Mike écrivait beaucoup de titres et produisait mes albums. Là, on s'est mis d'accord tous les deux pour qu'il y ait un autre producteur. Mais c'est toujours lui mon manager. C'est pour ça que les gens n'ont pas vraiment compris car, quand j'ai dit ça, ils ont cru que j'avais décidé de complètement arrêter ma collaboration avec lui, alors que ce n'est pas du tout le cas. C'était un accord mutuel. Il allait toujours rester mon manager car c'est un putain de manager, et un incroyable patron de label ! Mais le processus créatif n'allait pas être le même cette fois. C'est le premier de mes albums où il y a différents auteurs, compositeurs, mais un seul et même producteur.

Ton nouvel album a été présenté comme une évolution, comme quelque chose de très différent. Pourtant, mis à part quelques sons électro, on a le sentiment que ça reste dans la veine de ce que tu as fait auparavant...
Je suis contente que tu dises ça. Je suis d'accord avec toi. Je suis surprise de voir que les gens pensent que c'est différent. Je pense que ce sont les journalistes qui disent ça, car la maison de disques ne pense pas que c'est si différent. Je ne le pense pas non plus. C'est juste une évolution. Peut-être, quand les gens écoutent le premier single, ils se disent que l'album sera très différent, car il y a un gros changement de rythme au milieu et qu'il y a des choeurs, et que je n'ai jamais eu de choeurs auparavant sur mes albums. Donc je comprends pourquoi ils peuvent dire ça. Mais non, le but de cet album était de combiner le côté acoustique, la façon plus traditionnelle que j'ai de faire de la musique, et le côté plus moderne, plus futuriste. Et c'est vraiment cette combinaison. Les gens voient ce qu'ils veulent voir, mais tu sais, tout ce qu'il y a dans ce monde n'est jamais vraiment exactement ce qu'il y parait. C'est toujours en fonction de la personne qui regarde.

Justement, ton album est une sorte de compromis, du coup... Dans quelle mesure est-il "pragmatique" ? As-tu du faire certaines choses pour ne pas perdre un public acquis ?
Pas du tout. La musique, pour moi, c'est instinctif et naturel. Je préfère suivre mon instinct plutôt que trop penser. Je préfère quand la musique vient du coeur et... des tripes. C'est pour moi la meilleure façon de faire de la musique. Donc j'avais juste envie de faire tout ça.

« Je m'en fiche un peu de qui écoute ma musique »



Tu as souvent été présentée comme une jeune artiste qui faisait de la musique pour un public âgé. Michael Bublé m'a confié qu'il avait l'impression de rajeunir à chaque album, que son label lui avait clairement dit qu'ils le marketeraient pour les grands-mères, mais qu'il pouvait aujourd'hui se permettre de s'adresser à un public plus jeune. As-tu l'impression que c'est quelque chose que tu peux faire maintenant que tu es plus "libre" ?
(Silence) Ma grand-mère a été la première à me dire de faire de la musique avec mon coeur. Donc je pense que les grand-mères sont importantes. Peut-être que quand j'étais plus jeune, je trouvais ça frustrant et "pas cool", mais maintenant je pense que l'opinion des grands-parents est très importante. Je trouve que le monde d'aujourd'hui est obsédé par la jeunesse, et je n'aime pas ça. Et c'est aussi en rapport avec mon enfance, je pense. J'ai grandi en Géorgie, avec la guerre civile. Je devais aller chercher de l'eau dans le jardin, faire la queue à la boulangerie pour n'avoir droit qu'à un seul bout de pain... Quand je parle de mon enfance avec des amis de mon âge... on a des enfances totalement différentes. Mais quand je rencontre des grands-parents par exemple, leur enfance ressemble beaucoup plus à la mienne. Donc je m'en fiche un peu de qui écoute ma musique. L'esprit reste toujours jeune, peu importe l'âge qu'on a.

Mis à part "Closest Thing To Crazy" et "Nine Million Bicycles", tu n'as pas eu de véritable hit. Tu es ce qu'on appelle en Angleterre une artiste à albums. Comment expliques-tu cela ?
Je pense que c'est parce que ma musique n'avait pas vraiment de beat, auparavant. Et ça marche comme ça. Les radios aiment les chansons qui ont un beat, un rythme. Et moi j'ai tendance à me concentrer complètement sur les paroles et la mélodie quand je fais de la musique. Je pense que c'est pour ça.

Et pourtant, tu as réussi à vendre des millions d'albums sans le soutien des radios...
Oui bien sûr. Et je pense que c'est bien.

