Yves Camdeborde : "J'ai refusé de participer à Top Chef"

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Yves Camdeborde : "J'ai refusé de participer à Top Chef"
Yves Camdeborde, juré de "Masterchef"
Yves Camdeborde, juré de "Masterchef" © TF1 - Chevalin
Entretien avec l'un des trois membres du jury de "Masterchef", la nouvelle émission culinaire que TF1 lancera ce soir. Il revient sur son expérience, ses réserves et ses craintes quant à l'émission.

Ce soir, TF1 entrera dans l'arène de la télévision culinaire. La chaîne lancera en effet son grand concours Masterchef, adaptation d'un format britannique diffusé un peu partout dans le monde. Aux commandes de cette émission, Carole Rousseau, mais aussi un jury de professionnels : les chefs Yves Camdeborde et Frédéric Anton, ainsi que le critique gastronomique Sébastien Demorand.

A l'occasion du lancement de Masterchef, Yves Camdeborde a accordé un entretien à Ozap. Il revient sur la comparaison entre Top Chef sur M6 et Masterchef, et explique pourquoi il a refusé l'offre de M6 de faire partie du jury de son émission. Il évoque également ses craintes quant à son image et au montage de l'émission, sa peur de faire peur aux candidats, pas forcément préparés à l'atmosphère tendue des cuisines, ou encore ce qui pourrait l'empêcher de participer à une deuxième saison de l'émission.

« J'ai accepté pour transmettre »



Pourquoi avoir accepté Masterchef, et comment ça s'est présenté à vous ?
C'est le producteur de l'émission qui m'a contacté pour me demander si ça m'intéresserait de participer à une émission autour de la gastronomie. Je lui ai dit "pourquoi pas". Pourquoi je dis ça, parce qu'il y avait une hésitation, je voulais continuer à faire mon métier. Donc je lui ai demandé comment ça allait se passer. Il m'a simplement dit "C'est pas compliqué, tu fais ce que tu fais au quotidien, c'est-à-dire le comportement que tu as avec tes employés, c'est ce qu'on te demande avec des amateurs". Il faut donc un jugement, dire si c'est bien ou non, ne pas faire comme ça. Donc je continue mon métier, je continue la transmission. Donc j'ai dit "on y va !".

Frédéric Anton, qui fait partie du jury avec vous, a été contacté pour faire partie du jury de Top Chef, l'émission que M6 a diffusée plus tôt cette année. C'est votre cas aussi ?

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Oui, tout à fait. Et j'ai dit non, parce que je ne voulais pas le faire avec des professionnels. Ca m'évitait d'être confronté à des candidats que j'aurais croisés dans ma vie professionnelle, parce que je commence un peu à avoir de la bouteille, et que j'ai croisé pas mal de gens. Donc ça aurait été plus difficile d'avoir un jugement honnête et précis vis-à-vis des gens avec qui j'avais travaillé. Et il s'avère qu'un des candidats de Top Chef, je l'ai eu deux ans avec moi pendant un projet. Je ne voulais surtout pas me trouver en porte-à-faux. Mais j'ai trouvé l'émission de M6 très belle. Pour nous, les cuisiniers, c'était très beau.

Vous aviez peur, à un moment, de ne pas trouver chez les amateurs le même niveau de cuisine que chez les professionnels, et de ne pas avoir le même niveau de satisfaction en tant que juré ?
C'est une très bonne question, parce que la vraie inquiétude qu'on a eue tout de suite, c'est de savoir si en trois mois, on va être capable de faire évoluer des gens habitués à une cuisine assez roborative, non professionnelle, et de toucher l'excellence de notre profession. C'était la vraie question qu'on s'est posée, et on a été très vite rassurés. La production nous a dit qu'on allait passer beaucoup de temps avec les candidats, travailler avec eux, et les faire progresser. Donc c'était un challenge hyper intéressant, de prendre des amateurs et de les amener à leur projet.

Vous avez un peu été leur mentor, en fait...
Oui, tout à fait.

Vous avez donc été plus que des jurés ?
Oui, on n'était même pas jurés, très rapidement on ne se sentait plus comme dans une émission de télé. On a fait ce qu'on aurait fait dans une école de cuisine, on a eu exactement le même comportement.

« Je ne suis pas capable de tenir pendant trois mois avec un personnage »



Sur l'aspect télé de la compétition, justement, est-ce que vous avez eu peur de cette médiatisation, du fait que vous alliez devenir une personnalité médiatique, et aussi du fait que l'émission implique des coupures, un montage, et qu'on n'allait peut-être pas vous voir exactement tel que vous êtes ?
On s'est posé cette question, bien sûr, mais après, c'est une question de confiance. On a rencontré la production, la chaîne, qui nous a dit qu'évidemment, ils n'avaient aucun intérêt à nous faire passer pour des idiots ou des caricatures de cuisiniers. Ils voulaient filmer la réalité, et s'ils nous ont choisi, c'est parce qu'on est totalement naturels. Je ne suis pas capable de tenir pendant trois mois avec un personnage. Je vais vous le tenir cinq minutes, mais à un moment donné...

