"À cette période de ma vie, je suis très heureuse sur le service public". Appellée cet été pour succéder à Anne-Sophie Lapix aux manettes du JT du soir de France 2, Léa Salamé s’est prêtée sans retenue à l’exercice de l’audition devant la commission d’enquête parlementaire sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l'audiovisuel public. Elle n'a éludé aucune question : ni sur son compagnon Raphaël Glucksmann et sa possible candidature à la présidentielle de 2027, ni sur son salaire en tant que journaliste et productrice, et toujours pas sur les couacs au "20 Heures" et notamment la confusion entre Samuel Paty et Dominique Bernard. Pourtant, le rapporteur Charles Alloncle, réputé pour son style offensif, ne l'a pas épargné pendant 2h30 de discussions animées. "140 millions pour TF1, 230 millions pour France 2, alors que les audiences ne suivent pas", l'a-t-il titillé sur le budget consacré à l'information par les deux groupes.
"TF1 a toujours été en tête", a-t-elle abondé en défendant la ligne de son édition et son bilan. "On fait un journal qui est différent. Quand ils font un sujet sur l'Iran on en fait cinq. La télévision est moins regardée. J'ai toujours voulu faire rimer exigence du service public et audiences. Pour l'audience du '20 Heures', elle est en train de remonter. La dernière saison a été contrastée. On est à un point de plus par rapport à un an. En janvier on a fait la meilleure audience depuis 13 mois".
Le sujet sur l'impartialité de Léa Salamé a rapidement été mis sur la table, alors qu'elle partage la vie de Raphaël Glucksmann, possible candidat de la gauche à la prochaine présidentielle. Comme elle l'a déjà indiqué, la "journaliste indépendante honnête et femme libre" saura s'effacer si son compagnon décidait de sauter le pas. "En 2019, quand mon compagnon a décidé d'être candidat, j'ai décidé de me retirer de l'antenne, même chose en 2024. S'il est candidat, je sors de l'antenne et je sors immédiatement. Entre ces élections, j'ai pu continuer mon travail en toute impartialité. Je reçois près de 400 invités par an. Jamais on a pu entendre que mon compagnon tenait mon stylo", a argué celle qui lâchera également "Quelle époque!". "Je me retire parce que je ne veux pas que les Français aient le moindre doute la moindre suspicion", précise-t-elle.
"Et si vous étiez la compagne de Jordan Bardella ?", a osé le rapporteur. Pas appréciée par le président de ce travail parlementaire, Jérémie Patrier-Leitus, la question a fait sourire l'habituelle intervieweuse : "J’espère que si la compagne de Jordan Bardella était journaliste, elle pourrait continuer a faire son travail sur une chaîne privée ou publique jusqu’à ce que son compagnon soit candidat".
Autre élément clé de cette commission d'enquête, le salaire de la présentatrice du JT et animatrice-productrice du talk-show a également été abordé par le député de l'Hérault. Et l'interrogée ne s'est pas dérobée : "Pour ce qui est du '20 Heures', j’ai accepté la rémunération qui m'a été proposée sans discussion et sans négociation aucune. France Télévisions m'a dit que c'était la même rémunération que mes prédécesseurs. Je n'ai pas demandé un euro de plus. Ce sont des salaires qui sont très confortables, mais qui sont bien inférieurs aux salaires des chaînes privées. J'ai par ailleurs moi-même reçu des offres de chaînes privées, de télés et de radios ces dernières années qui étaient beaucoup plus lucratives que ce que je gagne sur le service public, mais je n'ai jamais été guidée par l'appât du gain et j'ai toujours fait le choix du service public par conviction".
Léa Salamé a également précisé qu’elle ne donnerait pas le montant exact de sa rémunération en raison d’une règle imposée par la direction de France Télévisions, par principe de concurrence.
Alors que Laurent Delahousse est entendu à l'Assemblée nationale cet après-midi, l'audition de sa consœur a débordé sur l'horaire prévu et a fini par aborder la série de bévues commises à l'antenne. Notamment celle du 13 octobre 2025 confondant les circonstances de l'assassinat de Dominique Bernard, professeur tué par un élève radicalisé, avec celles de l'attaque contre Samuel Paty. L'erreur avait d'abord été perpétrée au "13 Heures" avant de se répéter dans le journal du soir. "J'ai dû lancer 1.000 sujets depuis 5 mois. Le zéro erreur n'existe pas. Cette confusion est regrettable. Elle touche aux victimes, aux familles. C'est un dysfonctionnement, une erreur de communication, on en prend notre part, j'en prends ma part", déplore la journaliste, qui s'est vite excusée sur le réseaux X. Un audit a, depuis, été commandé par Delphine Ernotte pour mettre en évidence ces défaillances et éviter un bis-repetita.
Avec un peu de retard, mais "fière du service public", où "elle s'y sent bien", Léa Salamé s'en est allée pour préparer son JT du soir. Sans une dernière taquinerie de Charles Alloncle : "Allez vous traiter cette audition ce soir dans votre journal ? Le service public fait-il preuve de pudeur sur cette commission ?" Ce à quoi l'intéressée a répondu malicieusement : "Je ne vais pas m'autolancer. Mais on attend avec impatience votre rapport. On verra s'il faut le traiter".

player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2