Une décision qui ne passe pas. Seulement un jour et demi avant sa diffusion, la nouvelle rédactrice en chef de la chaîne américaine CBS a choisi de déprogrammer un reportage d’investigation. En effet, le samedi 20 décembre au matin, Bari Weiss s'est opposée à ce que l'emblématique émission "60 minutes" retransmette ce sujet sur l'expulsion de centaines de Vénézuéliens par les États-Unis vers une prison de haute sécurité située au Salvador. Face à l'incompréhension d'une partie de sa rédaction, cette proche de Donald Trump arrivée à cette fonction en octobre dernier, a estimé que ce documentaire comportait des lacunes et nécessitait davantage d’enquête. "J'ai suspendu ce reportage car il n'était pas prêt", s'est-elle justifiée selon des propos enregistrés lors d'une réunion éditoriale matinale et rapportés par CNN. Si elle a concédé que les témoignages de certains de ces migrants, désormais détenus au Centre de confinement du terrorisme (Cecot) après leur exclusion du pays en mars, étaient "puissants", leur histoire a déjà été racontée par d'autres médias comme le "New York Times". "Le public sait que les Vénézuéliens ont subi un traitement horrible dans cette prison", a-t-elle ajouté, expliquant qu'il fallait de nouveaux éléments pour se démarquer de leurs confrères. "Nous devons en faire plus."
Cette position a suscité un large débat au sein des journalistes de "60 minutes", le programme d’information le plus populaire du pays. Selon le "New York Times", le correspondant Scott Pelley a directement mis en cause Bari Weiss, se demandant pourquoi elle n'était intervenue qu'au dernier moment alors qu’elle n’avait assisté à aucune des cinq projections internes pendant le montage du reportage. "Ce n’est pas un travail à temps partiel", a-t-il lancé. De plus, certains s'offusquent d'une "censure", le sujet retiré se montrant critique envers l'administration Trump. "Le retirer maintenant, après toutes les vérifications rigoureuses réalisées en interne, ne correspond pas à une décision éditoriale mais à une décision politique", écrit Sharyn Alfonsi, la journaliste à l'origine de ce récit, dans un e-mail interne cité par l'AFP. Et de conclure : "Le grand public va y voir, à raison, une censure d'entreprise."
En effet, la rédactrice en chef de CBS News dépend d'un proche du Président des États-Unis, David Ellison, patron de Skydance, maison-mère de la chaîne depuis qu'elle a racheté Paramount. Le groupe, désormais appelé Paramount Skydance, cherche désormais à acquérir Warner Bros. Discovery à la place de Netflix pour plusieurs milliards de dollars. Une opération soutenue par Donald Trump, qui avait indiqué qu’il serait "impliqué", en faisant jouer notamment le régulateur de la concurrence. De son côté, Tanya Simon, la productrice de "60 minutes", a tenu à faire savoir qu'elle n'avait rien pu faire : "Nous avons résisté, nous avons défendu notre reportage, mais [Bari Weiss] voulait des changements."
À noter que si CBS annonce que le sujet intitulé "Inside Cecot" sera "diffusé lors d'une prochaine émission", il est déjà visible en ligne, une chaîne canadienne l’ayant retransmis par erreur lundi. Une version pirate circule depuis sur les réseaux sociaux.

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