La passe d'armes reprend de plus belle entre l'Elysée et les médias du groupe Bolloré. Dernier différent en date, la volonté d'Emmanuel Macron de réguler l'information sur les réseaux sociaux et les sites d'information. À Arras, lors d’un "Face aux lecteurs" avec "La Voix du Nord", le président de la République a prôné la mise en place d'un label professionnel, censé garantir leur fiabilité et contrer la désinformation émanant de ceux "faisant de l’argent avec de la pub personnalisée". Mais cette idée n'est pas du goût de Pascal Praud, lequel a exprimé sa désapprobation dans son éditorial matinal, le lundi 1er décembre. Le présentateur vedette de CNews a ainsi fustigé d’instaurer un tel tampon, taclant "la tentation autoritaire du président". "J’imagine les services de l’Élysée dictant aux uns et autres ce qu’il faut dire et comment il faut penser", a développé l'animateur, allant jusqu'à proposer un nom pour ce nouveau service de communication : la Pravda.
La riposte de l'Elysée n'a pas tardé. En début de soirée, les services de l'Etat major ont repris le billet d'humeur de Pascal Praud en le tournant en dérision sur les réseaux sociaux. "Pravda ? Ministère de la vérité ? Quand parler de lutte contre la désinformation suscite la désinformation", lance ainsi le Château aux équipes de CNews. La publication de l’Elysée démarre par une compilation des propos tenus à l’antenne, avec en lettres capitales surplombant l’extrait, la mention "Attention fausse information". S’ajoutent à ce montage les critiques du président du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, de son homologue des Républicains, Bruno Retailleau, et du président de l’AMF et maire de Cannes, David Lisnard, tous les trois dressant un parallèle avec le "Ministère de la Vérité" du roman "1984" de George Orwell.
La présidence a tenu à mettre les points sur les "i" en rediffusant à la fin du clip la prise de parole exacte d'Emmanuel Macron sur cette "labellisation des médias". "Ce n’est pas l’État qui doit vérifier. Si c’est l’État qui doit vérifier, là ça devient une dictature. Mais il faut faire que les journalistes garantissent à leurs lecteurs que, eux ont vérifié (une information, ndlr) avec une déontologie, dont ils sont les garants entre eux", l'entend-t-on déclarer au sujet de la mesure envisagée.
Cette communication offensive du chef d'Etat et de ses équipes n'a pas laissé de marbre les principaux intéressés. Aussitôt la vidéo publiée, Jordan Bardella est monté au créneau : "Que le compte officiel de l’Élysée s’attaque à un média privé en dit long sur la dérive de la présidence macroniste, et sur le détournement des institutions", a réagi le président du Rassemblement national. De son côté, Bruno Retailleau a plutôt fait preuve de sarcasme : "Rassurez-moi : ce tweet de l’Élysée a bien été labellisé ?" Quant à Pascal Praud, il a ouvert son "Heure des pros" du mardi 2 décembre avec un nouvel edito sur cette riposte, intitulé "Le Ministère de la vérité est né". La guerre est ouverte.

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