Après une semaine de crise, Fabien Namias joue les modérateurs dans un entretien accordé au "Parisien". La tension a en effet été maximale ces derniers jours autour de Sonia Mabrouk, sous le feu d’une campagne de déstabilisation menée à la fois en externe mais aussi au sein de la rédaction de BFMTV. La recrue star du mercato estival de la chaîne info n'a pas digéré l'intervention d'Igor Sahiri sur le plateau de "Quotidien", lundi dernier. Le grand reporter s'était fait le porte-voix de certains de ses collègues en affirmant que la transfuge de CNews "cristallisait la haine à l'extérieur" en raison de la part belle donnée aux intervenants d'extrême droite dans son émission. "Il y a des journalistes à la rédaction qui se posent la question de savoir si on a bien fait de faire venir Sonia Mabrouk. Il se trouve qu'elle a un passé qui est ce qu'il est (elle a travaillé pendant 9 ans sur CNews, ndlr) (...) Il y a un malaise, encore une fois", avait martelé le journaliste avant de revenir sur ce passage dans "Le Figaro".
Convaincu par sa direction de calmer le jeu, Igor Sahiri s'était défendu en assurant que ses "propos avaient été mal interprétés". "Elle ne cristallise pas la haine au sein de BFMTV, mais chez ceux qui nous attaquent. À aucun moment je n’ai souhaité son départ, ni jugé son travail", a-t-il affirmé. Fabien Namias, directeur général de BFMTV, a abondé en ce sens. "Personne ne cristallise la haine, certainement pas Sonia Mabrouk. La haine, le racisme, l’exclusion et la division sont étrangers à BFMTV, comme à Sonia", a accentué le dirigeant de la première chaîne d'actu en continu à nos confrères du quotidien.
Sur la défiance que susciterait sa recrue vedette au sein de la rédaction, il affirme : "Il n’y a aucun problème avec Sonia Mabrouk. Elle a toute sa place à BFMTV et le soutien total de la direction. Nous sommes allés la chercher avec Jean-Philippe Baille (directeur général délégué à l’information du groupe CMA Media auquel appartient la chaîne) quand elle a décidé de quitter CNews parce qu’elle pouvait apporter à BFMTV un ton, une originalité et une singularité", clame Fabien Namias, qui ne compte pas demander à son "intervieweuse hors pair" de changer "sa façon de faire". Quant à Igor Sahiri, qui reste "un très grand reporter" sur lequel il compte à l'avenir, il a eu le droit à un rappel à l'ordre. "Il y a une règle : on n’attaque jamais son entreprise ni ses collègues. Les débats sont légitimes mais doivent se dérouler en interne", rappelle le DG, sans préciser s'il y aura sanction contre ce salarié de longue date.
Le climat est particulièrement électrique depuis les agressions répétées de journalistes du canal 14 de la TNT sur le terrain, durant les manifestations. Mercredi, la société des journalistes (SDJ) a demandé des mesures pour "couper avec cette image de chaîne raciste", après des premières annonces faites par la direction. La chaîne va en effet se doter d'une "cellule invités" pour centraliser les demandes d'interviews de responsables politiques et renforcer "la diversité des profils". Autre annonce, "la publication mensuelle d'un baromètre du pluralisme" des antennes pour "rendre compte de la diversité des invités, des intervenants et des courants de pensée".
La direction de BFMTV a donc entendu le message d'alerte des reporters et souhaite "se réconcilier par le débat et le dialogue", comme l'espère Fabien Namias. "Avec Jean-Philippe Baille et Camille Andrieu, notre directrice générale, nous avons décidé de renforcer encore la place du reportage à l’antenne et, pour ce faire, d’y allouer des ressources supplémentaires", souligne-t-il. Un rapprochement prononcé pour ne pas laisser la fracture ouverte.