Victor Anclin-Zanotelli pensait avoir laissé cette nuit derrière lui. Le 13 novembre 2015, il faisait partie des onze otages retenus dans un couloir du Bataclan par deux terroristes. Une épreuve marquée par une fausse exécution qui l’a profondément traumatisé. Près de dix ans plus tard, il apprend – en découvrant la sortie de "Des vivants "sur France 2 – que cet épisode a été reconstitué à l’écran. Sans qu’on ne l’ait jamais prévenu.
"J’ai été mis devant le fait accompli", dénonce-t-il dans "Le Républicain Lorrain". "J’ai une scène jouée par quelqu’un, qui me dépeint en train de me faire tirer dessus. C’est une scène qui m’a marqué, qui m’a traumatisé. Et là, quelqu’un me l’impose. On ne fait pas ça."
Victor, qui n’a jamais souhaité médiatiser son histoire – à l’exception d’un témoignage anonyme en 2020 – dit avoir été "surpris" puis "choqué" en apprenant que son expérience avait été utilisée. "Je voulais être loin de ça, et finalement on m’y replonge. Ce n’est pas normal."
Il réclame aujourd’hui un geste clair : "Un mot. Un mea culpa. L’erreur est humaine, mais il faut le reconnaître publiquement. Que les gens sachent que ça n’a pas été bien fait." Sa demande est simple : "des excuses pour moi, pour ma famille" et le retrait de son personnage de la série. "J'aimerais qu'on me supprime de la série. On ne m’a pas demandé, je n’ai rien à y faire".
Contacté par "Le Républicain Lorrain", le réalisateur Jean-Xavier de Lestrade reconnaît une faute. "C’est une vraie erreur de ne pas l’avoir fait avant la mise en ligne de la série", confie-t-il. Il dit avoir présenté ses excuses à la mère de Victor et avoir envoyé un courrier au rescapé. Tout en rappelant que la série ne révèle pas son identité, il reconnaît un manquement : "Ce n’est pas bien et je le regrette".
L’affaire intervient dans un contexte déjà sensible autour de la série, qui retrace minute par minute la nuit du 13 novembre. La décision de tourner certaines scènes dans la salle du Bataclan a suscité malaise et colère chez plusieurs victimes, une critique relayée notamment par l’association Life For Paris. Son président, Arthur Denouveaux, a jugé que ces choix pouvaient "brouiller la frontière entre fiction et réalité" et raviver inutilement des blessures.

player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2