« La célébrité à pris la place de la religion »



Katie Melua
On ne t'a jamais vue dans la presse à scandale, du moins en France. Tu es timide, tu ne sors jamais, tu te caches ?
Non je ne sors pas beaucoup. Et quand je sors, c'est plus dans des endroits "underground", où il n'y a pas la presse. Je traîne plus avec des musiciens et pas des célébrités. Et les musiciens n'aiment pas vraiment être suivis par les paparazzi... Moi non plus d'ailleurs ! Et je pense que si je suis aussi absente des tabloïds, c'est parce que j'ai eu cette attitude dès le début. Je ne veux pas être condescendante envers les célébrités qui sont poursuivies par les paparazzi, mais je pense qu'ils sont dans cette situation parce qu'ils ne savaient pas, au début... ou alors ils voulaient être célèbres, et ça implique les photos. Moi, je ne voulais pas vraiment être célèbre, mais je voulais réussir en tant que musicienne. Et pour moi, il y a une différence.

A propos des célébrités, je lisais un article récemment sur Cheryl Cole, la femme qui inspire le plus les Anglais. Le journaliste était effaré que les gens la trouvent incroyablement courageuse juste parce qu'elle a survécu à l'infidélité de son mari, alors qu'il y a 50 ou 100 ans, les héroïnes des petites filles étaient les premières femmes exploratrices, médecins, scientifiques... Qu'en penses-tu ?
Je sais qu'on vit dans un monde où la célébrité à en quelque sorte pris la place de la religion. Je trouve ça triste qu'ils s'attaquent à Cheryl Cole en particulier.

Le journaliste était assez sympa avec elle dans l'article, mais il pointait du doigt cette célébrité...
Oui, il voulait sans doute faire un état des lieux de la société... Je pense qu'on vit dans le monde dans lequel on vit, c'est comme ça, ça ne sert à rien de s'indigner parce que les gens sont moins intéressés par des activités intellectuelles. Ce n'est pas si grave. On peut vivre dans un monde un peu insouciant. Les gens se divertissent comme ça. Et on peut voir les choses différemment : il y a tellement de mauvaises choses qui se passent dans le monde que les gens s'échappent un peu dans ce monde de paillettes. On peut dire aussi que les célébrités ont remplacé les contes de fées. Avant, les gens rêvaient de contes de fées. Maintenant ce sont les célébrités qui les font rêver. Mais c'est la même chose. Ce sont des contes de fées, ce n'est pas vraiment réel.

« Ils trouveront bien un vieux dossier sur moi un jour... »



Tu n'es pas une célébrité mais tu es quand même célèbre. Penses-tu avoir une certaine responsabilité à être un modèle ? Penses-tu être un modèle ?
Je ne sais pas si j'en suis un. Comment le savoir ? Qui peut me le dire ?

Je ne sais pas... Est-ce que tu as déjà croisé une petite fille dans la rue qui t'a dit « je veux être comme toi » ?
J'ai croisé des musiciens qui ont commencé à jouer de la guitare en me voyant jouer. Et je trouve ça très cool. Mais je ne pense pas avoir de responsabilité. Parce que, comme je t'ai dit au début de l'interview, on ne peut pas être dans une position où on contrôlerait complètement qui on est en public. On peut le faire un peu, mais pas beaucoup. Ils trouveront bien un vieux dossier sur moi un jour... Que veux-tu y faire ? Et je ne peux pas m'arrêter de vivre à cause de ça. La seule personne envers qui j'ai une responsabilité, c'est moi !

Tu es plus une artiste à albums qu'à singles. Aujourd'hui les gens peuvent télécharger juste une chanson sur iTunes. Penses-tu que ça a un impact sur l'intégrité de ton travail ?
C'est un sujet si vaste et important... Si ça veut dire qu'on télécharge gratuitement plutôt que d'acheter la musique... évidemment ça tue l'industrie de la musique - ou le côté "business" de cette industrie. Pour ta question... est-ce que ça aurait l'air étrange si je dis que je suis comblée par ma musique ?

Ca t'est égal que les gens la "consomment" ou pas ?
Oui... J'ai été comblée par ma musique au moment ou je l'ai créée. Et je suis comblée à chaque fois que je la délivre sur scène. Les gens font ce qu'ils veulent, je ne peux pas leur dire quoi faire ! Ils peuvent même la manger s'ils veulent. Ils ont la liberté de faire ce qu'ils aiment, comme moi j'aime avoir cette liberté.

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