Et le fait de formuler vos critiques différemment, de faire attention à ce que vous dîtes... ?
Non, non, non. Et après le métier a beaucoup évolué. Le cuisinier gueulard, grossier, c'est une caricature qui date de 20 ans, même si le métier reste quand même d'une dureté verbale, et on va la voir. C'est la réalité, donc ça ne me dérange pas. On ne dit pas "s'il te plaît, tu peux me faire ça comme ça", on dit "tu le fais comme ça", parce que quand on le fait comme ça, ce sera meilleur. Et le but, c'est quoi ? Que ce soit bon. Si vous voulez faire bon, il faut faire comme ça. Notre métier, il est rigoureux, et ça ne me dérange pas du tout qu'on montre ça.

Comment vous décririez-vous en tant que juré, peut-être par rapport à vos deux camarades ?
En tant que juré, je ne me définirais pas. C'est une question que je ne me suis pas posée du tout. Je suis resté dans mon registre, je ne me suis pas demandé comment il fallait que je sois. D'ailleurs j'ai refusé de voir les rushes, je ne voulais pas me dire "On te voit comme ça, il faut changer ça...". Je suis resté naturel, je n'ai pas voulu me compliquer.

« On a travaillé dans des conditions exceptionnelles »



Si vous avez fait la même chose que ce que vous faites au quotidien, est-ce qu'on peut tout de même dire que l'expérience vous a changé ? Que vous vous êtes découvert de nouveaux côtés ?
Non, ça ne m'a pas changé, non. Mais ça m'a laissé des bons souvenirs. On a passé plus de trois mois dans des conditions de travail... L'inquiétude, d'ailleurs, avant de dire oui, mon entourage me disait "Fais gaffe, la télé, les pressions, tout ça". Mais on a eu des conditions de travail surréalistes. On disait "je veux tel produit, telle matière première, ça je veux qu'on le change", et c'était fait. Même dans mon entreprise, je ne peux pas me permettre de faire ça. C'était des conditions exceptionnelles, des gens qui ont été fabuleux. Les deux autres jurés, je ne les connaissais pas personnellement, mais on a développé une vraie connivence, c'était fabuleux. Et puis Carole Rousseau, pareil. Je n'ai jamais fait de télé de ma vie, c'est une animatrice d'une gentillesse incroyable. On n'a jamais eu de pression, c'était toujours très facile de parler entre nous.

Et les candidats ?
Le plus beau, ce sont les candidats. Ils m'ont donné beaucoup, dans le sens où on a été très satisfaits dans une grande majorité. On les a prévenus : on va vous faire travailler, et il va y avoir de la pression. Vous voulez être cuisiniers, pourquoi pas ? Vous voulez monter un restaurant, pourquoi pas ? Mais il y a le dur labeur quotidien, et on ne vous fera aucun cadeau. Il y a des situations où ça a été chaud. On en a vu qui se transformaient physiquement, parce qu'on n'a pas été tendres avec eux, parce qu'on voulait atteindre la qualité qu'on voulait.

Au niveau de la gestion des émotions des candidats, est-ce que ça a été difficile ? Quand vous travaillez avec des apprentis chefs, ils sont un peu préparés à la dureté du métier, mais pas les amateurs... Vous aviez peur de leur faire peur ?
Complètement. C'était très compliqué de leur faire réaliser qu'on n'était pas violent mais que c'est comme ça que ça se passe dans le métier. Je pense qu'il y a des candidats au départ qui ont été saisis.

On entend beaucoup qu'il y a eu des larmes. Comment vous gérez ça ?
Oui, il y a eu beaucoup de larmes, c'est vrai. On a eu des larmes de plaisir, mais aussi de douleur. Le plus compliqué, le truc qui m'a vraiment pris les trips, c'est que c'est un concours, ce n'est pas un contrôle continu. Donc quelque part, nous, techniquement, on voyait tel ou tel candidat qui travaillait bien, et d'autres moins. Mais quand on donne un thème et que le bon, qui a la dextérité, la touche, le feeling, quand lui se plante, qu'on est face à son plat, et que face aux autres, c'est minable... On doit lui dire "désolé, tu pars", alors qu'il sait, parce que ça se sait, au bout de trois mois, qu'il est bon. Ca, ça a été très, très dur, et compliqué, émotionnellement pour nous. D'autant que certains, on sait bien qu'ils s'en foutaient de gagner, ils voulaient rester une semaine de plus pour continuer à apprendre quelque chose. Quand on leur disait au revoir, après, on se cachait dans les loges ! Parfois les autres candidats, qui restaient, pleuraient ! C'était vraiment très fort en émotion.

« Si je ne me retrouve pas dans l'émission, je ne suis pas sûr de participer à une saison 2 »



L'émission arrive ce soir sur TF1, est-ce que vous êtes impatient de voir comment ça va être reçu par le public ?
Moi, je suis déjà content d'avoir vécu l'aventure. Et c'est déjà important. Je préfère - même si je ne le souhaite pas - que ça ne marche pas et que j'ai apprécié l'aventure, plutôt que se taper quatre mois de galère et que ça marche. Ca ne me plairait pas. Mais oui, je suis impatient. Il y a une émotion, un peu d'appréhension.

Est-ce que demain, à 9h, vous attendrez avec impatience les audiences ?
Non, non. Non, moi ce que je veux, c'est que les gens voient que j'ai transmis, qu'ils voient qu'on a donné, qu'on a fait évoluer des candidats partis de très bas...

Et si ça marche bien, vous êtes partant pour une deuxième saison ?
Ca peut très bien marcher, mais si je ne me retrouve pas dedans, je ne suis pas sûr. Il faut que je voie la transmission. Dans ce cas, ce sera oui. Je reste cuisinier, c'est mon métier, et si c'est ce qu'on voit, alors oui.

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