L'annonce officielle est tombée ce lundi : France 2 a annoncé la diffusion, ce jeudi 27 novembre, d'un nouveau numéro de "Complément d'enquête", consacré à la chaîne d'information en continu du groupe Canal+ et intitulé "Des infos ou désinfo ? La méthode CNews". L'enquête, signée Lilya Melkonian, Swanny Thiébaud et Pierre-Louis Devais, devait être suivie de l'entretien traditionnel mené par Tristan Waleckx dans les célèbres fauteuils rouges du magazine.
Selon "Le Parisien", c'est Élisabeth Lévy qui avait accepté de venir défendre la chaîne. Mais la directrice de la rédaction de "Causeur" ne s'est finalement pas présentée au rendez-vous fixé mardi, à 15 heures, au siège de France Télévisions. Auprès du Parisien, elle confirme avoir "planté" Tristan Waleckx deux heures avant l'enregistrement. Cela faisait plusieurs jours que le présentateur souhaitait lui donner la parole à l'issue de ce numéro très attendu. Et plusieurs jours qu'elle avait donné son accord. Mais dans la matinée, après des échanges tendus, la direction de CNews ainsi que Pascal Praud eux-mêmes "l'exhortent" à renoncer.
"J'avais accepté d'y aller la semaine dernière, avant que France Télévisions n'assigne CNews pour dénigrement. Ce matin, la direction de la chaîne m'a indiqué préférer qu'aucun collaborateur de CNews ne participe à cette émission, en raison de cette plainte" explique-t-elle. Sollicités également : Sonia Mabrouk, Christine Kelly, Gauthier Le Bret et Serge Nedjar, qui ont tous décliné. Pascal Praud, malgré la promesse d'une interview enregistrée "dans les conditions du direct", a lui aussi fini par dire non.
"La direction de la chaîne ne me l'a pas interdit mais elle m'a fait valoir qu'elle n'y était pas très favorable", assure-t-elle. "C'est une question de loyauté : quand je m'exprime à titre personnel, ma liberté de parole est totale (...) En revanche, je ne peux pas parler au nom d'une collectivité qui a décidé de ne pas s'exprimer" se défend-elle. "J'aurais été perçue comme une porte-parole sans en avoir la légitimité." Elle revendique pourtant une position personnelle opposée : "Je pense qu'il est toujours préférable d'aller au conflit", disant aimer "la bataille des idées" et regrette de ne pas pouvoir répondre aux "attaques calomnieuses" qu'elle prête à France 2. "Mais apparemment, j'étais la seule à être contre la stratégie du fauteuil vide".
Elle affirme comprendre l'argument de CNews : "On ne peut pas nous attaquer devant les tribunaux et nous promettre un débat serein". Elle conclut en relativisant l'incident : "On a eu une divergence d'appréciation, c'est la vie. Le reste, ce sont des histoires de boutique sans intérêt". Reste désormais un casse-tête pour la production du magazine : trouver un visage de CNews prêt à réagir à l'enquête avant jeudi soir. Le risque, pour la chaîne info, est de voir France 2 se tourner vers un interlocuteur critique ou extérieur, comme ce fut le cas pour le rappeur Booba, interviewé après un numéro sur Cyril Hanouna.
Ce numéro intervient dans un climat particulièrement électrique. Ce mardi 25 novembre, s'est ouverte à l'Assemblée nationale une commission d'enquête parlementaire sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l'audiovisuel public, réclamée par Éric Ciotti. Cette enquête politique survient après l'affaire Legrand/Cohen, qui a opposé frontalement les médias publics et ceux de la galaxie Bolloré. Dans les prochains jours, les dirigeants de France Télévisions et Radio France, ainsi que des journalistes comme Patrick Cohen, Élise Lucet ou Léa Salamé, seront auditionnés, tout comme de nombreux producteurs et la ministre de la Culture, Rachida Dati.
Le timing de diffusion de ce "Complément d'enquête" interroge jusque dans les couloirs du service public, une semaine seulement après que France Télévisions a assigné CNews, Europe 1 et Le "JDD" pour dénigrement. Certains observateurs voient dans cette programmation un choix délicat. L'enquête de France 2, annoncée dès début 2025, promet documents internes, témoignages et analyses sur les "obsessions" éditoriales de la chaîne, ainsi que sur les consignes données aux journalistes en pleine campagne présidentielle. Faute de figure centrale de CNews acceptant d'affronter les questions de Tristan Waleckx, le fauteuil restera-t-il vide ?

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