La crise se poursuit au "Parisien-Aujourd'hui en France". Cinq jours après une première grève qui avait paralysé la parution du journal, une nouvelle assemblée générale s'est tenue mardi 30 septembre. À l'issue du vote, 120 salariés se sont prononcés pour la reconduction du mouvement, 84 contre et 16 se sont abstenus. La grève, lancée dès mardi 14 heures, doit courir jusqu'à mercredi 23h59.
"Tous ceux qui veulent faire grève font grève, mais elle n'est pas généralisée", précise un salarié cité par "Libération". La majorité en faveur du mouvement reste toutefois moins nette que lors du 25 septembre (54,5 % contre 72,5 % la semaine précédente). Au-delà de cette nouvelle grève, les salariés ont approuvé une action symbolique inédite : une "grève des signatures" tous les lundis, à partir de ce 6 octobre. Le principe est simple : les articles paraîtront sans mention nominative, uniquement signés "Le Parisien". Dans le journal papier comme sur le site, l'objectif est d'afficher un front commun. "L'idée est de trouver des façons diverses de se manifester. Car on s'attend à devoir se mobiliser dans la durée", explique Olivier Corsan, élu SNJ au CSE du "Parisien".
Les revendications portent toujours sur deux volets. Le premier concerne les conditions de travail et les embauches promises. Les syndicats reprochent à la direction de remplacer par des contrats temporaires (CDD, pigistes) les départs prévus dans le cadre du plan de réorganisation en cours. Un plan de départs qui a déjà entraîné une quarantaine de départs, déclenchant en mars une grève de 24 heures et une motion de défiance.
"On a signé un accord au printemps dernier qui prévoyait 46 départs et 17 embauches, et que les 17 embauches, on ne les a pas", rappelle Olivier Corsan sur France Inter. "Quand la moitié des services est en CDD, ça complique le travail dans ces conditions-là, de ne pas avoir de visibilité. Ce que les gens demandent, c'est de pouvoir se concentrer sur leur travail. Et ça, ils ne l'ont pas."
Le second volet touche à l'avenir même du titre. Les salariés s'opposent fermement à la possible cession du "Parisien" au milliardaire Vincent Bolloré, évoquée par "Challenges" en septembre. Pour l'heure, LVMH, propriétaire du quotidien, n'a ni confirmé ni infirmé l'hypothèse. "Depuis le début, la rédaction s'oppose à une telle revente", insiste Olivier Corsan.
Vincent Bolloré contrôle déjà Canal+ et CNews, Prisma Media ("Voici," "Capital", "Femme actuelle"…) et, via Lagardère, Europe 1 et le "Journal du dimanche". Autant de titres où les syndicats redoutent une influence idéologique accrue. Les journalistes du "Parisien" craignent qu'une reprise par le groupe Bolloré mette en péril leur indépendance éditoriale. Ils exigent "des garanties sur le maintien d'un titre de presse d'information nationale et locale composé de journalistes indépendants", rapporte "Libération".
Dans un message interne révélé par l'AFP, la direction a tenté de rassurer les équipes, assurant : "Vous pouvez compter sur notre engagement et celui de vos managers pour porter une attention constante aux conditions de travail." Mais les réponses jugées insuffisantes entretiennent le malaise et l'inquiétude.

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