Ce jeudi 18 juin, les journalistes et salariés du monde de la presse sont dans la rue. Tous se mobilisent, à l'appel de plusieurs syndicats, pour protester contre la crise de plus en plus prononcée observée dans le secteur, qui affronte de multiples plans sociaux et s'inquiète des progrès rapides de l'intelligence artificielle. Un sujet qui a inspiré le journaliste Patrick Cohen pour son édito politique ce jeudi 18 juin sur France Inter. "Un monde s'effondre, constate un dirigeant de premier plan. Ce monde, c'est celui de kiosques à journaux achalandés chaque matin de quotidiens de toutes tendances, qui en régions entretiennent le lien social et font vivre la démocratie locale. Un monde où le soir les grands messes des journaux télévisés de 20 heures informent une grande partie du pays. Bien sûr et heureusement cet espace commun existe encore, y compris avec ces matinales radio que vous êtes des millions à écouter en direct... mais pour combien de temps ?", a-t-il ainsi débuté.
Patrick Cohen poursuit, en pointant du doigt les bouleversements auxquels les secteurs de la presse et des médias doivent faire face. "Tous les producteurs d'information sont aujourd'hui en crise. La diffusion papier continue de baisser, les clients payants se raréfient, la publicité fiche le camp vers le numérique, l'audiovisuel public voit ses ressources diminuer, l'intelligence artificielle commence à détruire des emplois de journalistes, cette même IA qui utilise des contenus de presse pour nourrir ses modèles, sans les rémunérer. En somme, la valeur économique se déplace vers les plateformes tandis que les coûts de production sont pour les éditeurs. Depuis quelques mois, tout s'accélère à commencer par les plans sociaux. Le Syndicat National des Journalistes a compté depuis mars 638 suppressions de postes en attendant celles que le groupe Ebra devrait annoncer la semaine prochaine, a-t-il rappelé. Mais la pire saignée concerne Prisma Media, le numéro 1 de la presse magazine en France, un groupe jadis florissant, toujours bénéficiaire, mais où Vincent Bolloré et ses proches ont choisi de tailler 40% des effectifs."
Pour Patrick Cohen, la situation est alarmante, encore plus à un an d'une échéance politique centrale en France, l'élection du successeur d'Emmanuel Macron. "TF1 a perdu en un an 10% de son chiffre d'affaires sur le premier trimestre 2026, c'est considérable. [...] C'est tout un modèle économique qui se trouve en péril à l'approche d'une élection présidentielle où les citoyens ont besoin d'être informés, et bien informés. [...], a-t-il précisé. Près de deux ans après la fin des États généraux [de l'information, initiés par Emmanuel Macron, ndlr], sa traduction législative est restée bloquée dans un tuyau dont elle ne devrait pas sortir avant 2027. Encore une occasion manquée ![...]" Et de conclure, non sans un certain pessimisme : "Si rien n'est fait, au bout de la logique actuelle, ce qui nous attend, c'est un monde sans journalistes, sans bases factuelles communes, un monde fragmenté composé de Youtubeurs et de commentateurs de chaînes d'opinions en circuit fermé. Est-ce un monde désirable ?".

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