L’Arcom avait annoncé, à l’issue des auditions de Delphine Ernotte (France Télévisions) et Sibyle Veil (Radio France), la mise en place d’un travail de fond sur l’impartialité du service public. Ce chantier a désormais un visage : celui de Bruno Lasserre, vice-président honoraire du Conseil d’État, ancien président de l’Autorité de la concurrence et figure centrale de la régulation française.
L’Autorité lui a confié une feuille de route ambitieuse : expliciter la portée du principe d’impartialité, préciser les obligations qui en découlent pour les médias publics et les distinguer clairement des exigences de pluralisme et d’honnêteté applicables à l’ensemble des chaînes et radios, privées comme publiques.
La mission doit également analyser la manière dont la neutralité générale du service public s’articule avec l’indépendance éditoriale des rédactions. Elle passera au crible les dispositifs existants – chartes, comités de déontologie, médiateurs, procédures de traitement des plaintes – en les comparant aux meilleures pratiques observées à l’étranger.
Un volet essentiel consistera à superviser une vaste étude quantitative et qualitative afin d’objectiver la perception du public, un sujet hautement inflammable à l’heure où une partie de la classe politique critique régulièrement les rédactions publiques pour leur supposée partialité.
À 71 ans, Bruno Lasserre n’en est pas à sa première mission sensible. De 2004 à 2016, il préside le Conseil de la concurrence et pilote sa transformation en Autorité de la concurrence, qu’il dirige jusqu’en 2016. Vice-président du Conseil d’État entre 2018 et 2022, il est depuis 2022 président de la Commission d’accès aux documents administratifs (Cada) et membre de la CNIL.
Cette mission intervient alors que l’audiovisuel public s’apprête à entrer dans une séquence politique particulièrement exposée. Ce mardi, Martin Ajdari, président de l’Arcom, ouvre le cycle d’auditions de la commission d’enquête parlementaire sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public, réclamée par l’UDR d’Éric Ciotti.
Dirigeants de France Télévisions et Radio France, journalistes vedettes, producteurs influents mais aussi Rachida Dati ou François Hollande seront entendus sous serment. Son rapporteur, le député Charles Alloncle, entend examiner les "entorses à la neutralité", la gestion financière ou encore les potentiels conflits d’intérêts, explique "Le Parisien". Une initiative qui suscite déjà des inquiétudes en interne au sein du service public, certains y voyant une entreprise de déstabilisation.
Cette commission d’enquête parlementaire s’inscrit dans un contexte particulièrement tendu pour l’audiovisuel public, déjà fragilisé par plusieurs fronts ouverts. Depuis des mois, Rachida Dati défend l’idée d’un regroupement des médias publics au sein d’une holding, une réforme structurelle qui inquiète en interne. Parallèlement, France Télévisions et Radio France poursuivent le groupe de Vincent Bolloré pour "dénigrement", après l’affaire Legrand-Cohen, largement commentée sur CNews, Europe 1 et "Le JDD". À cela s’ajoute une inquiétude financière croissante : la dotation de l’État doit baisser et un rapport de la Cour des comptes, fin septembre, a jugé France Télévisions en "situation financière critique", accentuant encore la pression sur le service public.

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